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Jérusalem: Trump prépare le terrain sans dévoiler tout son jeu

«Ce n'est pas une question de si, c'est une question de quand», affirme le porte-parole de la Maison Blanche.

04/12/2017 19:20 EST | Actualisé il y a 9 heures

Donald Trump multipliait mardi les échanges avec les dirigeants du Proche-Orient, réaffirmant sa volonté de transférer l'ambassade des Etats-Unis en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem sans cependant dévoiler complètement son jeu.

Le dossier est délicat pour le 45e président des Etats-Unis qui risque, à vouloir à tout prix tenir une promesse de campagne, de faire capoter les efforts de paix de son gendre et conseiller Jared Kushner. Ce dernier s'est vu confier la lourde tâche de trouver une issue au conflit israélo-palestinien, dossier sur lequel tous les prédécesseurs de M. Trump ont échoué.

Dans une intense série de conversations téléphoniques, le locataire de la Maison Blanche a informé le président palestinien Mahmoud Abbas et le roi de Jordanie de son "intention" de procéder à ce transfert controversé contre lequel nombre de pays de la région sont vent debout.

Mais le flou demeurait mardi sur un point central: M. Trump n'a-t-il fait que réitérer sa position de principe, maintes fois exprimées, ou a-t-il explicitement indiqué qu'il allait engager immédiatement le déménagement, une possibilité qui fait craindre une nouvelle escalade de violence dans la région?

L'Autorité palestinienne, interlocutrice de la communauté internationale et d'Israël, revendique Jérusalem-Est comme la capitale d'un futur Etat palestinien indépendant.

Les mises en garde contre une telle décision aux conséquences imprévisibles sont tombées en cascade au cours des dernières 24 heures.

"M. Trump, Jérusalem est une ligne rouge pour les musulmans", a averti mardi le président turc Recep Tayyip Erdogan. Président en exercice de l'Organisation de la coopération islamique, il a précisé qu'un sommet des 57 pays membres, se tiendrait "sous 5 à 10 jours" si Washington reconnaissait Jérusalem comme capitale d'Israël.

M. Abbas, de son côté, a mis en garde M. Trump contre les "conséquences dangereuses d'une telle décision sur le processus de paix, la sécurité et la stabilité dans la région et dans le monde", selon le compte-rendu de la présidence palestinienne.

- Risques d''escalade' -

L'Arabie saoudite a exprimé mardi sa "profonde inquiétude". Le chef de la Ligue arabe, Ahmed Abul Gheit, a jugé "dangereuse" une possible décision américaine sur Jérusalem.

La Jordanie, gardienne des lieux saints musulmans de Jérusalem, a mis en garde dimanche soir contre "une démarche aux conséquences graves" et les risques d'"escalade". A l'issue de l'échange téléphonique avec le président américain, le palais royal a indiqué que ce dernier avait exprimé son "intention d'aller de l'avant dans son projet de transférer l'ambassade américaine".

La question est la même tous les six mois depuis plus de deux décennies: le président américain accepte-t-il de déménager l'ambassade des Etats-Unis en Israël vers Jérusalem, comme le prévoit une loi adoptée en 1995, ou signe-t-il une dérogation pour la maintenir à Tel-Aviv, à l'instar du reste de la communauté internationale?

Une annonce était attendue mardi ou mercredi mais la Maison Blanche entretient le flou sur le calendrier et la façon dont le président républicain entend faire cette annonce objet d'intenses spéculations depuis une semaine.

La nouvelle date-butoir pour renouveler la dérogation tombait théoriquement lundi. Jusqu'ici, les présidents successifs ont choisi la seconde solution.

- Troisième voie? -

Malgré sa promesse de campagne en faveur d'un déménagement, M. Trump a fini lors de la précédente échéance en juin par se résoudre à attendre, pour "donner sa chance" à la paix.

"Le président a été clair sur cette affaire depuis le départ: ce n'est pas une question de si (l'ambassade sera effectivement déplacée à Jérusalem), c'est une question de quand", a affirmé lundi Hogan Gidley, un porte-parole de la Maison Blanche.

Mais selon plusieurs observateurs, le milliardaire républicain est tenté par une troisième voie qui pourrait consister à repousser un tel déménagement tout en reconnaissant plus ou moins officiellement Jérusalem comme capitale d'Israël.

Même cette solution de compromis serait un casus belli, ont prévenu ces derniers jours les dirigeants palestiniens, qui estiment que Jérusalem-Est, annexée par Israël en 1967, doit être la capitale de l'Etat auquel ils aspirent et que le statut de la ville ne peut être réglé que dans le cadre d'un accord de paix avec les Israéliens.

Les Palestiniens étaient déjà échaudés par l'imbroglio de leur mission diplomatique à Washington, que les Etats-Unis ont récemment envisagé de fermer pour des raisons relativement obscures avant d'engager un revirement.

Le gouvernement israélien restait mardi complètement silencieux sur ce dossier emblématique et sur un échange téléphonique entre MM. Netanyahu et Trump évoqué par la Maison Blanche.

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