POLITIQUE
27/12/2017 13:24 EST | Actualisé 27/12/2017 13:24 EST

Une année politique 2017 mouvementée à Ottawa

De Bill Morneau, à l'entente avec Netflix en passant par l'élection de Jagmeet Singh et Andrew Scheer comme chef de leur parti respectif, ce fut une année mouvementée à Ottawa!

Chris Wattie / Reuters

De l'abandon d'une promesse phare au supplice de la goutte imposé au ministre des Finances en passant par la conclusion d'une controversée entente avec Netflix, l'an deux du gouvernement libéral n'a pas été de tout repos. Voici un bilan — non exhaustif — de l'année 2017 à Ottawa en chiffres.

680 000

Les conservateurs ont passé l'automne à attaquer l'intégrité du ministre des Finances, Bill Morneau. Ils sont allés jusqu'à insinuer en Chambre qu'il avait commis un délit d'initié en vendant un bloc de 680 000 actions de la firme fondée par son père, Morneau Sheppell, peu avant d'annoncer une nouvelle politique publique qui aurait fait plonger la valeur de ces actions. Le grand argentier du pays, dont la démission a été réclamée en novembre par le chef conservateur Andrew Scheer, a riposté en menaçant de poursuivre les élus des banquettes d'en face qui proféreraient de telles accusations sur la place publique, sans la protection de l'immunité parlementaire dont ils jouissent à la Chambre des communes. «L'opposition ne sait vraiment pas comment fonctionne la Bourse, a pesté le ministre Morneau. S'ils veulent apprendre comment les marchés boursiers fonctionnent, il me fera plaisir de leur donner des leçons.»

Trois

C'est le nombre d'engagements électoraux qui ne sont «plus envisagés», selon l'outil de suivi internet qu'utilise le gouvernement libéral pour s'autoévaluer. Parmi ces trois promesses reléguées aux oubliettes figure celle de réformer le mode de scrutin, un projet abandonné par les libéraux avec l'arrivée de la nouvelle année et d'une nouvelle ministre pour remplacer Maryam Monsef. «La modification du système électoral ne fera pas partie de votre mandat», a tranché Justin Trudeau dans la lettre de mandat rédigée à l'intention de Karina Gould. «Nous sommes déterminés à faire en sorte que l'élection de 2015 soit la dernière élection fédérale organisée selon un scrutin majoritaire uninominal à un tour», est-il écrit dans la plateforme électorale libérale. Deux mesures fiscales promises sont aussi passées à la trappe, selon l'outil de suivi mis en ligne par le gouvernement.

Zéro

Aucun quota de production francophone et aucune TPS. Pour ces deux raisons, l'entente Netflix annoncée en septembre dernier par Mélanie Joly a provoqué une levée de boucliers au Québec. La ministre du Patrimoine canadien a eu peine à défendre publiquement l'accord qu'elle a paraphé avec la société américaine, qui prévoit un investissement d'au moins 500 millions $ sur cinq ans au Canada. De guerre lasse, la ministre Joly a balancé la patate chaude fiscale dans la cour — déjà passablement pleine — de son collègue aux Finances, Bill Morneau. «J'ai présenté une politique culturelle et non une politique fiscale», a-t-elle récemment argué lors d'un passage à Montréal. Le ministre Morneau a tout de suite après rappelé que les libéraux n'avaient aucune intention de taxer Netflix.

Deux

Tandis qu'à Ottawa, l'automne dernier, les députés de l'opposition malmenaient les libéraux en Chambre, les électeurs de deux circonscriptions en plébiscitaient deux. Les troupes de Justin Trudeau ont grossi leurs rangs en ravissant deux sièges que détenaient les conservateurs dans les élections complémentaires en octobre à Lac-Saint-Jean, au Québec, puis, en décembre, à Surrey-Sud–White Rock, en Colombie-Britannique. Justin Trudeau s'est évidemment enorgueilli de ces victoires de mi-mandat, répondant aux attaques de ses adversaires aux Communes en les brandissant comme preuves que les Canadiens endossent le plan de son gouvernement.

Le chef conservateur Andrew Scheer a cherché à minimiser la perte du bastion au Québec qui était détenu depuis 2007 par Denis Lebel, puis, en décembre, il a souligné que le pourcentage d'appuis à son parti avait bondi dans d'autres circonscriptions où se tenaient des élections partielles. Pendant ce temps, le Nouveau Parti démocratique (NPD), sous la houlette de son chef fraîchement élu, Jagmeet Singh, obtenait des scores faméliques. Le leader a plaidé, dans la foulée de la raclée subie en Colombie-Britannique, qu'il ne s'attendait pas «à des résultats en deux mois».

Entre 30 et 33

Transparlementarisme oblige, Martine Ouellet a avalé les kilomètres en 2017. La leader, qui siège à l'Assemblée nationale plutôt qu'aux Communes, a effectué, selon son équipe, entre 30 et 33 trajets vers la capitale fédérale depuis son couronnement à la tête du Bloc québécois, en mars dernier. Son début de règne à Ottawa a été difficile. Moins de trois mois après sa victoire, sept des dix députés du caucus la défiaient publiquement après une tentative de salissage médiatique émanant de son chef de cabinet de l'époque et visant l'ex-chef intérimaire Rhéal Fortin. La hache de guerre a depuis été enterrée, semble-t-il, mais la greffe n'a pas encore tout à fait pris, selon ce que l'on entend en coulisses à Ottawa.

53,8 en un

Jagmeet Singh a remporté la course à la chefferie néo-démocrate de manière très nette, surclassant ses trois rivaux dès le premier tour avec 53,8 pour cent des voix en octobre. L'ancien de Queen's Park, qui n'a pas de siège aux Communes et qui n'a pas exprimé l'intention de s'y installer avant la prochaine élection de 2019, a toutefois trébuché à quelques reprises depuis. Il a notamment été contraint de faire une «clarification», fin novembre, après avoir désavoué la position traditionnelle de son parti sur la question du bilinguisme des juges de la Cour suprême du Canada.

17 (presque 18)

C'est un record de longévité: après 17 ans, 11 mois et quelques jours aux commandes de la Cour suprême du Canada, la juge en chef Beverley McLachlin a accroché sa toge, le 15 décembre dernier. Celle qui était devenue en janvier 2000 la première femme à prendre les rênes du plus haut tribunal au pays a identifié le renvoi relatif à la sécession du Québec (1998) comme l'un des moments les plus mémorables de sa carrière. «C'était très complexe, la ligne était mince entre la loi constitutionnelle et des enjeux politiques. Nous devions être très prudents», a-t-elle expliqué lors de sa conférence de presse d'adieu. Au total, la magistrate de la Colombie-Britannique aura siégé pendant plus de 28 ans à la Cour suprême du Canada. C'est le Québécois Richard Wagner, nommé en 2012 par Stephen Harper, qui lui succède aux commandes du tribunal.