BIEN-ÊTRE
29/12/2017 15:49 EST | Actualisé 29/12/2017 15:53 EST

Ces Canadiens qui vivent dans leur fourgonnette et voyagent Ă  temps plein

#vanlife 🚐

LA PRESSE CANADIENNE
Jocelyn Lees, qui plante des arbres et qui vit dans sa van depuis des années, prend la pose à Sombrio Beach, en Colombie-Britannique. (PC/Melissa Renwick)

Jocelyn Lees n'a jamais prévu vivre dans sa fourgonnette.

La femme de 30 ans, originaire du Manitoba, plantait des arbres en Colombie-Britannique chaque été depuis 10 ans, et jusqu'à tout récemment, elle passait ses hivers à voyager — en Équateur, au Maroc et en Australie.

«La nature de mon emploi fait en sorte que je suis toujours loin de chez nous, et puis, pendant les hivers, je partais, raconte Mme Lees. Alors, à quel moment me trouverais-je dans cette maison que je devrais payer?»

Lorsque son automobile a rendu l'âme il y a quelques années, elle a estimé qu'elle était prête pour un changement de vie.

Plutôt que de payer un loyer, elle a décidé d'investir dans une fourgonnette de camping, ce qui lui procurait une meilleure mobilité et un espace confortable pour dormir pendant ses étés dans les bois. Depuis, son Dodge 1981 est sa maison. Elle a l'intention de se tenir dans la région de Vancouver cet hiver.

«Avoir ma fourgonnette est incroyable, lance-t-elle. Je me réveille à la plage.»

Mme Lees fait partie d'une communauté de Canadiens qui adoptent «la vie en fourgonnette». Ces gens ont diverses motivations: l'appel de l'aventure, une frustration vécue sur le marché immobilier ou avec un emploi précaire, ou encore la possibilité de devenir célèbre sur les réseaux sociaux.

Plusieurs Canadiens qui vivent dans leur fourgonnette se retrouvent dans l'Ouest, et ont une attirance particulière pour l'île de Vancouver. Pour Sacha Morin-Sirois, âgé de 22 ans, Tofino est, «littéralement, la fin du voyage».

Lorsqu'il était encore un garçon et voyageait avec sa famille, il rêvait de partir seul à l'aventure, dormir dans sa fourgonnette et d'affronter la nature.

«C'est surtout un appel à la liberté, je crois», observe-t-il.

Il a quitté Gatineau avec sa copine en juin, dans une fourgonnette plus vieille qu'eux — il s'agit d'un modèle de 1991 — sans plan plus précis que celui «d'aller vers l'Ouest». Ils voulaient tous deux intégrer l'expérience de leurs voyages avec leur carrière respective: M. Morin-Sirois, un chef, a déniché un travail saisonnier de cueillette de fruits et a élaboré des recettes à partir d'ingrédients de saison. Son amie, une écrivaine, a commencé un blogue pour raconter leur expérience et travaille sur sa fiction.

Un réseau Wi-Fi toujours accessible

Lisa Felepchuk et son partenaire Coleman Molnar, qui vivaient à Toronto jusqu'à il y a un an et demi, ont aussi incorporé leur travail dans leur vie en fourgonnette. Ils offrent du contenu et des services de médias sociaux par l'entremise de leur société Li et Co Media, et organisent leurs voyages en s'assurant qu'un réseau Wi-Fi est toujours accessible. Cela les empêche parfois de visiter certains endroits.

«L'an dernier, nous étions si près de la frontière mexicaine, et je regrette de ne pas être allé à Baja, explique Mme Felepchuk. Mais le Wi-Fi était un élément important pour nous, et nous n'étions pas certains, si nous nous étions rendus là, des conséquences que cela pourrait entraîner, pour nous et pour notre entreprise.»

«Je crois que l'atteinte de cet équilibre entre la vie et le travail est difficile pour plusieurs personnes, affirme-t-elle. La seule différence entre nous et quelqu'un qui a un emploi régulier et vit dans une maison est que nous sommes capables d'apporter notre travail en vacances avec nous.»

Les gens qui choisissent cette vie ne passent pas leur temps assis à discuter de comment c'était avant, à la maison.

D'autres adeptes de la vie en fourgonnette préfèrent se déconnecter complètement et utiliser l'argent accumulé avec des emplois précédents pour financer une expérience de vie sans travail. Adrian Myles, âgé de 38 ans, retourne parfois à la maison, à Perth, en Australie, pour y travailler comme sommelier. Cela lui permet ensuite de voyager pendant un an ou deux sans avoir à se soucier de l'argent.

«Les gens qui choisissent cette vie ne passent pas leur temps assis à discuter de comment c'était avant, à la maison», observe M. Myles, qui a récemment parcouru la Colombie-Britannique.

«On peut côtoyer quelqu'un pendant un mois et ne jamais savoir quel était son emploi, parce qu'on ne le demande pas, parce que cela n'est pas important.»

