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Québec veut réduire de moitié l'usage d'antipsychotiques dans les CHSLD

Le ministre admet d'emblée qu'il y a surutilisation d'antipsychotiques dans les établissements.

30/11/2017 16:59 EST | Actualisé 30/11/2017 16:59 EST
THE CANADIAN PRESS IMAGES/Mario Beauregard
Le ministre québécois de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette.

Québec se lance dans une démarche visant à réduire l'usage abusif de médicaments pour «calmer» des personnes âgées hébergées en centres de soin de longue durée qui souffrent de démence.

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a annoncé jeudi le lancement d'un projet dans 24 Centres d'hébergement de soins de longue durée (CHSLD) qui sera étendu d'ici trois ans à 317 des 400 CHSLD de la province. Son objectif est ambitieux: réduire de moitié l'usage d'antipsychotiques.

Le ministre admet d'emblée qu'il y a surutilisation d'antipsychotiques dans les établissements, ceux-ci étant très fréquemment prescrits pour faire de la «contention pharmacologique», un euphémisme médical qui implique dans les faits de donner un médicament pour que le patient se calme et qu'on n'ait pas besoin de l'immobiliser physiquement.

Le projet consiste à revoir l'organisation du travail, les méthodes d'intervention lors d'épisodes d'agressivité ou de désorganisation, l'environnement des patients, l'ajout d'approches non pharmacologiques comme la musicothérapie ou la récréothérapie par exemple, et une révision de plusieurs autres aspects entourant l'hébergement des personnes âgées.

La démarche a été élaborée par la Fondation canadienne pour l'amélioration des services de santé (FCASS), qui l'a mise à l'essai dans 56 établissements de soins de longue durée de huit provinces en 2014-2015 avec des résultats étonnants.

En un an, les établissements concernés ont non seulement vu l'usage d'antipsychotiques réduit ou éliminé chez 54 pour cent des résidants, mais aussi une réduction de 20 pour cent du nombre de chutes et des réductions des accidents, des admissions à l'urgence et des hospitalisations, notamment.

La Fondation note que le milieu est de plus en plus conscient du problème de surprescription, alors qu'en 2015-2016, près du quart (23,9 pour cent) des résidants d'établissements de soins de longue durée se sont vus prescrire des antipsychotiques sans avoir reçu de diagnostic, comparativement à 32 pour cent il y a à peine cinq ans.

Au Québec, entre 40 et 60 pour cent des personnes hébergées de 65 ans et plus prennent des antipsychotiques sans avoir reçu de diagnostic de psychose.

Un premier projet à l'échelle provinciale a été institué au début de 2016 au Nouveau-Brunswick et les résultats y sont aussi probants que ceux enregistrés dans les 56 centres canadiens. La FCASS rapporte que l'usage d'antipsychotiques a été réduit ou complètement éliminé chez 43 pour cent des personnes âgées hébergées.

L'implantation de la démarche au Québec implique des coûts d'environ 2,4 millions $, dont la moitié proviennent de la Fondation, l'autre provenant du ministère de la Santé.