POLITIQUE
31/12/2017 14:34 EST | Actualisé 31/12/2017 14:34 EST

LGBTQ: les excuses de Trudeau sont lourdes de sens, selon un député libéral

Le gouvernement a réservé 110 M$ en compensations à des membres de l'armée et d'anciens employés fédéraux qui avaient été mis de côté ou congédiés en raison de leur orientation sexuelle.

PC/Fred Chartrand

Quelque temps après que le premier ministre Justin Trudeau eut livré des excuses au nom du gouvernement pour les dizaines d'années de discrimination contre la communauté LGBTQ, le ministre des Anciens combattants Seamus O'Regan est sorti de la Chambre des communes.

Dans son habit bleu marine impeccable, il a fixé le sol et a pris une pause avant de commencer.

En ce jour de novembre, les autres ministres étaient à ses côtés, silencieux, pendant que M. O'Regan a commenté le dossier avec une touche très personnelle.

Les membres de cette communauté avaient vécu beaucoup plus que des préjudices et de la discrimation, avait-il fait valoir.

«C'était de la honte. On voulait nous faire honte parce qu'on était différents», a-t-il déclaré.

«On a grandi en étant terrifiés à l'idée de se faire ostraciser. On a grandi en gardant secrète l'une des plus belles, des plus intimes, partie de notre vie, en se demandant s'il y avait quelque chose de tordu en nous.»

Seamus O'Regan, âgé de 46 ans, dit maintenant réfléchir à l'impact de cette honte sur sa propre sexualité — qu'il n'a pas pleinement assumée avant il y a dix ans, lorsqu'il a rencontré l'homme qui est devenu son mari, Steve Doussis.

«Lorsque le moment est venu où j'ai réalisé que j'étais gai, je me suis dit: "Ok, ce n'est plus une question"», a-t-il expliqué.

«Ce n'est pas un exercice de fluidité, j'ai réalisé que j'étais en amour et qu'il n'y avait plus de question.»

M. O'Regan a seulement appris récemment, à la fin de l'année 2015, que sa dépendance à l'alcool était liée à sa sexualité. Le député fédéral, qui venait d'être élu en octobre 2015, avait dû aller en cure de désintoxication.

Il a décrit cela comme un «vestige émotionnel».

«C'est ce qui arrive souvent. Les hommes qui luttent contre leur sexualité se tournent souvent vers l'alcool pour gérer l'anxiété qui en découle, et c'est ce que j'ai fait. C'est très commun», a-t-il indiqué.

Le ministre espère maintenant recadrer la discussion autour de la discrimination à l'égard des membres de la communauté LGBTQ au Canada.

«Il y a le combat qui se fait sur: "C'est mon identité, c'est qui je suis". Il y a aussi le combat: "Pour qui se prend le gouvernement de me dire qui aimer? Pour qui se prend le gouvernement pour me dire qui je ne peux pas aimer», a-t-il expliqué.

Dans le cadre de ces excuses, le gouvernement libéral a réservé 110 millions $ pour verser des compensations à des membres de l'armée et d'anciens employés fédéraux qui avaient été mis de côté ou congédiés en raison de leur orientation sexuelle — ce qui est le coeur d'une action collective impliquant des employés qui avaient fait l'objet d'enquêtes et de sanctions dans la foulée de cette «purge homosexuelle».

Ottawa paiera aussi 20 millions $ pour les frais juridiques et l'administration et déboursera au moins 15 millions $ de plus dans des projets pour «promouvoir la réconciliation collective et la mémoire», dont des expositions dans des musées, un monument national et des projets d'archives.

Le gouvernement a aussi présenté une loi pour éponger le dossier criminel de gens qui avaient été reconnus coupables d'activités sexuelles consenties avec un partenaire de même sexe.

Pour sa part, M. O'Regan a reconnu le travail de plusieurs militants qui ont mené des «combats solitaires» pour en arriver à ces excuses. Il a aussi souligné le courage de tous ceux qui se sont fait intimider à l'école.

Il n'a jamais été victime de violence lui-même, mais il en a été témoin. «Ce genre de culpabilité est lourd. Je n'étais pas assez conscient de moi. Je n'étais pas prêt», a-t-il conclu.