POLITIQUE

Crise des médias: la ministre Mélanie Joly refuse de rencontrer la FNC

La visite des représentants syndicaux coïncide avec l'annonce de la fermeture de 35 journaux et de la mise à pied de quelque 300 personnes

29/11/2017 18:07 EST | Actualisé 29/11/2017 18:08 EST
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La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, n'a pas daigné rencontrer les représentants de la Fédération nationale des communications (FNC-CSN), qui sont à Ottawa cette semaine pour sensibiliser les élus fédéraux à l'urgence de venir en aide à la presse écrite au pays.

La visite des représentants syndicaux coïncide avec l'annonce, lundi, de la fermeture de 35 journaux et de la mise à pied de quelque 300 personnes par les grands groupes de presse que sont Torstar et Postmedia.

«Jusqu'à présent, il n'y a pas de signal à l'effet qu'ils sont sympathiques à la cause», a soupiré la présidente de la FNC, Pascale St-Onge, lorsque rejointe par La Presse canadienne.

«Au contraire, les propos qui ont été tenus depuis le lancement de la politique culturelle — c'est-à-dire qu'ils ne soutiendraient pas des modèles d'affaires qui ne sont pas viables — et les derniers propos de la ministre par rapport à la transaction entre Torstar et Postmedia ramènent tout à une décision d'affaires dans le but d'éliminer la compétition. C'est comme si la réalité économique n'était pas prise en considération dans les propos de la ministre», a-t-elle laissé tomber.

Selon Mme St-Onge, les oppositions néo-démocrate et bloquiste se sont montrées beaucoup plus préoccupées par la situation et, bien que la rencontre officielle avec les conservateurs n'avait pas encore eu lieu, mercredi en mi-journée, elle a confié que ceux-ci ont également fait part de leur préoccupation.

«Il y a une prise de conscience du côté de l'opposition, une réalisation qu'on a beaucoup à perdre en voyant nos salles de nouvelles fermer, les petites comme les grandes et que, si rien n'est fait, c'est une portion importante de notre démocratie qui est menacée», a-t-elle souligné.

Selon la FNC, même des députés libéraux expriment, en privé, leur mécontentement et leur inquiétude face à l'inaction du gouvernement Trudeau. «Ceux dont les journaux régionaux, locaux et communautaires sont attaqués présentement sont plus sensibles à la cause», affirme Mme St-Onge, ajoutant que la dissidence au sein du PLC «n'est pas mesurable, mais elle est palpable quand même».

Pascale St-Onge dit avoir constaté que, dans l'ensemble, les politiciens de l'opposition et certains membres du caucus libéral s'expliquent mal le laisser-faire du gouvernement face aux géants du web, qui s'approprient gratuitement des contenus de la presse écrite et prennent désormais la part du lion des revenus publicitaires dont la presse écrite a besoin pour produire les contenus en question.

«Il y a aussi une incompréhension généralisée face à la béatitude ou la naïveté que présente le gouvernement par rapport aux géants du web, une attitude qui semble dire que c'est tellement formidable les nouvelles technologies et qu'on n'en voit pas les impacts sur notre économie, sur notre démocratie.»

«Laisser mourir les gros piliers»

La FNC garde toutefois espoir d'amener la ministre Joly à changer son fusil d'épaule. Celle-ci a tout de même délégué du personnel de son ministère pour rencontrer les représentants du syndicat et, selon Mme St-Onge, celui-ci aurait exprimé une préoccupation pour «le journalisme local et communautaire», sans toutefois préciser comment cette préoccupation pouvait se traduire concrètement en termes de soutien.

En contrepartie, ni les représentants gouvernementaux ni la ministre Joly n'ont laissé transparaître quelque préoccupation que ce soit pour les grands groupes de presse écrite, dont les effectifs diminuent constamment et dont la survie à moyen terme est mise en doute.

«Jusqu'à maintenant, les propos de la ministre et des gens de son entourage laissent entendre qu'ils ont une préoccupation pour ce qui est communautaire et ce qui est indépendant, mais c'est dur d'interpréter les choses autrement que de dire qu'ils sont prêts à laisser mourir les gros piliers de la presse écrite», se désole la syndicaliste.

Bien que les plus grandes entreprises de presse écrite appartiennent à des intérêts fortunés, la FNC rappelle que les propriétaires n'ont aucune obligation de maintenir leurs journaux en vie et seront au contraire de plus en plus portés à fermer leurs journaux s'ils continuent d'accumuler des pertes.

La FNC est à l'origine d'une campagne de sensibilisation à la crise des médias à travers le pays. Elle a déjà produit une lettre ouverte réclamant un soutien gouvernemental le temps d'assurer une meilleure transition vers les plateformes numériques. Elle cherche à recueillir le plus grand nombre de signatures pour faire pression sur le gouvernement Trudeau et la ministre Joly.