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18/12/2017 18:41 EST | Actualisé 18/12/2017 18:42 EST

Les changements climatiques freinent la préparation olympique des athlètes

Les Canadiens en skicross ont dû annuler leur entraînement en Italie parce que le glacier Stelvio a manqué de neige.

Getty Images/iStockphoto

Le trajet d'une trentaine de minutes des athlètes dans les Alpes suisses — deux gondoles et un tunnel à bord du métro le plus élevé du monde jusqu'à un glacier de 11 000 pieds — rappelait quotidiennement que le réchauffement climatique menaçait leur travail.

Après avoir quitté le métro, les athlètes se sont faufilés dans un champ de boue grisâtre afin d'atteindre des amas de neige rétrécis, marqués par de nouvelles crevasses. Occasionnellement, ils entendent le bruit d'immenses morceaux de glace qui se détachent des glaciers et qui font écho là où ils s'entraînent en vue des Jeux olympiques de Pyeongchang.

Un autre indicateur subtil, mais révélateur de l'impact perturbateur des changements climatiques sur les sports d'hiver: de nombreux athlètes nord-américains doivent quitter les Rocheuses ou les montagnes Vertes dans le but de trouver des conditions plus hivernales. En particulier à quelques mois des Jeux.

«Sans la neige et le froid à des endroits aux États-Unis où il fait normalement froid, nous devons traverser l'Atlantique et trouver un glacier sur lequel pratiquer nos sauts, a dit Jon Lillis, le champion du monde en ski acrobatique. C'est quelque chose qui effraie les athlètes pratiquant un sport d'hiver parce que les conditions sont moins bonnes qu'avant. On regarde des vidéos d'athlètes skiant sur un glacier dans les années 70 et 80, mais aujourd'hui, la moitié de ce glacier n'existe plus.»

L'année dernière, l'équipe américaine de ski acrobatique a cessé ses entraînements dans l'eau à Park City, en Utah, à la mi-octobre. Elle a ensuite attendu un mois avant que la neige tardive recouvre la montagne qui a accueilli les Jeux d'hiver en 2002. Cette saison, les skieurs ont décidé d'arpenter les glaciers de Saas-Fee, en Suisse, et Ruka, en Finalande, afin d'être prêts pour les Olympiques, en février.

La chasse à un endroit d'entraînement a aussi touché d'autres athlètes. La vague de chaleur qui a frappé l'Europe en juillet et août a causé des problèmes au calendrier de certaines équipes. Les Canadiens en skicross ont dû annuler leur entraînement en Italie parce que le glacier Stelvio a manqué de neige et ils ont plutôt pris la direction du mont Hood, en Oregon.

L'équipe française de ski acrobatique a coupé court son entraînement chez elle, à Tignes, en juillet, quand une crevasse s'est ouverte sous la piste. La piste n'avait qu'un saut cette année plutôt que les deux habituels en raison d'un manque de neige, a dit le membre de l'équipe Ben Cavet.

Cavet était sous le choc de voir la détérioration de l'endroit.

«C'est fou. J'ai toujours cru que les changements climatiques étaient une histoire de grands-pères qui disaient "j'ai skié à cet endroit il y a 20 ou 30 ans, quand il y avait de la neige", a affirmé Cavet. Mais maintenant, on peut voir l'énorme différence. Sur le glacier, il y a maintenant un gros rocher qu'on ne pouvait pas voir avant. C'est très inquiétant. Avec les changements climatiques, on peut constater que le monde souffre à ses endroits les plus magnifiques.»

D'autres glaciers ont également souffert de ces hausses de températures, notamment le Molltaler et le Stubai, en Autriche, le Horstman, à Whistler au Canada, et quelques glaciers des Alpes françaises.

Le chercheur français Antoine Rabatel a mentionné qu'il était «très probable» que cette tendance soit aussi visible sur d'autres glaciers européens, alors que les hivers sont plus courts et les étés plus chauds. L'entraînement pour les sports d'hiver sera «de plus en plus difficile», selon lui.

La recherche d'endroits fiables devient de plus en plus compétitive et la sécurisation des lieux d'entraînement fait appel au temps et au budget des entraîneurs.

«Je dois être proactif et chercher de nouveaux endroits», a déclaré l'entraîneur américain Mike Jankowski, qui a dû ajouter des sites européens plus fiables à un calendrier de voyage qui inclut déjà des arrêts en Nouvelle-Zélande et dans d'autres endroits de l'hémisphère sud.

Les athlètes soucieux de l'environnement doivent également combattre leur dilemme moral de contribuer à la pollution atmosphérique en augmentant leur recherche de neige.

«Nous prenons des avions pour aller en Europe et nous prenons des voitures tous les jours pour nous entraîner, a souligné le Français Pierre Vaultier, médaillé d'or aux Jeux de Sotchi en snowboard cross. Nous ne sommes pas des exemples sur la façon de réduire le réchauffement climatique.»

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