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31/12/2017 09:24 EST | Actualisé 31/12/2017 09:24 EST

L'Iran limite l'accès aux réseaux sociaux, deux manifestants tués

Le régime tente de faire taire ses opposants.

Anadolu Agency via Getty Images

L'Iran a averti dimanche que les manifestants antigouvernementaux allaient "payer le prix" et a limité l'accès aux réseaux sociaux pour tenter d'empêcher de nouvelles protestations, après trois jours de contestation durant lesquelles deux personnes ont été tuées.

Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux ont montré des milliers de personnes défilant à travers l'Iran dans la nuit contre les difficultés économiques et le pouvoir. Les médias officiels ont aussi diffusé des vidéos de manifestations en présentant comme des "contre-révolutionnaires" ceux qui brûlent des drapeaux iraniens ou attaquent des biens publics.

Il s'agit des plus importantes manifestations depuis le mouvement de contestation contre la réélection de l'ex-président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad en 2009, qui avait été violemment réprimé.

"Ceux qui détruisent les biens publics, créent du désordre et agissent dans l'illégalité doivent répondre de leurs actes et payer le prix. Nous agirons contre ceux qui provoquent la terreur", a averti le ministre de l'Intérieur Abdolreza Rahmani Fazli, en faisant la distinction entre "ceux qui ont des revendications légitimes" et "les contre-révolutionnaires".

Les manifestations ont éclaté jeudi à Machhad, la deuxième ville du pays avant de prendre de l'ampleur et de toucher de nombreuses autres cités vendredi et samedi. Mais dimanche en fin d'après-midi, les médias et les réseaux sociaux n'avaient rapporté aucune nouvelle manifestation antigouvernementale.

Et pour tenter de les empêcher, "les hauts responsables chargés de la sécurité ont décidé de bloquer provisoirement Telegram et Instagram", a affirmé le site de la télévision d'Etat.

Les autorités accusent des groupes "contre-révolutionnaires" basés à l'étranger d'utiliser les réseaux sociaux, en particulier Telegram, pour appeler les gens à manifester et faire usage de cocktails Molotov et d'armes à feu.

Samedi, deux manifestants ont été tués à Doroud (ouest), a dit un responsable local, Habibollah Khojastehpour, en assurant que les policiers n'avaient pas tiré sur les protestataires. "Notre objectif était de mettre fin pacifiquement aux protestations mais en raison de la présence de certains individus et groupes, deux personnes ont été tuées".

Selon un canal Telegram des Gardiens de la révolution, armée d'élite du régime, "des gens armés se sont infiltrés parmi les protestataires et ont tiré à l'aveuglette sur les citoyens".

Silence Khamenei et Rohani

Selon l'agence Ilna, 80 personnes ont été arrêtées à Arak (centre) durant les manifestations alors qu'au moins trois personnes ont été blessées samedi. Des individus ont tenté d'attaquer des bâtiments publics.

Ni le numéro un de la République islamique d'Iran, le guide suprême l'ayatollah Ali Khamenei, ni le président Hassan Rohani n'ont encore réagi publiquement depuis le début des troubles.

C'est la première fois qu'autant de villes sont touchées par un tel mouvement depuis 2009.

Mais le régime continue d'avoir un large soutien parmi la population, avec la mobilisation de dizaines de milliers de personnes samedi pour marquer l'anniversaire du rassemblement qui a mis fin à la contestation de 2009.

Et dimanche, des centaines d'étudiants ont manifesté à l'université de Téhéran pour soutenir le gouvernement tout en dénonçant "la corruption et la vie chère".

Durant les manifestations des trois derniers jours, les Iraniens sont descendus dans la rue pour exprimer leur colère contre le chômage, la vie chère et les scandales financiers dans le pays, isolé et soumis pendant des années à des sanctions internationales pour ses activités nucléaires sensibles. Des slogans comme "Mort au dictateur" y ont été lancés.

"Ces protestations sont le fait d'une partie de la société frappée par les difficultés économiques majeures, notamment ceux qui ont perdu leur argent avec la faillite des établissements de crédit", estime Payam Parhiz, rédacteur en chef du réseau de média réformateur Nazar.

Contestation limitée à Téhéran

La contestation a été très limitée dans la capitale Téhéran. Une manifestation a eu lieu samedi à l'intérieur de l'université de Téhéran et une deuxième dans le quartier de l'université, où des centaines de personnes ont tenu tête aux forces de l'ordre avant d'être dispersées par des tirs de gaz lacrymogènes.

Des vidéos ont montré des manifestants attaquant une mairie à Téhéran, renversant une voiture de police et brûlant des poubelles.

"Des dégâts mineurs ont été causés aux services de la mairie", a déclaré le maire Mohammad-Ali Najafi.

Des médias conservateurs iraniens soutiennent que la majorité des appels à manifester viennent de l'étranger, d'Arabie saoudite, rivale régionale de l'Iran, ou de groupes d'opposition en exil.

Fustigeant à nouveau le régime iranien, bête noire des Etats-Unis, le président Donald Trump a écrit dimanche sur Twitter: "Grosses manifestations en Iran. Le peuple a finalement compris comment son argent et ses richesses sont volés et gaspillés sur le terrorisme. On dirait qu'il ne supporte plus. Les Etats-Unis surveillent de près en cas de violation des droits de l'Homme".

Téhéran avait déjà rejeté une précédente critique de M. Trump, en disant n'accorder "aucune valeur" à ses déclarations.

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