POLITIQUE

Plus d'un million d'emplois à combler d'ici 2024, dit Philippe Couillard

Le ministère de l'Immigration sera un ministère à vocation économique, a affirmé le ministre David Heurtel.

05/12/2017 10:20 EST | Actualisé 05/12/2017 14:04 EST
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La pénurie de main-d'oeuvre au Québec est un problème plus criant que celui des accords commerciaux, a déclaré le premier ministre Philippe Couillard à l'ouverture du Forum sur la valorisation de la diversité et la lutte contre la discrimination, mardi à Québec.

Ce forum remplace la controversée consultation sur le racisme systémique qui était à l'origine prévue par le gouvernement Couillard. Les partis d'opposition accusaient notamment le gouvernement de vouloir faire le procès des Québécois de souche et de tenter de les culpabiliser.

Mardi, le premier ministre Couillard est venu recadrer l'exercice en parlant plutôt de l'importance d'attirer et de maintenir de la main-d'oeuvre au Québec. Plus d'un million d'emplois - 1 372 200 pour être plus précis - seront à combler dans la province d'ici 2024, a-t-il dit, en ajoutant avoir entendu le "cri de détresse" des entreprises.

"Je placerais ça au-dessus même des enjeux que nous présentent les accords de commerce actuellement, a-t-il affirmé. C'est un enjeu fondamentalement structurel, et si on n'agit pas de façon plus vigoureuse pour le corriger, bien sûr les conséquences pour notre économie, nos emplois, seront négatives."

Depuis 2014, la population active du Québec diminue de 5000 travailleurs par année, selon des données gouvernementales. Des entreprises n'ont pas le choix de refuser des contrats, réduire leurs quarts de travail ainsi que leurs investissements, faute de personnel.

L'entreprise Sherweb en Estrie, qui offre des services infonuagiques à des clients nord-américains, doit rapidement embaucher 300 programmeurs, a entendu le forum, qui réunissait, mardi, environ 200 intervenants des milieux syndical, municipal, des chambres de commerce, du patronat et du réseau de l'éducation.

Certains emplois seront comblés par la relève des générations, mais cela ne suffira pas, a poursuivi le premier ministre.

"Là, il y a un mythe qu'il faut dissiper, qu'il faut abandonner, un mythe qui remonte à des décennies: non, les travailleurs ne viennent pas voler des emplois. Au contraire, ils vont nous aider à préserver l'emploi de tous et toutes en empêchant les entreprises de réduire leurs activités, de fermer et même de se délocaliser.

"C'est l'emploi de tout le monde dont il est question", a-t-il martelé.

L'exemple d'Exceldor

Deux représentants d'Exceldor, une coopérative d'abattage, de transformation et de commercialisation de la volaille, ont affirmé lors d'une présentation fournir le transport et le logement aux immigrants souhaitant travailler pour elle.

Il s'agit d'une bonne piste pour attirer les gens en régions, selon le ministre de l'Immigration, David Heurtel, qui a laissé entendre qu'une aide supplémentaire aux entreprises pourrait être annoncée.

"Comment l'immigrant qui arrive avec sa famille se rend à son emploi, retourne chez lui, va faire ses emplettes? C'est ça qu'on regarde concrètement, a-t-il affirmé en mêlée de presse. Il faut mieux accompagner nos entreprises, les organismes en intégration, les immigrants. (...) Ça veut dire des investissements importants", a-t-il laissé tomber.

Pour que l'immigration se "régionalise", les entreprises demandent également à ce que le gouvernement révise sa grille de sélection.

"Les besoins actuellement qui sont omniprésents, (...) ce sont des besoins en main-d'oeuvre générale, des manoeuvres, des journaliers, a affirmé Nicolas Bilodeau, directeur des ressources humaines chez Exceldor. On recrute peut-être des gens qui ont de la scolarité, mais c'est peut-être pas tout le temps là le besoin."

Par ailleurs, un intervenant qui a pris le micro a demandé à ce que le gouvernement "demande pardon pour tout le racisme".

Il n'est pas normal que des employeurs demandent aux femmes si elles portent le voile, a renchéri Samaa Elibyari, du Conseil canadien des femmes musulmanes.

La lutte contre la discrimination était un des quatre thèmes abordés lors du forum.

Pour sa part, le premier ministre Couillard a reconnu qu'un discours particulièrement "toxique" existe sur les réseaux sociaux qui est difficile à contrer puisqu'il est "simple".

"Le discours qui explique pourquoi ce n'est pas le bon discours, il est plus compliqué", a-t-il dit.

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