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La DPJ blâmée pour la mauvaise gestion d'un dossier

«Le Directeur a laissé perdurer une situation de négligence et n'a pas su offrir aux enfants les services adéquats auxquels ils avaient droit», tranche la juge.

22/11/2017 16:38 EST | Actualisé 22/11/2017 16:38 EST
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La Direction de la protection de la jeunesse a été blâmée pour avoir laissé des enfants pendant 10 ans dans un milieu de vie inadéquat et malpropre, rempli de coquerelles et de punaises de lit.

La juge Annie Savard, de la division jeunesse de la Cour du Québec, a émis un rare blâme en raison des manquements d'un directeur de la protection de la jeunesse de Montréal, qui n'a pas protégé adéquatement deux enfants.

Ceux-ci, âgés de 11 et 13 ans au moment du jugement en 2017, avaient été placés en famille d'accueil en 2007 chez une femme jusqu'à leur majorité. Leur identité ne peut être dévoilée.

Cette décision avait été prise parce que leur mère avait de nombreuses difficultés: instabilité résidentielle et financière, consommation de drogues et fragilité mentale.

La mère biologique cherchait à récupérer la garde de ses enfants, soutenant avoir stabilisé sa vie. Au cours de son témoignage, elle a rapporté que la propreté de l'endroit où ses enfants vivaient laissait grandement à désirer et elle se disait inquiète du fait qu'ils soient souvent laissés sans surveillance ni encadrement. Elle avait avisé l'intervenant social à plus d'une reprise, ainsi que la mère d'accueil qui n'a rien changé à la situation. Elle a parlé notamment de saleté, de punaises de lit, de poux, de coquerelles et de draps souillés.

Malgré cela, et même après avoir constaté le problème récurrent des punaises de lit, le Directeur a décidé de maintenir les enfants dans leur famille d'accueil «puisqu'ils y sont attachés».

L'aînée des enfants, âgée de 13 ans, a témoigné qu'elle devait souvent cuisiner pour son jeune frère alors que la mère d'accueil était à l'église. Elle a ajouté qu'elle et son frère passent beaucoup de temps seuls, sans surveillance et sans aide malgré leurs difficultés scolaires. Elle a aussi confirmé l'état lamentable du logement, caractérisé par le désordre, l'encombrement des lieux et la saleté.

L'adolescente avait aussi avisé l'intervenant au dossier, mais avait minimisé la situation puisque la rencontre s'était déroulée en présence de la mère d'accueil et qu'elle voulait éviter sa colère.

Selon le tribunal, la preuve démontre que les enfants ont été maintenus dans un milieu inadéquat.

Ils ont été négligés sur le plan physique et éducatif car «la mère d'accueil ne fournissait pas aux enfants une surveillance et un encadrement appropriés, du fait de ses absences fréquentes de la résidence, surtout en soirée. Les enfants avaient des difficultés d'ordre académique pour lesquelles ils n'ont pas reçu le support auquel ils avaient droit», écrit la juge dans une décision rendue en juin, mais qui vient d'être publiée.

«Le Directeur a laissé perdurer une situation de négligence et n'a pas su offrir aux enfants les services adéquats auxquels ils avaient droit», tranche la juge Savard.

Elle le somme de revoir attentivement la chronologie des interventions qui ont été faites dans la présente situation et de tirer leçon de cette étude afin que pareille situation ne se reproduise plus.

Les enfants, qui souhaitaient aussi le retour chez leur mère biologique, ont vu leur voeu être exaucé.

Stéphanie Marin, La Presse canadienne