NOUVELLES
13/12/2017 15:51 EST | Actualisé 14/12/2017 10:13 EST

Crainte de débordements lors d’une manifestation devant une mosquée

Les travailleurs de la signalisation manifesteront vendredi en appui aux femmes.

shih-wei via Getty Images

Les travailleurs de la signalisation manifesteront vendredi en appui aux femmes qui auraient été tassées d'un chantier à la demande de deux mosquées avoisinantes. Ils ont toutefois devancé l'événement afin d'éviter une autre manifestation, cette fois organisée par les groupes d'extrême droite La Meute et Storm Alliance.

La mosquée Ahl-ill Bait du quartier Côte-des-Neiges à Montréal se retrouve au coeur d'une controverse pour des gestes qu'elle nie vigoureusement avoir posés. Mardi, TVA Nouvelles dévoilait que des travailleuses ont été réaffectées ailleurs parce qu'on ne souhaitait pas les voir là le vendredi, jour de prière des musulmans.

Depuis, une véritable tempête a été déclenchée sur les réseaux sociaux. Comme nous le rapportions mercredi matin, une manifestation organisée par La Meute et Storm Alliance est prévue vendredi, en après-midi.

Or, l'Association des travailleurs en signalisation routière du Québec (ATSRQ) souhaite également manifester pour appuyer ses membres féminins. Mais elle prend ses distances à l'égard des groupes d'extrême droite.

«C'est ben beau de faire un spectacle avec ça, mais il faut penser qu'après, quand vous serez partis, il y a des travailleurs qui vont rester sur le chantier. Si vous faites du trouble, les travailleurs vont avoir du trouble», lance Jean-François Dionne, président de l'ATSRQ.

M. Dionne affirme plutôt vouloir dialoguer avec les gens qui ont pu formuler la demande de ne pas voir de femmes sur le chantier.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) promet d'être vigilant et entend déléguer des équipes de médiation sur le terrain pour tenter d'éviter d'éventuels débordements.

La direction nie

Dans un communiqué émis mercredi, la mosquée Ahl-Ill Bait a nié les allégations. Elle affirme que, si pression il y a eu, elle ne venait pas de la direction.

«La Mosquée Ahl-ill Bait entretient de bonnes relations avec l'entrepreneur depuis le début du chantier. [Nous] n'avons jamais demandé l'exclusion de personne. Cette requête, si elle existe, ne provient pas de notre organisation», affirme Moayed Altalibi, vice-président de la mosquée.

«Ce type de fausses nouvelles contribuent à l'effritement social entre les Québécoises et Québécois de confessions musulmanes et non musulmanes. Les déclarations rapportées sont en contradiction avec les valeurs de respect et d'appréciation des femmes dans la Mosquée et sur leur lieu de travail, quel qu'il soit», poursuit le communiqué.

L'entreprise G-TEK n'a pas répondu à la demande d'entrevue du HuffPost Québec. L'entreprise embauchée pour faire la signalisation sur le chantier, Map Signalisation, confirme toutefois avoir dû réaffecter une employée à la demande de G-TEK, à cause des pressions subies.

Le contrat de G-TEK a été accordé par la Commission des services électriques de Montréal. Le président de la Commission, Serge Boileau, a précisé que non seulement le contrat avait été préparé en collaboration avec la mosquée par une équipe composée presque exclusivement de femmes ingénieures, mais que la surveillance du chantier avait été confiée à une femme qui est sur place depuis le début et que celle-ci «n'a jamais été importunée de quelque façon que ce soit.»

L'affaire a eu des échos jusqu'à l'Assemblée nationale, où tant le premier ministre Philippe Couillard que sa ministre du Travail ont qualifié une telle situation d'inacceptable, tout en prenant soin de préciser qu'ils devaient toutefois attendre de savoir si l'information était exacte avant de se prononcer.

Un porte-parole de la mosquée a confié à La Presse canadienne que celle-ci a fait l'objet de messages de haine, de menaces de mort et de menaces d'incendie depuis la diffusion du reportage. Les policiers montréalais ont été mis au fait de ces menaces et enquêtent présentement, en plus d'avoir institué des patrouilles additionnelles.

Le dossier a été confié pour vérification à la Commission de la construction du Québec (CCQ), dont les inspecteurs étaient déjà à se pencher sur l'affaire dès mardi soir. Les résultats seront dévoilés ultérieurement.

Par ailleurs, l'avocat de la mosquée, Me William Korbatly, a indiqué à La Presse canadienne qu'il avait été mandaté pour étudier la possibilité d'intenter des poursuites non seulement contre TVA, mais aussi contre l'entrepreneur qui est à l'origine des informations en question ainsi que contre la députée de Marie-Victorin, Catherine Fournier, pour avoir relayé la nouvelle sur les médias sociaux dans un message qu'elle a depuis retiré.

Avec La Presse canadienne