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Un policier tué lors de violences liées aux manifestations en Iran

Les perturbations ont lieu depuis cinq jours dans plusieurs villes du pays.

01/01/2018 14:15 EST | Actualisé 01/01/2018 16:16 EST

Un policier a été tué par balles lundi lors de violences liées aux manifestations antigouvernementales qui agitent l'Iran depuis cinq jours, un mouvement de protestation sans équivalent dans ce pays depuis 2009.

Au total, 13 personnes dont dix manifestants ont été tuées dans les violences qui émaillent ces protestations, parties jeudi de Machhad (nord-est), la deuxième ville du pays, pour se propager rapidement à travers l'Iran.

Le président Hassan Rohani, qui avait appelé au calme dimanche, a averti lundi que "le peuple iranien répondra aux fauteurs de troubles", qui ne sont qu'une "petite minorité" selon lui.

Revenant à la charge contre le régime iranien, ennemi juré des Etats-Unis, le président américain Donald Trump a affirmé que "le temps du changement" était venu en Iran.

Au cinquième jour du mouvement de protestation contre le gouvernement et les difficultés économiques, un policier iranien a été tué et trois autres ont été blessés par "des tirs d'arme de chasse" à Najafabad (centre), selon un site de la télévision d'Etat.

Deux manifestants avaient été tués samedi et huit autres dimanche soir dans plusieurs villes d'Iran, selon les médias. Un père et son fils ont péri à Doroud (ouest) quand leur véhicule a été percuté par un camion de pompiers volé par des manifestants, d'après le préfet.

Plusieurs "meneurs" ont été arrêtés lundi soir après un rassemblement dans le centre de Téhéran de petits groupes de manifestants, dont certains ont scandé des slogans antirégime, d'après des médias iraniens, selon lesquels la situation était revenue au calme en soirée dans la capitale où la présence policière était dense.

La nuit précédente à Téhéran et plusieurs autres villes, des manifestants avaient attaqué et parfois incendié des bâtiments publics, des centres religieux, des banques, des voitures de police ou des sièges du Bassidj (milice islamique du régime).

Des centaines de personnes ont été arrêtées depuis le début des protestations.

'Guerre par procuration'

Les autorités accusent "des fauteurs de troubles" ou des "contre-révolutionnaires" armés de s'infiltrer parmi les manifestants.

Dans des propos rapportés par les médias iraniens, le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale a par ailleurs affirmé que "les hashtags et les messages (sur les réseaux sociaux) à propos de la situation en Iran provenaient des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de l'Arabie saoudite", le grand rival régional de Téhéran.

"Ce qui se passe sur les réseaux sociaux à propos de la situation dans le pays est une guerre par procuration contre le peuple iranien", a ajouté Ali Shamkhani.

Les manifestations se poursuivent en dépit du blocage par les autorités sur les téléphones portables des messageries Telegram et Instagram, utilisées pour appeler à manifester.

Elles sont les plus importantes depuis le mouvement de contestation en 2009 contre la réélection de l'ex-président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, violemment réprimé.

Pointant du doigt une "petite minorité" d'agitateurs, Hassan Rohani a insisté lundi sur la détermination du gouvernement à "régler les problèmes de la population", en particulier le chômage. "Notre économie a besoin d'une grande opération chirurgicale", a-t-il admis.

"M. Rohani dit qu'il faut protester d'une façon correcte, mais qu'est ce que ça veut dire?", se demandait lundi Arya Rahmani, un infirmier de 27 ans interrogé par l'AFP à Téhéran. "Si je me contente de lui dire 'M. Rohani, je suis éduqué mais je suis au chômage', il s'en fichera complètement".

"Je ne suis pas du tout pour les manifestations dans lesquelles les biens publics sont vandalisés", a déclaré pour sa part Shiva Daneshvar, femme au foyer de 55 ans. "Nous devrons payer (les réparations) plus tard."

Face aux protestations antigouvernementales, des manifestations de soutien au pouvoir ont été organisées lundi dans plusieurs villes, dont Rasht, Zanjan, Ahvaz et Takestan.

'Affaire intérieure'

M. Rohani, élu pour un second mandant en mai 2017, a permis à l'Iran de sortir de son isolement avec la levée de sanctions internationales liées aux activités nucléaires du pays.

Cette conséquence de la signature en 2015 d'un accord historique avec les grandes puissances avait fait espérer aux Iraniens une amélioration de la mauvaise situation économique mais elle tarde à porter ses fruits.

"Ce qui fait descendre les Iraniens dans la rue le plus souvent, ce sont des problèmes économiques ordinaires --la frustration face au manque d'emplois, l'incertitude par rapport à l'avenir de leurs enfants", explique à l'AFP Esfandyar Batmanghelidj, fondateur du Europe-Iran Business Forum.

Selon cet expert, les troubles ont été provoqués par les mesures d'austérité de M. Rohani, comme les réductions des budgets sociaux ou les augmentations des prix des carburants.

Dans une nouvelle réaction aux protestations en Iran, M. Trump a écrit sur Twitter "Le grand peuple iranien est réprimé depuis des années. Il a faim de nourriture et de liberté (...) Il est temps que ça change".

"Il s'agit d'une affaire intérieure iranienne", a estimé de son côté le ministère russe des Affaires étrangères, ajoutant que "toute intervention extérieure déstabilisant la situation (en Iran) était inadmissible".