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Les pro-armes vont changer de lieu

L'organisateur Guy Morin a confirmé vouloir trouver un nouvel endroit pour son rassemblement.

28/11/2017 16:42 EST | Actualisé 28/11/2017 18:51 EST
PC/Graham Hughes

Après le tollé suscité par la tenue d'une manifestation contre le registre des armes à feu près du lieu de la tuerie de Polytechnique, à Montréal, les organisateurs ont annoncé mardi, en fin d'après-midi, que leur rassemblement serait déplacé.

Un représentant du groupe "Tous contre un registre" a confirmé dans un message Facebook que le rassemblement changerait d'endroit et que celui-ci serait connu dans moins de 24 heures.

Le groupe avait choisi de se réunir au lieu commémoratif des victimes de la tuerie de Polytechnique, qui a été établi près de l'endroit où est survenue la tuerie du 6 décembre 1989.

Le vice-président du groupe, Guy Morin, n'avait pas rappelé La Presse canadienne au moment d'écrire ces lignes, mais en entrevue avec le Réseau de l'information, il a admis qu'il avait peut-être "sous-estimé" la réaction émotive des gens, même s'il s'attendait

à ce que son rassemblement fasse beaucoup jaser.

M. Morin a rappelé qu'il avait d'abord choisi ce lieu comme "symbole", car selon lui, les militants favorables au registre des armes à feu "instrumentalisent" la tuerie de Polytechnique.

Pressé de question par l'animateur, le vice-président du groupe a fini par s'excuser aux gens "qui auraient été offusqués à ce point-là".

D'entrée de jeu, M. Morin avait dit vouloir "tendre la main" à ses adversaires politiques qui sont favorables à un contrôle des armes à feu pour trouver une solution à ce qu'il considère comme un problème.

Une avalanche de réactions négatives

Pendant la journée, l'événement a suscité la controverse parmi les citoyens, les politiciens et les familles des victimes de Polytechnique.

Les proches des victimes y voyaient un manque de sensibilité et un affront à la mémoire des femmes qui ont été assassinées par Marc Lépine le 6 décembre 1989.

"Les gens ont le droit d'exprimer leur inquiétude et ils ont le droit de prendre part au débat, parce que c'est un débat de société. Sauf qu'il y a des endroits pour le faire et il y a des manières pour le faire. C'est très agressif comme moyen de communication de la part de ce groupe-là", a opiné Sylvie Haviernick, dont la soeur, Maud, est l'une des victimes de la tuerie.

"C'est vraiment une forme d'utilisation à mauvais escient. Je pense que c'est vraiment de la provocation, oui, de la provocation ou, du moins, un manque total de respect pour, d'une part, le souvenir de l'événement, et pour les gens qui ont contribué pendant des années à faire en sorte qu'on ait une société qui soit plus libre, mais en même temps avec un contrôle sur la sécurité publique qui est nécessaire", a commenté Mme Haviernick.

Sur Facebook, la page de la manifestation était remplie de messages dénonçant l'initiative.

"Votre manif n'est pas pour les armes à feu, mais pour la violence contre les femmes. Vous me dégoûtez et j'ai hâte de vous le dire en pleine face ce samedi", a déclaré l'une d'elles, Caroline Pelletier.

"Je suis contre le registre des armes à feu, mais sachez que je n'appuierai jamais votre mouvement parce que votre décision d'aller manifester à cet endroit est tout simplement stupide et idiote", a renchéri un autre internaute, Jonathan Valois.

Une contre-manifestation était d'ailleurs prévue au même endroit par l'Association étudiante en études féministes de l'UQAM. Il semble que le rassemblement aura toujours lieu malgré les nouveaux développements.

Des politiciens outrés

Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, s'était montré outré du choix de lieu pour manifester. "C'est plus que d'un mauvais goût; je condamne fermement, fermement, a-t-il lancé. Je trouve ça absolument scandaleux."

De son côté, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, y a vu "un manque de jugement" de la part des opposants au registre des armes

à feu. C'est aussi "un manque de respect inacceptable envers les victimes de cette tragédie et toutes les femmes victimes de violence", a-t-elle commenté sur Twitter.

Le premier ministre Justin Trudeau a parlé d'un "geste inutilement provocateur et cruel".

"Peu importe le débat ou les arguments, il faut d'abord penser aux familles des victimes de Polytechnique. Que leur souvenir ne soit jamais oublié", a-t-il écrit sur Twitter.

La ministre du Patrimoine canadien et députée montréalaise Mélanie Joly a dit qu'elle trouvait la décision des organisateurs "sincèrement révoltante".

"Je ne peux pas croire qu'on puisse penser qu'on va pouvoir faire une manifestation (pro-armes) sur une place commémorative comme celle de la tuerie de Polytechnique. C'est profondément choquant", a-t-elle laissé tomber au parlement.