POLITIQUE

Trudeau réprouve timidement la décision de Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël

Le Canada ne déménagera pas son ambassade mais Trudeau ne critique pas Trump.

07/12/2017 19:54 EST | Actualisé 07/12/2017 19:59 EST

Le gouvernement Trudeau réprouve timidement la décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël et d'y déménager éventuellement l'ambassade des États-Unis.

«Le Canada ne déménagera pas son ambassade. On va rester à Tel-Aviv», a répondu Justin Trudeau aux journalistes qui lui demandaient s'il reprocherait directement à Donald Trump sa décision annoncée mercredi.

«Le Canada a une politique, depuis très longtemps, de pousser pour une solution à deux États, d'encourager les négociations directes entre tous les pays, toutes les parties concernées, particulièrement les peuples juif et palestinien», a également rappelé M. Trudeau depuis la Chine où il terminait, jeudi matin, un voyage de six jours.

Le premier ministre a préféré ne pas critiquer directement le président américain alors qu'on lui soulignait que d'autres leaders, dont des chefs de gouvernements européens, offraient des dénonciations publiques.

«Ne pas déménager l'ambassade, c'est bien le minimum», a lancé Nour El Kadri, président de la Fédération canado-arabe. «Nous nous attendons à plus de notre premier ministre», a-t-il ajouté, lors d'un point de presse jeudi matin, à Ottawa.

«Quelqu'un qui veut un siège au Conseil de sécurité des Nations unies devrait commencer à prendre des positions sur les violations des résolutions du Conseil de sécurité», a-t-il ironisé, en citant la longue liste de résolutions sur le statut de Jérusalem adoptées depuis 1968.

S'il ne parle pas plus fort, «le Canada restera sur la touche», de l'avis de M. El Kadri.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) réclame, lui aussi, plus de bruit d'Ottawa.

Pour la deuxième journée consécutive, aux Communes, les députés néo-démocrates ont voulu entendre les protestations d'Ottawa.

«Le gouvernement va-t-il se joindre à la communauté internationale pour exprimer son désaccord face à cette décision totalement irréfléchie?», a lancé le leader parlementaire du NPD, Guy Caron, tandis que sa collègue Hélène Laverdière déplorait «le manque de colonne vertébrale» du gouvernement.

L'opposition officielle, elle, a annoncé ses couleurs dans ce dossier seulement jeudi après-midi, 24 heures après l'annonce du président Trump.

«Le gouvernement est basé à Jérusalem, la Knesset (est là). Le premier ministre Harper y a été invité et y a donné un discours. Notre dialogue avec les leaders de la société civile et les leaders élus en Israël se fait là», a souligné le député conservateur Erin O'Toole, au nom de son parti.

M. O'Toole assure cependant que la position de son parti n'est pas encore arrêtée, qu'il doit y avoir discussion au caucus d'abord, qu'il ne faut pas «déstabiliser» la situation. Et puis, le déménagement des ambassades à Jérusalem n'est pas pour demain. Mais «c'est une question qui mérite qu'on la prenne en considération, pas qu'on réponde simplement "non" comme l'a fait le gouvernement hier», a-t-il ajouté.

L'organisation B'nai Brith Canada a appelé le gouvernement Trudeau à imiter l'administration Trump, plaidant dans un communiqué qu'Ottawa doit «reconnaître Jérusalem comme capitale israélienne et faire des plans pour relocaliser son ambassade de Tel-Aviv».

Pour mémoire, en 1979, le premier ministre progressiste conservateur d'alors, Joe Clark, a dû renoncer au déménagement de l'ambassade canadienne à Jérusalem devant les vives réactions provoquées par son projet.