POLITIQUE
09/01/2018 11:59 EST | Actualisé 09/01/2018 18:18 EST

Trudeau n'aura pas à témoigner devant un comité

Les libéraux dispensent leur chef Justin Trudeau d'une obligation de comparaître devant le comité permanent de l'éthique.

Czar Dancel / Reuters

Les libéraux sauvent leur chef Justin Trudeau d'une comparution forcée devant le comité permanent de l'éthique pour répondre aux questions des élus sur les vacances qu'il a passées sur l'île privée de l'Aga Khan.

Les six députés libéraux du comité permanent sur l'éthique réunis en réunion extraordinaire ont bloqué mardi une motion qui aurait contraint le premier ministre à se présenter au comité à la mi-janvier, avant la reprise des travaux parlementaires.

Le député conservateur Peter Kent, qui avait déposé la motion, a fait valoir aux députés libéraux assis en face de lui que la requête, bien qu'inhabituelle, était complètement "raisonnable" vu les circonstances inhabituelles _ le fait qu'un premier ministre a violé une loi fédérale.

Son collègue néo-démocrate Nathan Cullen a fait un plaidoyer similaire, arguant que Justin Trudeau avait promis d'être irréprochable sur le plan éthique, et qu'en raison de cet accroc, il devait maintenant rendre des comptes aux parlementaires.

Ce fut en vain: grâce à la majorité dont ils disposent au comité parlementaire, les libéraux ont empêché l'adoption de la motion conservatrice.

Avant d'enregistrer son vote, l'élu libéral Nathaniel Erskine-Smith a soutenu que le rapport de la commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique, Mary Dawson, qu'il a dit avoir lu deux fois, "parlait de lui-même".

Il a affirmé que le premier ministre aurait l'occasion de répondre aux questions des Canadiens dans le cadre de la tournée d'assemblées publiques dont il donnait le coup d'envoi mardi soir à Halifax, puis à celles des élus au retour de la pause des Fêtes.

Justin Trudeau a été sévèrement blâmé par la commissaire Dawson dans un rapport déposé quelques jours avant Noël intitulé "Le rapport Trudeau".

La commissaire y a déterminé qu'il avait enfreint quatre articles de la Loi sur les conflits d'intérêts en acceptant de passer quelques jours avec famille et amis sur l'île privée de l'Aga Khan, aux Bahamas.

Car ces vacances acceptées par Justin Trudeau et sa famille "pourraient raisonnablement donner à penser qu'elles ont été offertes pour l'influencer dans l'exercice de sa charge de premier ministre", a tranché Mme Dawson dans son rapport.

En début de journée, au micro de CBC, le principal concerné avait refusé de dire s'il aurait accepté de témoigner devant le comité s'il avait été contraint à le faire, laissant entendre que l'objectif de cette demande de l'opposition était de marquer des points politiques.

À l'issue de la rencontre extraordinaire, la députée libérale Mona Fortier a assuré que les élus du comité n'avaient pas reçu une instruction du bureau du premier ministre en prévision du vote. "Pas du tout", a-t-elle laissé tomber en mêlée de presse.

Le député Cullen n'y croit pas. "Écoutez, vous avez vu la même chose que moi: il y avait six députés, deux ont parlé et ont dit pratiquement la même chose, mot pour mot _ un en anglais, l'autre en français _ et les autres ont gardé le silence", a-t-il dit aux journalistes.

Lorsqu'on a demandé au néo-démocrate si le vote des libéraux pourrait avoir un coût politique, il a répondu que l'analyse était difficile à faire, mais que selon lui, un "nuage planerait toujours au-dessus de la tête du premier ministre".

Le pari des libéraux n'était pas que le nuage se dissipe de lui-même alors que la Chambre ne siège pas, a insisté Mona Fortier, disant "espérer" que les Canadiens profiteront de la tournée du premier ministre pour poser les questions sur ce voyage.

"C'est pour ça qu'il fait une tournée, pour entendre ce que les Canadiens ont à dire dans leur région, et ce soir, c'est la première rencontre en Nouvelle-Écosse, alors probablement qu'il y aura des questions", a-t-elle argué.

Les députés de l'opposition, eux, reviendront certainement à la charge aussitôt qu'ils rentreront dans la capitale fédérale, a signalé le député Peter Kent. La rentrée parlementaire à Ottawa est prévue le 29 janvier 2018.

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