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L'art de se tirer dans le pied: le cas du recours collectif contre Hydro-Québec

Le recours collectif en question ne sert aucunement les besoins de la société québécoise.

05/12/2017 11:18 EST | Actualisé 05/12/2017 11:22 EST
Brent Lewin/Bloomberg via Getty Images

Vous connaissez Me Benoit Galipeau, un avocat de Granby? Moi, connais pas. Selon le journal La Voix de l'Est, il serait l'un des meilleurs plaideurs au Québec. Ce n'est pas eux qui le disent, mais un algorithme de calcul qui analyse le mot à mot des litiges. Drôle de résultat quand on sait qu'approximativement, seulement 20 % de l'efficacité de la communication orale origine du choix des mots, le reste est une question de voix, d'intonation, de gestuel et surtout d'attitude. Essayez de dire à l'amour de votre vie que vous l'aimez en pitonnant la zappette de la télévision, sans la regarder; vous allez rester avec votre zappette dans les mains.

Toujours est-il que Me Galipeau est un des avocats au dossier dans la cause d'un éventuel recours collectif à être autorisé par la Cour supérieure contre Hydro-Québec. Son objet : récupérer un peu plus de 1,2 milliard de dollars d'une supposée surfacturation depuis 2008.

Je ne veux pas faire de l'avocat-bashing ni casser du sucre sur le dos de Me Galipeau. Je ne veux surtout pas défendre Hydro-Québec avec laquelle je suis lié tant émotionnellement que financièrement, de même que par son Code de conduite comme ancien employé et retraité. Mais ce recours collectif est totalement inutile. Admettons que les « galipiens » gagnent et forcent Hydro-Québec à rembourser les citoyens concernés i.e. tous les Québécois et les Québécoises. Qui va payer? Ben, ce sont tous les Québécois et les Québécoises. Ça prend pas un algorithme de calcul pour le comprendre ou un doctorat en intelligence artificielle.

En fait, les gagnants de l'opération seront tous ceux et celles qui se prendront une cote au passage.

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En fait, les gagnants de l'opération seront tous ceux et celles qui se prendront une cote au passage, quant l'argent passera de la poche droite des contribuables à celle de gauche. Sans oublier le coût administratif exhorbitant que nous devrons supporter pour faire aboutir une telle cause. En bout de piste, les revenus d'Hydro-Québec diminueront mais les exigences de profit du gouvernement resteront les mêmes. Qui va payer la différence? Tous les Québécois et les Québécoises.

Bon, les chantres de l'improductivité d'Hydro-Québec diront d'aller chercher l'argent dans la machine administrative grasse dure de la société d'État. Le problème, c'est que cette médecine est appliquée depuis plusieurs années et que par la force des choses, comme dans les hôpitaux et l'éducation, le tout a ses limites. Surtout pour un service essentiel comme la fourniture d'énergie dans un pays d'hiver, qui se chauffe essentiellement par le biais de l'hydroélectricité; dont les citoyens veulent se promener nue pied dans la maison en exigeant un indice de continuité de presque 100%, avec des tarifs uniformes parmi les plus bas au monde, à la grandeur de l'immense Québec.

On ne réglera pas le cas d'Hydro-Québec et de sa tarification dans ce court billet. Le problème de la surfacturation, s'il existe réellement, circule comme une légende urbaine et médiatique depuis plusieurs années. Ce qu'il faut comprendre, c'est que les tarifs d'électricité que nous payons sont scrutés et approuvés par la Régie de l'énergie (je sais, ses dirigeants sont nommés par Québec). Si en bout de piste, les tarifs se révèlent supérieurs au coût de la fourniture, notamment pour cause d'amélioration de la productivité ou parce qu'Hydro-Québec a réussi à peser un peu sur le crayon, dites-vous que l'argent s'en va de toute façon à la même place, dans le Fonds consolidé du revenu du Québec.

L'État ira chercher l'argent là où il se trouve, faites-lui confiance.

Autrement dit, que l'argent arrive explicitement ou implicitement au gouvernement du Québec par le biais des tarifs d'électricité, les besoins financiers de l'État québécois pour assurer ses différentes missions sont toujours là. En ce sens, l'État ira chercher l'argent là où il se trouve, faites-lui confiance. Certes, Hydro-Québec pourrait améliorer la justesse de ses modes de tarification, mais en bout de piste, les besoins de l'État seront toujours présents et donc, les tarifs s'ajusteront en conséquence et à la limite, ils pourraient le faire quotidiennement, compte tenu des besoins du gouvernement. Il y a sûrement un algorithme de calcul disponible ou à construire pour ce faire, avis aux intéressés.

Conclusion, le recours collectif en question ne sert aucunement les besoins de la société québécoise. Il ne sert que les intérêts particuliers, un peu comme aux États-Unis, des légalistes capitalistes qui profitent des failles du système pour faire une passe. Il sert aussi à cette classe de la population qui trouve que l'État est trop présente dans nos vies et qui trouve dans Hydro-Québec l'exécutoir du moment en se plaisant à la détester, peu importe ce qu'elle fera.