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21/12/2017 17:54 EST | Actualisé 21/12/2017 17:54 EST

Bombardier dit avoir besoin d'une ligne d'assemblage aux États-Unis

Si Boeing a affirmé dans ses arguments qu'une ligne d'assemblage américaine n'était pas logique économiquement, l'avionneur québécois estime plutôt que les commandes seront au rendez-vous pour assurer un rythme de production suffisant.

Clodagh Kilcoyne / Reuters

Qu'il y ait ou non des tarifs punitifs appliqués sur la C Series aux États-Unis, Bombardier (TSX:BBD.B) a besoin d'une ligne d'assemblage au sud de la frontière afin de desservir le marché américain, estime son président et chef de la direction, Alain Bellemare.

Dans la foulée de la plainte déposée par Boeing, l'avionneur québécois devait prendre une mesure «proactive» afin de protéger sa commande avec Delta Air Lines pour 75 appareils CS100, a-t-il expliqué, jeudi, dans le cadre d'une entrevue avec La Presse canadienne visant à dresser un bilan de la dernière année.

Ainsi, a-t-il estimé, Bombardier ne pouvait se permettre d'attendre la décision de la Commission internationale du commerce des États-Unis (USITC), qui doit déterminer vers le 1er février si la C Series a bel et bien causé un préjudice aux ventes de Boeing (NYSE:BA) et si des mesures punitives seront appliquées.

«Pour nous, ce qui était clair, c'est que l'ajout d'une ligne d'assemblage américaine afin de rendre le produit (la C Series) américain était une solution qui nous permettait de sécuriser la commande de Delta, a dit M. Bellemare. Delta a participé et a dit "nous sommes prêts à vous attendre".»

Mercredi, le département américain du Commerce a maintenu la ligne dure en confirmant d'importants droits compensatoires et antidumping dans le cadre de sa décision finale.

Si Boeing a affirmé dans ses arguments qu'une ligne d'assemblage américaine n'était pas logique économiquement, l'avionneur québécois estime plutôt que les commandes seront au rendez-vous pour assurer un rythme de production suffisant.

Plus important client de la C Series avec sa commande de 75 CS100 assortie de 50 options supplémentaires, Delta devait commencer à recevoir ses avions au printemps. En raison du litige commercial avec Boeing, l'entreprise ne recevra pas d'avions assemblés à Mirabel.

Cette décision pourrait repousser de deux ans les premières livraisons prévues au transporteur aérien établi à Atlanta.

Dans le cadre de son partenariat ayant permis à Airbus de devenir l'actionnaire majoritaire du programme de la C Series, l'avionneur québécois compte ajouter une ligne d'assemblage aux installations du géant européen situées à Mobile, en Alabama.

Puisque l'assemblage des appareils s'effectuera en territoire américain, Bombardier estime que cette stratégie permettra à sa famille d'avions de se soustraire à l'imposition d'éventuelles mesures punitives.

Entre-temps, M. Bellemare a confirmé que l'avionneur allait s'ajuster pour tenir compte de la décision de Delta. Certains analystes prévoyaient que 16 appareils de la C Series seraient livrés au transporteur américain en 2018.

«Le volume qui devait aller à Delta (...) nous allons devoir le positionner ailleurs, a-t-il expliqué. Je ne veux pas parler de risque parce que nous avons plusieurs options devant nous pour repositionner ces appareils.»

Selon M. Bellemare, l'entreprise a tenu compte de cette situation en fixant à 40 sa cible des livraisons de C Series pour la prochaine année.

Déception, mais optimisme

Par ailleurs, même s'il s'est dit «déçu» de la décision finale du département du Commerce, M. Bellemare n'a pas été surpris que Washington n'ait abaissé que légèrement les droits punitifs visant la C Series.

Au total, les droits compensatoires et antidumping sont passés de 299,45 pour cent à 292,21 pour cent.

«Il y a de la déception parce qu'à mon avis, il n'y a aucun élément qui justifie cette décision, a déploré le grand patron de Bombardier. Mais pour moi, ce qui demeure le plus important, c'est la décision de la USITC.»

Étant donné que le CS100 — le modèle vendu à Delta — ne rivalise avec aucun des appareils construits par Boeing, certains observateurs estiment que la cause de l'avionneur américain n'est pas vraiment fondée.

Au terme des audiences qui se sont déroulées cette semaine devant le tribunal commercial, M. Bellemare estime que Bombardier a une «vraie chance», ce qui ne l'empêche pas de «prévoir le pire».

Un revers se traduira fort probablement par un déplacement de la dispute commerciale vers les mécanismes de règlement des différends de l'Accord nord-américain de libre-échange (ALÉNA) ainsi que de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Il faut généralement des années avant que des litiges puissent se régler devant l'organisation internationale établie à Genève.

«Ces mécanismes sont malheureusement très longs et c'est pour cela que nous avons d'autres plans», a affirmé M. Bellemare, faisant référence notamment à la ligne d'assemblage de la C Series prévue en Alabama.

S'il s'est montré déçu de la décision finale du département du Commerce, Benoit Poirier, de Desjardins Marchés des capitaux, estime lui aussi que la décision de la USITC pourrait être favorable à l'égard de Bombardier.

Dans une note, l'analyste ajoute toutefois que la capacité des dirigeants de l'avionneur à dénicher des clients aux États-Unis si des tarifs sont imposés constitue un «élément clé» du développement du programme.