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15/12/2017 16:01 EST | Actualisé 15/12/2017 16:01 EST

Disney avale Fox: une nouvelle ère débute à Hollywood

Après des années de petites secousses, le séisme tant attendu a finalement ébranlé Hollywood.

Après des années de petites secousses, le séisme tant attendu a finalement ébranlé Hollywood.

La décision de Disney de gober 21st Century Fox pour 52,4 milliards $ US sonne le glas de l'époque des «six grands studios de cinéma» (le «Big Six»), détrônant un des studios les plus connus du monde et redessinant complètement la carte hollywoodienne.

Les répercussions de cette entente sont incalculables. Mais en absorbant le studio de cinéma de Fox, Disney accélère drastiquement la contraction d'une industrie que certains jugeaient inévitable à une époque où les recettes aux guichets plafonnent, face à la concurrence féroce de services en continu comme Netflix, Amazon et Apple.

Le «Big Six» est maintenant devenu le «Big Five», et celui qui était déjà le plus costaud du groupe vient de prendre encore plus de muscle.

La transaction ne fait pas qu'inquiéter les 3200 employés de 20th Century Fox, qui se demandent quel sort on leur réservera au sein de leur nouvelle famille. Elle ébranle une industrie qui jusqu'à présent avait plié face aux pressions numériques, sans jamais se briser.

Aujourd'hui, Hollywood en tant qu'industrie connaît un véritable rétrécissement.

«Les plus forts deviendront plus forts et les plus faibles vont disparaître ou être absorbés par d'autres, a dit l'analyste Jeff Bock. Le futur est dès maintenant et on voit clairement ce qui se passe.»

Plusieurs autres analystes considèrent qu'une poursuite de la consolidation n'est qu'une question de temps. Avant que Rupert Murdoch ne mette Fox sur le marché cet automne, nombreux étaient ceux qui croyaient que Paramount, qui appartient à Viacom, ou Sony Pictures seraient le premier studio vendu. Paramount contrôle seulement 5 pour cent du marché, contre 8,8 pour cent pour Sony; tous deux périclitent depuis des années et ont remplacé leurs patrons.

Lionsgate et CBS étaient aussi souvent mentionnés.

Fox est beaucoup plus gros. Né en 1935 du regroupement entre Twentieth Century Pictures et Fox Films, 20th Century Fox est le domicile de «La mélodie du bonheur» (The Sound of Music), de «La Guerre des étoiles» originale et du film le plus lucratif de tous les temps, «Avatar».

Le studio s'accapare habituellement la troisième ou quatrième part du marché. Il arrive cette année en quatrième place avec 12,3 pour cent, derrière Disney, Warner Bros et Universal.

Fox ne disparaîtra pas nécessairement. Disney louera ses installations de Los Angeles pendant au moins sept ans. Mais 20th Century Fox sera absorbé par Walt Disney Studios. Ses activités cinématographiques seront réduites et probablement restructurées. En tant que studio, Disney est déjà divisé en plusieurs entités: Disney, Pixar, Marvel et Lucasfilm. Il doit sa position de force à la puissance de ses propriétés intellectuelles, surtout «La Guerre des étoiles» et son écurie de classiques d'animation.

Lors d'une conférence téléphonique avec les investisseurs jeudi, son patron, Rober Iger, a laissé entendre que Fox pourrait devenir une nouvelle composante de Disney.

«Nous avons non seulement respecté la culture de ces organisations, mais nous avons respecté et apprécié le talent qui venait avec ces acquisitions», a-t-il dit.

Avant même d'avoir vendu un seul billet pour «Les derniers Jedi», Disney comptait sur trois des six films les plus lucratifs de l'année: «La Belle et la Bête» (Beauty and the Beast), «Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2» (Guardians of the Galaxy Vol. 2) et «Thor: Ragnarok». Le studio n'hésite pas à jouer du coude face aux exploitants de salles de cinéma qui veulent présenter des films comme «Les derniers Jedi»: Disney exige 65 pour cent des revenus aux guichets, et on s'attend à ce que le film génère des recettes de 500 millions $ US seulement en fin de semaine.

Le regroupement entre Disney et Fox en intrigue plusieurs autres. Si on imagine facilement les quatre prochains films «Avatar» sous la bannière de Disney, d'autres franchises de Fox — comme «X-Men» et «Kingsman» — semblent moins compatibles avec un studio qui n'a pas produit de film «17 ans et plus» depuis quatre ans.

«Le moment est venu de laisser éclater la tension sexuelle entre Deadpool et Mickey Mouse», a ironisé sur Twitter l'acteur Ryan Reynolds.

L'arrivée de Fox comble aussi des lacunes chez Disney. Le studio Fox Searchlight se spécialise dans les films de répertoire. Deux des films de Searchlight — «La Forme de l'eau» (The Shape of Water) et «Trois Billboards : Les Panneaux de la vengeance» (Three Billboards Outside Ebbing, Missouri — et «Pentagon Papers» (The Post), par Fox, font jaser en vue de la prochaine saison des statuettes, du moins en ce qui concerne les Golden Globes et les SAG.

M. Iger leur a d'ailleurs offert un vote de confiance: «Nous aimons produire des films de qualité. Nous avons l'intention sérieuse de continuer à le faire», a-t-il dit.

Mais plus que tout, peut-être, l'entente permet à Disney de s'approprier les archives de Fox pour alimenter son nouveau service en continu, qui est attendu en 2019. Disney aura de meilleures armes pour affronter des rivaux aux poches profondes: à lui seul, Netflix compte dépenser 8 milliards $ US pour acheter du contenu original l'an prochain.

«C'est véritablement une guerre pour l'avenir de la diffusion en continu, explique l'historien du cinéma Peter Labuza, de l'université Southern California. Disney a besoin de tout ce matériel à l'extérieur de sa propre marque (...) ça pourra remplir beaucoup d'espace dans un service en continu qui pourra essentiellement rivaliser avec Netflix.»

C'est l'aspect de l'entente qui donnera des sueurs froides aux exploitants de salles de cinéma. Disney se concentre sur les «films-événements» (il n'a lancé que huit films cette année), et il devrait réduire la production de Fox. Les exploitants ont donc raison de s'inquiéter: les revenus aux guichets ont progressé de seulement 1 pour cent l'an dernier et devraient glisser cette année.

«Ils (les exploitants) ne peuvent pas être heureux, a dit M. Bock. À leurs yeux, moins de produits veut simplement dire moins de revenus.»

Peu importe ce que décidera Disney, avec 40 pour cent du marché, ce sera lui qui décidera de la direction de l'industrie.

Hollywood n'a peut-être pas été réduit au «Big Five», mais bien au «Big One».