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28/12/2017 16:34 EST | Actualisé 28/12/2017 16:34 EST

Le Parlement indien veut criminaliser la pratique du divorce instantané

Un projet de loi prévoyant des peines de prison pour les hommes musulmans qui tentent de divorcer.

Anindito Mukherjee / Reuters
Le ministre de la Justice Ravi Shankar Prasad

La chambre basse du Parlement indien a voté jeudi un projet de loi prévoyant des peines de prison pour les hommes musulmans qui tentent de divorcer par le controversé "divorce instantané", plusieurs mois après son interdiction par la Cour suprême pour violation des droits des femmes.

Le texte du gouvernement a été adopté malgré une forte résistance de l'opposition, achevant ainsi la première étape pour faire de la pratique du divorce instantané un acte criminel en Inde.

Pour le ministre de la Justice Ravi Shankar Prasad, qui s'exprimait devant la Lok Sabha (la chambre basse du Parlement), c'est un "jour historique", car la loi proposée mettrait fin à des décennies d'injustice en garantissant l'égalité pour les femmes musulmanes.

Le divorce instantané ou "triple talaq" a lieu lorsqu'un musulman termine son mariage en prononçant simplement trois fois de suite le mot "talaq", qui signifie "vous êtes divorcé" en arabe.

En août, la Cour suprême indienne l'avait déclaré inconstitutionnel et avait demandé au gouvernement de légiférer pour l'interdire.

Le projet de loi rend ce type de divorce nul, passible d'une amende et d'une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à trois ans.

Il propose également que les hommes soutiennent financièrement leurs anciennes épouses, qui auront la garde des enfants.

M. Prasad a souligné que la pratique se poursuit en Inde malgré la décision de la Cour suprême, forçant le gouvernement à adopter rapidement une loi pour "interdire explicitement le triple talaq".

Selon les députés de l'opposition, le Parlement outrepasse ses prérogatives avec cette législation, les questions matrimoniales n'entrant pas selon eux dans ses attributions. Ils ont réclamé la création d'un comité spécial pour examiner le projet de loi.

Le projet de loi doit maintenant être adopté par la Chambre haute avant d'entrer en vigueur.

De nombreuses femmes musulmanes avaient présenté une requête à la Cour suprême, affirmant que le pouvoir unilatéral des hommes musulmans de mettre fin aux mariages viole directement la constitution indienne et leur droit fondamental à l'égalité.

Des affaires de divorces instantanés par lettre, Skype ou même message Whatsapp ont fait les gros titres ces dernières années en Inde.

L'Inde n'a pas de loi civile uniforme pour le mariage, le divorce et la propriété. Sa constitution permet aux adeptes de chaque religion d'utiliser leurs lois religieuses pour gouverner de telles questions, y compris les 180 millions de musulmans, la plus grande minorité religieuse dans le pays majoritairement hindouiste.

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