Un article paru plus tôt cette année dans le «New Yorker» s'est intéressé à l'aspect «financier» du mouvement qui, sur les médias sociaux, est associé au mot-clic #vanlife. Un profil d'Emily King et de Corey Smith, qui affichent leurs publications sur le compte Instagram «Where's My Office Now» («Où est mon bureau maintenant»), a démontré que leurs photos rêveuses et ambitieuses — d'étonnantes falaises, des ciels étoilés, des sites exotiques — étaient le fruit d'heures de travail délibéré pour donner l'impression que leur vie était fantaisiste et spontanée. Leurs abonnés sur les médias sociaux leur permettent, comme d'autres adeptes de la vie en fourgonnette, de monnayer leur expérience de voyage. Ils reçoivent de l'argent de la part d'entreprises qui, en échange, leur demandent de mettre leurs produits en valeur dans leurs photos sur Instagram ou d'autres plateformes.

Vedettes des médias sociaux

Le Canada compte aussi ses propres vedettes sur les médias sociaux, notamment Philippe Leblond, dit le «Van Man», un mannequin originaire de Montréal. Il vit maintenant à Los Angeles et voyage dans sa fourgonnette, et documente ses déplacements pour ses 164 000 abonnés Instagram.

Lisa Felepchuk et Coleman Molnar sont familiers avec Emily King et Corey Smith, qu'ils décrivent comme «une inspiration». Mais ils représentent aussi «un avertissement pour ce qui peut mal tourner quand on fait de la publicité avec n'importe qui. Ils ont ces poèmes écrits au sujet des croustilles Kettle Chips, et c'est juste comme...» laisse tomber M. Molnar, en laissant mourir sa phrase. Le contenu commandité ne représente qu'une petite portion de leur revenu, assurent-ils.

D'autres évitent complètement les médias sociaux. M. Myles indique qu'il a déjà eu l'habitude de prendre beaucoup de photos pour documenter les endroits qu'il visitait. Mais il sentait souvent que la volonté de toujours prendre une photo parfaite l'empêchait de profiter de la beauté naturelle pour laquelle il avait voyagé.

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«J'allais quelque part et je commençais à m'imaginer la prise de vue, se souvient-il. Tout ce qui me passait par la tête, c'était: "Comment est-ce que je peux montrer cela à quelqu'un d'autre?" Et cela, par définition, nous sort de l'expérience.»

M. Morin-Sirois raconte s'être disputé avec sa copine parce qu'elle regardait sans cesse, avec mélancolie, les photos d'autres personnes sur les réseaux sociaux, alors qu'ils faisaient leur propre voyage.

«Je lui ai dit: "Pourquoi t'intéresses-tu à la vie d'autres personnes? Tu es ici, profites-en"», se souvient-il.

«Les gens veulent ce qu'ils ne possèdent pas, et ce n'est vraiment pas ma mentalité, pas du tout.»

M. Molnar est aussi ravi d'admettre que la vie en fourgonnette n'est pas toujours facile et que les photos omettent plusieurs aspects moins glorieux. Les fourgonnettes sont souvent brisées, souligne-t-il, et les vieux modèles peuvent prendre du temps à réparer.

«J'aime bien dire que la ligne est mince entre la liberté et la vie de sans-abri, et nous avons marché dessus à quelques reprises», note-t-il.

Se débrouiller tout seul

M. Myles s'est déjà retrouvé coincé à l'extérieur de sa fourgonnette verrouillée sur une falaise, pendant une tempête de grésil. Celle de Mme Lees s'est brisée après qu'elle eut acheté pour environ 400 $ de pêches pour les mettre en conserve — heureusement, tout s'est réglé avant que les fruits ne commencent à pourrir. M. Morin-Sirois et sa copine ont dû jeter beaucoup de légumes pendant un été, alors qu'ils traversaient l'Arizona dans leur véhicule sans climatiseur. Même dans leur petit réfrigérateur, les aliments ne restaient pas frais. Dans une fourgonnette, «même si on est à l'intérieur, on est quand même à l'extérieur», illustre-t-il.

Mais ce genre d'expérience met en valeur l'autonomie, affirment les adeptes de la vie en fourgonnette. On s'habitue à se sentir bien dans un petit espace et on apprend à se débrouiller tout seul. Mme Lees remarque que plusieurs personnes ont tendance à penser qu'elle en a sûrement marre de sa fourgonnette. Quelquefois, des gens lui offrent de venir dormir sur leur divan, mais cela ressemble davantage à de la pitié, ajoute-t-elle. Même lorsqu'elle visite ses parents, elle assure préférer dormir dans son lit de fourgonnette que dans celui de la maison.

M. Myles note que plusieurs personnes pensent que vivre dans la nature est une forme de rejet de la société, mais il ne voit pas du tout les choses de cet oeil.

«Mon vieux professeur d'anglais m'a envoyé un message pour me dire: "Tu pourrais écrire le prochain 'Into the West' ('Voyage au bout de la solitude')», se souvient M. Myles.

«J'ai répondu: "Eh bien, les gens ne lisent que les livres dans lesquels les gens meurent ou apprennent quelque chose à la fin, et je ne suis pas vraiment ici pour faire cela. Je ne suis ici que pour vivre l'expérience".»

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