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Ambassade américaine à Jérusalem: Ryad met en garde contre la «colère des musulmans»

«C'est un pas dangereux», a affirmé le roi saoudien.

05/12/2017 14:49 EST | Actualisé il y a 4 heures
POOL New / Reuters
Le roi Salmane d'Arabie saoudite,S almane ben Abdelaziz Al Saoud

La possible reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël par les États-Unis a été critiquée de toutes parts, mardi, les pays arabes et musulmans prévenant que cela pourrait entraîner des répercussions négatives, tandis que des pays européens et l'ONU se sont dits inquiets quant à la perspective d'une résolution pacifique du conflit israélo-palestinien.

Le président américain Donald Trump a téléphoné mardi au président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, pour lui annoncer son intention de déplacer l'ambassade des États-Unis en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem. La partie est de Jérusalem, annexée par les Israéliens, est revendiquée par les Palestiniens comme capitale de leur futur État.

Le bureau de M. Abbas a indiqué que celui-ci avait prévenu M. Trump des répercussions dangereuses que cette décision pourrait avoir sur les efforts de paix au Proche-Orient, de même que sur la sécurité et la stabilité de la région et du monde.

Le communiqué du bureau de M. Abbas ne précise pas si le président des États-Unis a fourni une date pour l'éventuel déménagement de l'ambassade.

La porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Huckabee Sanders, a confirmé que M. Trump ferait une déclaration à ce sujet mercredi. Elle a précisé que le président avait une idée "assez solide" de son plan, mais elle n'a pas voulu donner de détails sauf pour dire qu'il prendrait "la meilleure décision pour les États-Unis".

Des responsables américains au courant du dossier, de même qu'un conseiller extérieur à l'administration, ont affirmé qu'ils s'attendaient à ce que le président fasse une déclaration générique sur le statut de Jérusalem en tant que "capitale d'Israël". M. Trump ne devrait toutefois pas parler de "capitale indivisible", ce qui impliquerait une souveraineté israélienne sur Jérusalem-Est, qui n'est pas reconnue par les Nations unies.

Ces responsables ont réclamé l'anonymat parce qu'ils n'étaient pas autorisés à révéler publiquement ces informations.

Jérusalem, qui abrite le premier lieu saint du judaïsme, le troisième lieu saint de l'islam ainsi que plusieurs lieux saints chrétiens, est au coeur du conflit israélo-arabe depuis des décennies.

Cette possible volte-face des États-Unis a suscité des réactions alarmées un peu partout dans le monde.

L'Autorité palestinienne

Les dirigeants palestiniens "cesseront tout contact" avec les États-Unis si le président Trump reconnaît Jérusalem comme capitale israélienne, a affirmé le conseiller diplomatique du président Mahmoud Abbas, Majdi Khaldi. Washington perdra toute crédibilité en tant que médiateur du conflit au Proche-Orient si une telle décision se confirme, a-t-il ajouté.

L'Égypte

Selon un communiqué de la présidence égyptienne, Abdel Fatah el-Sissi a téléphoné au président Trump et l'a exhorté à ne pas prendre de décision qui changerait le statut de Jérusalem et nuirait aux efforts de paix au Proche-Orient. Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shoukry, a prévenu que cela pourrait avoir "de dangereuses répercussions".

L'Égypte est l'un des deux seuls pays arabes à avoir conclu la paix avec Israël.

La Turquie

Le président turc a déclaré que la reconnaissance par les États-Unis de Jérusalem comme capitale d'Israël représentait une "ligne rouge" pour les musulmans. Dans un discours devant le Parlement, il a prévenu qu'Ankara suspendrait toute relation diplomatique avec Israël si une telle annonce se concrétisait. Il a aussi annoncé son intention de convoquer une réunion des pays de l'Organisation de la coopération islamique à ce sujet.

L'Allemagne

"Reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël ne calmera pas le conflit mais aura plutôt pour effet de jeter de l'huile sur le feu" et cela représenterait "un développement vraiment dangereux", a estimé le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel.

"Il est dans l'intérêt de tous que cela ne se produise pas", a dit M. Gabriel au siège de l'OTAN à Bruxelles. Il a rappelé que l'Allemagne et ses partenaires de l'Union européenne continuent de soutenir la solution des deux États pour résoudre le conflit entre Israéliens et Palestiniens.

La France

Le président Emmanuel Macron a téléphoné au président Trump lundi pour lui rappeler que le statut de Jérusalem devait être déterminé dans le cadre de négociations de paix, "visant en particulier l'établissement de deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte en paix et en sécurité avec Jérusalem pour capitale", d'après un communiqué de l'Élysée. Les deux dirigeants ont convenu de "se reparler prochainement à ce sujet".

L'Arabie saoudite

Le royaume saoudien s'est fermement opposé à toute reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël. L'Arabie saoudite, une puissance régionale qui pourrait jouer un rôle central dans la conclusion d'un éventuel accord de paix israélo-palestinien, a exprimé sa "grave et profonde préoccupation" devant une telle décision.

Dans un communiqué publié par l'agence de presse officielle saoudienne, le ministère des Affaires étrangères réaffirme les droits du peuple palestinien concernant Jérusalem, "qui ne peuvent être changés". Une telle décision "provoquerait les sentiments des musulmans partout dans le monde", ajoute le communiqué.

Le secrétaire général de l'ONU

Antonio Guterres s'oppose à toute action unilatérale concernant Jérusalem qui pourrait nuire à la solution des deux États pour résoudre le conflit israélo-palestinien.

Son porte-parole, Stéphane Dujarric, a déclaré devant les journalistes à New York que les Nations unies avaient toujours considéré Jérusalem comme une question "qui doit être résolue par des négociations directes entre les deux parties conformément aux résolutions du Conseil de sécurité".

La Ligue arabe

Des représentants des pays membres de la Ligue arabe se sont réunis mardi au Caire pour discuter de la possible annonce du président Trump. Le secrétaire général Ahmed Aboul-Gheit a déclaré que ce serait "une mesure dangereuse qui aurait des répercussions" à travers tout le Moyen-Orient. Il a appelé M. Trump à reconsidérer sa décision.

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