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05/01/2018 10:07 EST | Actualisé 05/01/2018 14:33 EST

Procès de Lac-Mégantic: au tour de Richard Labrie de présenter sa plaidoirie

Son avocat semble rejeter le blâme sur le chef de train.

LA PRESSE CANADIENNE

Richard Labrie est un contrôleur ferroviaire compétent et consciencieux, qui n'avait pas à poser une foule de questions pour s'assurer que le chef de train avait sécurisé adéquatement le convoi avant de le quitter pour la nuit, a plaidé son avocat Guy Poupart, vendredi.

M. Labrie est accusé de négligence criminelle ayant causé la mort de 47 personnes lorsqu'un train a déraillé et explosé à Lac-Mégantic en juillet 2013. Les deux autres accusés sont le chef de train Thomas Harding et Jean Demaître qui était directeur de l'exploitation de l'entreprise ferroviaire Montreal Maine and Atlantic (MMA) au Québec.

Ils ont tous trois plaidé non coupables.

Selon la Couronne, si MM. Labrie et Demaître avaient posé des questions pertinentes sur la sécurisation du train la veille du drame, ils auraient pu éviter la tragédie. Or, selon elle, ni l'un ni l'autre n'ont jugé bon de vérifier auprès du chef de train Harding combien de freins à main avaient été enclenchés et si des tests avaient été faits. Et cela, même s'ils savaient qu'un incendie s'était déclenché sur la locomotive de tête.

Me Poupart a entamé sa plaidoirie vendredi matin au palais de justice de Sherbrooke devant le juge Gaétan Dumas, de la Cour supérieure, et le jury de 14 personnes.

Il a résumé les témoignages de plusieurs personnes venues à la barre, qui ont notamment décrit M. Labrie comme un homme compétent, fiable, en qui les autres "gars de train" avaient confiance.

Et c'est justement en raison de cette confiance qu'ils ont les uns envers les autres que M. Labrie n'avait pas à questionner Thomas Harding sur la façon dont il avait sécurisé le train, laissé sans surveillance en haut d'une pente pour la nuit.

Le train a tragiquement dévalé cette côte au petit matin, déraillant et enflammant une partie du centre-ville de Lac-Mégantic, tuant 47 personnes.

Avant qu'il ne commence sa course folle vers le bas de la pente, un incendie s'était déclenché sur la locomotive de tête et les pompiers étaient intervenus pour l'éteindre. Ils ont aussi arrêté son moteur, ce qui faisait en sorte que les freins à air n'étaient plus en fonction. La Sûreté du Québec avait informé M. Labrie de l'incendie.

Et ces éléments font dire à la Couronne que compte tenu de cet incendie, M. Labrie aurait dû vérifier comment le train était sécurisé.

C'est vrai qu'il ne l'a pas fait, a dit en plaidoirie Me Poupart.

"Et c'est vrai qu'il n'avait pas à le faire", a-t-il poursuivi, ajoutant qu'aucune règle ne prévoyait cette obligation et qu'il n'avait aucune raison de penser que le train n'était pas bien immobilisé.

Pourquoi devait-il douter de Thomas Harding?

"Richard Labrie était en droit de s'attendre à ce que la locomotive soit immobilisée selon les critères, que le moteur marche ou pas", a laissé tomber l'avocat.

Ce faisant, Me Poupart semble rejeter le blâme sur le chef de train, comme l'a fait la veille le procureur de Jean Demaître, pour les mêmes raisons.

L'expert ferroviaire Stephen Callaghan, appelé à témoigner par la Couronne, a déclaré au jury que si un nombre suffisant de freins à main avaient été appliqués et s'ils avaient été testés lors de l'immobilisation du train, la tragédie de Lac-Mégantic ne serait pas survenue.

Me Guy Poupart avait débuté son argumentation en tentant de démontrer le rôle limité de son client dans cette catastrophe ferroviaire, faisant notamment valoir que Richard Labrie, en poste à Farnham, n'était pas physiquement à Nantes - là où était stationné le train avant le drame - ni à Lac-Mégantic, où il a déraillé et explosé.

Il était à 200 km de là, a-t-il souligné.

M. Labrie ne pouvait connaître que les informations qui lui étaient communiquées par d'autres, a plaidé l'avocat.

Il n'est pas plus devin qu'un autre, a-t-il illustré. "Il n'est pas capable de prévoir des choses si on ne les partage pas", a dit Me Poupart, notamment quant à certaines choses dites par divers témoins, par exemple des ennuis mécaniques survenus peu avant le drame sur la locomotive de tête.

Puis, également pour démontrer le type de personne qu'est son client, Me Poupart a rappelé que lorsqu'un autre employé est arrivé à Farnham le matin du déraillement, il a trouvé Richard Labrie défait, qui lui a dit: "Imagine le pire qui puisse arriver, c'est encore pire que ça".

Cet employé l'a décrit comme ayant le visage complètement démoli. Il peinait à le reconnaître.

Est-ce là un homme indolent, insouciant? Ou plutôt un homme catastrophé par les événements, a demandé Me Poupart au jury de 10 hommes et quatre femmes.

L'avocat de M. Labrie est le troisième à plaider. Il est fort probable que la quatrième et dernière plaidoirie, celle de Thomas Harding, ne débute que lundi.