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L'efficacité de la marijuana thérapeutique reste à prouver

Et les preuves qui existent permettent même de penser qu'elle pourrait faire plus de tort que de bien

13/12/2017 16:52 EST | Actualisé 13/12/2017 18:47 EST
The Washington Post/Getty Images

Les preuves scientifiques qui étayent les bienfaits présumés de la marijuana thérapeutique sont minces, et les preuves qui existent permettent même de penser qu'elle pourrait faire plus de tort que de bien, préviennent des associations médicales canadiennes.

Trois avis préparés par le Collège des médecins de l'Alberta ont été distribués à plus de 32 000 médecins pour leur offrir un compte rendu de la littérature médicale qui existe — ou qui n'existe pas — au sujet de la marijuana thérapeutique.

«Un élément très constant concernait les effets secondaires indésirables, a expliqué le docteur Mike Allan, qui enseigne la médecine familiale à l'Université de l'Alberta à Edmonton. Et les bienfaits, même s'ils existent, sont tellement plus faibles que ce que les gens croient.»

Le docteur Allan coordonne le bulletin bimensuel de l'organisation médicale albertaine, qui se concentre sur des questions précises et qui est distribué à travers le pays, sauf au Québec et à Terre-Neuve-et-Labrador.

Les trois derniers bulletins ont tenté de répondre aux médecins qui voulaient en savoir plus au sujet de la recherche effectuée sur la marijuana médicinale. Les omnipraticiens sont bombardés de questions par leurs patients et le Collège voulait s'assurer que ses membres disposaient de l'information nécessaire pour prendre les bonnes décisions, a exposé le docteur Allan.

«Je pense que ça rassure un peu les médecins, a-t-il dit. Ils peuvent dire, "Voici les preuves. On en manque en plusieurs endroits, donc je ne peux pas la prescrire pour des problèmes X, Y ou Z".»

Il estime que la marijuana médicinale est un produit très risqué qui ne devrait être utilisé que lorsque les autres options de traitement, plus sûres, ont été épuisées.

Les données de Santé Canada révèlent que le nombre de clients inscrits auprès de fournisseurs accrédités de marijuana médicinale a bondi à plus de 200 000 en juin 2017, soit environ 2,7 fois plus de patients qu'au même moment un an plus tôt. Les inscriptions ont plus que triplé de 2015 à 2016.

«La décision d'utiliser le cannabis à des fins médicales doit être prise par les patients et les professionnels de la santé, et ne concerne pas Santé Canada», a dit par courriel la porte-parole de l'agence, Tammy Jarbeau.

Santé Canada a publié un long document d'information à l'intention de ces professionnels concernant les bienfaits et les dangers de la marijuana médicinale, à commencer par un avertissement qui prévenait que le cannabis n'est pas une substance thérapeutique autorisée et que le ministère n'endosse pas son utilisation. Le document n'a pas été mis à jour depuis 2013.

Des preuves «rares et de mauvaise qualité»

Le premier avis du Collège des médecins de l'Alberta, en date du 14 novembre, prévient que les preuves sont trop «rares et de mauvaise qualité» pour permettre de conclure que la marijuana permet de soulager la douleur. Le deuxième, deux semaines plus tard, explique que les «effets secondaires indésirables» sont la seule conclusion constante des études réalisées. Il est notamment question d'hallucinations, de paranoïa, d'étourdissements et d'hypotension artérielle.

Ces études sous-estiment probablement la fréquence de ces effets indésirables, puisque la plupart ont été menées auprès de patients habitués à la marijuana et donc possiblement moins susceptibles que la population en général de les ressentir, selon le docteur Allan.

Certaines études indiquent que la marijuana peut atténuer les nausées des patients traités en chimiothérapie et contrôler les spasmes musculaires des patients atteints de fibrose kystique, mais on ne dispose pratiquement d'aucune preuve concernant un effet sur l'anxiété ou le glaucome, comme l'affirment souvent les défenseurs de la marijuana thérapeutique.

«Certaines études (sur la douleur chronique) ne demandent rien de plus qu'un soulagement de cinq ou six heures, a expliqué le docteur Allan. C'est difficile de dire comment quelqu'un va s'en tirer à long terme après cinq ou six heures.»

La seule étude sur le glaucome était une étude randomisée effectuée auprès de six patients.

«On pourrait dire qu'on met la charrue devant les boeufs si on commençait à prescrire (de la marijuana thérapeutique) sans recherches», a-t-il ajouté.

Le patron du Conseil canadien du cannabis médical (CCCM), Philippe Lucas, salue les efforts du Collège albertain pour informer les médecins des bienfaits et dangers de la marijuana thérapeutique, mais il déplore ce qu'il perçoit comme un biais mettant en évidence les problèmes associés au cannabis médicinal.

«Je serais le dernier à prétendre que le cannabis est entièrement sécuritaire ou approprié pour tout le monde», a lancé M. Lucas, qui est aussi un dirigeant du producteur de marijuana Tilrey.

Plusieurs patients utilisent la marijuana pour remplacer des médicaments, comme les opiacés, et restreindre l'accès au cannabis pourrait compliquer la lutte contre les surdoses d'opioïdes, croit-il.

Des associations médicales ont publié des lignes directrices à l'intention des premiers fournisseurs de soins concernant la prescription de la marijuana thérapeutique. Des documents provenant des collèges des médecins de l'Alberta et de la Colombie-Britannique évoquent l'absence de preuves solides démontrant l'efficacité du cannabis en tant que médicament.

Le Collège albertain collabore à l'élaboration de lignes directrices provinciales plus complètes concernant la prescription de la marijuana thérapeutique. Elles sont attendues au mois de mars, selon le docteur Allan.

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