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Un médicament anti-cancer pour lutter contre le sida ?

Une découverte surprise à confirmer.

01/12/2017 15:28 EST | Actualisé 01/12/2017 15:43 EST

Le hasard est une chance, en science. Pour cette journée mondiale de lutte contre le sida, une équipe de chercheurs français annonce avoir trouvé la piste d'un possible traitement contre le sida alors qu'elle travaillait sur un protocole anti-cancer.

Le professeur Jean-Philippe Spano et son équipe de la Pitié-Salpêtrière viennent de publier des observations dans le journal scientifique Annals of Oncology, la référence des publications sur le cancer. Ils s'étaient penchés sur le nivolumab, un anti-cancéreux efficace dans le traitement du cancer du poumon. Leur patient était infecté par le virus du sida.

Ils ont ainsi découvert un phénomène imprévu: la "décroissance drastique et persistante" des réservoirs de cellules dans lesquels le virus du sida se cache lors des attaques des médicaments antirétroviraux. Pour l'instant, ce résultat encourageant n'a été observé que sur une personne.

Eradiquer complètement le virus?

Ces cellules réservoirs se trouvent dans le système immunitaire, le cerveau, la moelle épinière et les gamètes. Elles sont dormantes et ne peuvent être éliminées ni par les antirétroviraux ni par des traitements immuno-suppresseurs. D'ailleurs, si le traitement s'arrête, le virus se réactive et contamine d'autres cellules.

Dès lors, si les scientifiques trouvent un moyen de nettoyer ces réservoirs de cellules infectées par le virus du sida, cela devrait permettre d'éradiquer complètement le virus, donc de guérir les patients.

Le professeur Spano explique: "les cellules dormantes infectées ne produisent pas activement le virus: elles sont infectées de manière latente. Elles se cachent dans des réservoirs dès le début de la propagation du virus. Problème: les traitements immuno-suppresseurs réactivent les cellules dormantes. Le plus souvent, cette réactivation est bloquée par des check-points, mais ces derniers ont l'indélicatesse de bloquer aussi les fonctions de défense des cellules."

Or, si l'on empêche les check-points d'agir, les cellules dormantes réactivées apparaissent au grand jour et le système immunitaire peut alors les repérer et les éradiquer.

Première démonstration du phénomène

L'équipe du professeur Spano a procédé à 31 injections de nivolumab, un inhibiteur de check-points, sur un homme de 51 ans, tous les 14 jours depuis décembre 2016. Il avait été diagnostiqué séropositif en 1995 et touché par un cancer du poumon en 2015.

Juste après les injections, le virus du sida n'était pas visible, puis il a gagné en activité, pour finalement décroître 45 jours après. Ainsi de suite pendant 120 jours.

Un seul cas, d'autres études à venir

"Nous avons mis au jour la première démonstration de ce mécanisme, continue le professeur Spano. Il peut être efficace sur les patients atteints du virus du sida, avec ou sans cancer et semble ne pas produire d'effet secondaire."

Bien sûr, il ne s'agit que d'un seul cas. D'ailleurs, "chez un autre patient, il n'y a eu aucune diminution", précise Jean-Philippe Spano à FranceInfo. Il faut donc rester prudent

L'expérience doit être vérifiée sur de nombreux autres patients afin d'attester de sa véritable efficacité. Les auteurs précisent justement qu'un test est en cours sur un plus grand nombre de patients. "Mais cette découverte s'avère prometteuse", atteste le rédacteur en chef de la revue, qui officie au saint des saints de l'oncologie, l'Institut Gustave Roussy à Villejuif.