POLITIQUE

Contrôle des armes: des groupes vivement inquiets de la lenteur de Trudeau

Ils implorent Justin Trudeau de ne pas céder aux pressions du lobby des armes à feu.

30/11/2017 11:54 EST | Actualisé 30/11/2017 13:57 EST

Justin Trudeau avait promis de resserrer les règles en matière de contrôle des armes à feu, et il n'a pas livré la marchandise. Et la lenteur de son gouvernement à légiférer inquiète vivement des survivants de fusillades et des proches de personnes tombées sous les balles.

La déception qu'étaient venus exprimer les neuf personnes entassées sur l'estrade d'une salle du parlement frôlait la désillusion, jeudi. D'une seule voix, ils ont exhorté le gouvernement à déposer sans plus tarder un projet de loi sur le contrôle des armes à feu.

La coordonnatrice de Polysesouvient et diplômée de Polytechnique, Heidi Rathjen, a dit être sortie fort inquiète d'une rencontre qui a eu lieu un peu plus tôt cette semaine avec le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale.

Et selon elle, contrairement à ce qu'a récemment suggéré le ministre, les travaux du comité aviseur sur les armes avancent à pas de tortue. "Le nouveau comité a été annoncé en grande pompe et, effectivement, il est beaucoup mieux", a tenu à spécifier Mme Rathjen.

"Cependant, le comité a seulement eu deux rencontres: une en mars et une en mai. Quand le ministre s'est fait questionner par rapport à quand viendrait un projet de loi, une de ses réponses était que le comité aviseur "was hard at work"", a-t-elle souligné.

La Presse canadienne/Adrian Wyld
Meaghan Hennigan, une survivante de la tuerie de Dawson, et sa mère, Kathleen Dixon, qui tient des affiches d'armes à feu lors d'une conférence de presse à Ottawa.

Sans trop vouloir spéculer sur les raisons de la lenteur libérale à agir, elle dit avoir peine à voir un autre facteur explicatif que la pression du lobby pro-armes. Elle soupçonne que "tous ces petits délais, ces petits reculs" sont attribuables "aux objections des propriétaires d'armes".

Et alors qu'approche le 28e anniversaire de la tragédie à l'École Polytechnique, Serge St-Arneault, qui a perdu sa soeur Annie aux mains du tireur Marc Lépine le 6 décembre 1989, a imploré le premier ministre de ne pas céder aux pressions du lobby pro-armes.

"Je sais que le lobby des armes est fort et bruyant, mais votre parti, monsieur le premier ministre, a été élu majoritaire, entre autres, pour votre promesse de renverser les dommages causés par le gouvernement Harper", a-t-il dit lorsqu'il a pris la parole au micro.

"Vous avez un mandat de la population. Ne faites pas de compromis _ surtout pas pour plaire au lobby des armes. Renforcez les lois de manière à (accorder la priorité à) la sécurité publique", a fait valoir M. St-Arneault.

Le groupe Polysesouvient, qui milite depuis des années pour un meilleur contrôle des armes depuis le drame de Polytechnique, s'est trouvé de nouveaux alliés: la communauté musulmane, toujours ébranlée par la fusillade survenue en janvier à la mosquée de Québec.

Un survivant de la tragédie qui a fait six victimes, Nizar Ghali, était à Ottawa pour une première apparition publique depuis la tuerie. "J'ai vécu ce drame, j'ai vu la force de destruction de ces armes à feu. J'ai vu mes frères tomber et mourir dans leur flaque de sang", a-t-il lâché.

"Qu'attendez-vous pour agir? Qu'avez-vous besoin de plus?", a-t-il lancé à l'intention du premier ministre Trudeau.

Le ministre Goodale devrait réagir à la conférence de presse jeudi après-midi au parlement. Dans l'intervalle, son attaché de presse a transmis une déclaration écrite dans laquelle on promet que le gouvernement bougera bientôt.

"Dans un avenir rapproché, nous introduirons une trousse législative en harmonie avec les mesures indiquées dans notre programme électoral", a-t-on signalé, réitérant au passage que les libéraux n'ont toujours pas l'intention de créer un nouveau registre des armes d'épaule.