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L'abandon du nucléaire essentiel à une accalmie entre Washington et Pyongyang

La Corée du Nord ne semble par contre pas disposée à abandonner son programme.

29/11/2017 15:52 EST | Actualisé 29/11/2017 15:53 EST
Kevin Lamarque / Reuters

La possibilité d'un dialogue entre les États-Unis et la Corée du Nord pourrait paradoxalement se concrétiser, selon des experts, à mesure que Pyongyang s'approche de ses objectifs nucléaires. À condition que Washington renonce in fine à lui faire abandonner l'arme atomique.

"Les options diplomatiques restent sur la table, pour l'instant", a assuré mardi le secrétaire d'État américain Rex Tillerson juste après le tir d'un missile nord-coréen capable de frapper n'importe où aux États-Unis. "Les États-Unis restent attachés à la recherche d'une voie pacifique vers la dénucléarisation", a-t-il insisté.

Le chef de la diplomatie est celui qui, au sein de l'administration de Donald Trump, défend avec le plus d'opiniâtreté la possibilité d'une issue politique à la crise, là où le président américain n'hésite pas à brandir la menace militaire contre le régime de Kim Jong-Un.

Il a récemment affirmé que des "canaux de communication" étaient ouverts entre Washington et Pyongyang et que les Américains seraient prêts à discuter avec les Nord-Coréens après "une période relative de calme et un signe de la part de Kim Jong-Un lui-même" prouvant qu'il est disposé au dialogue.

Le dernier test balistique est venu briser cette période de calme en cours depuis mi-septembre.

Cela signe-t-il l'échec de la "campagne de pression maximale" mise au point par les États-Unis, avec la multiplication des sanctions internationales et unilatérales? Le gouvernement américain assure au contraire qu'elle commence à porter ses fruits en termes d'isolement du régime nord-coréen et qu'il faut laisser aux sanctions le temps d'opérer.

"On n'a plus le temps, la fenêtre s'est refermée", conteste Jeffrey Lewis, de l'Institut Middlebury des études stratégiques. "La Corée du Nord est désormais une puissance nucléaire, ils ont certainement des armes nucléaires capables de frapper les États-Unis, et il va falloir accepter cela et vivre avec", affirme à l'AFP ce spécialiste de la non-prolifération.

Assurance-vie

De fait, Kim Jong-Un a déclaré mercredi que son pays reclus était devenu un État nucléaire. Et de plus en plus d'observateurs semblent disposés à le croire.

"C'est ce qu'il voulait, être une nation nucléaire, avoir cette assurance-vie", estime-t-on de source proche du dossier à Washington.

L'administration Trump entend malgré tout serrer encore un peu la vis, avec de nouvelles sanctions ciblées du Trésor américain à venir contre des institutions financières, et a demandé à la Chine d'utiliser aussi "tous les leviers disponible" pour faire plier la Corée du Nord dont elle reste le principal partenaire.

Mais augmenter la pression devient compliqué, d'autant que l'option militaire semble peu crédible aux observateurs interrogés par l'AFP. "Les États-Unis la brandissent surtout comme menace, mais je n'ai pas l'impression qu'ils soient vraiment prêts à y avoir recours", dit un responsable européen qui s'est entretenu avec des membres de l'administration américaine.

Les États-Unis peuvent certes, relève Abraham Denmark, du think tank Wilson Center, plaider pour un embargo pétrolier, un blocus maritime ou encore une interdiction de l'exportation de main d'oeuvre nord-coréenne, qui rapporte des devises au régime. Mais cela suppose un feu vert chinois, peu probable à ce stade.

Ils peuvent encore renforcer l'isolement diplomatique de Pyongyang et leur propre posture militaire dans la région, ajoute-t-il.

"Est-ce que cela permettra de parvenir à un démantèlement total, vérifiable et irréversible du programme nucléaire nord-coréen? J'en doute", ajoute cet expert.

Pour Jeffrey Lewis, Kim Jong-Un a avant tout "peur de finir comme Saddam ou Kadhafi", les dirigeants irakien et libyen tués à l'issue d'interventions occidentales. "Et aucune sanction au monde ne peut être pire qu'un tel sort!"

Pour autant, "il pourrait y avoir une ouverture pour la diplomatie si Pyongyang pense vraiment" avoir atteint son objectif, estime Abraham Denmark. "Il n'est pas impossible qu'à un moment donné, maintenant, il accepte de discuter", acquiesce la source proche du dossier, "mais il ne reviendra jamais en arrière sur la détention des armes nucléaires".

C'est le principal point d'achoppement, car Washington martèle vouloir pousser Pyongyang à renoncer à la bombe atomique.

"Les États-Unis vont devoir changer leurs objectifs", plaide Jeffrey Lewis, tout en reconnaissant qu'il sera difficile pour les dirigeants américains "d'admettre que leur stratégie a échoué". Malgré tout, ajoute-t-il, "nous avons encore intérêt au dialogue, pour éviter une guerre nucléaire, il serait bon de pouvoir parler de dissuasion mutuelle, stabilité, réduction des tensions".

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