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Cinq idées reçues sur les morts par arme à feu en Amérique

Certaines conceptions au sujet des armes à feu sont fausses.

22/11/2017 12:47 EST | Actualisé 22/11/2017 12:47 EST
Shutterstock / Aleksandar Mijatovic

Chaque jour des dizaines de personnes meurent par balle aux quatre coins des États-Unis, mais on entend parler seulement des massacres qui défraient la chronique. Ce paradoxe alimente diverses idées reçues.

1) Le nombre de morts par arme à feu atteint un niveau record.

C'est inexact, bien que la police fédérale (FBI) constate une hausse des homicides volontaires en 2015 et 2016.

"Même si les fusillades à nombreuses victimes sont en augmentation de façon spectaculaire aux Etats-Unis, le taux global d'homicides et celui par arme à feu ont subi un déclin -- en étant à la moitié du niveau d'il y a 25 ans", explique à l'AFP Gregg Carter, un expert de l'université Bryant de Rhode Island.

"Ce déclin est intervenu malgré un relâchement important des législations sur les armes au niveau des Etats. Par exemple, peu d'États permettaient à un citoyen lambda de porter une arme dissimulée avant 1990, alors qu'aujourd'hui presque tous le permettent".

En Amérique, on considère généralement qu'un événement devient une "fusillade à nombreuses victimes" ("mass shooting") quand au moins quatre personnes ont été touchées par balle, à l'exclusion de l'auteur présumé des tirs.

Selon les statistiques de l'organisation Gun Violence Archive, les États-Unis enregistrent en moyenne une fusillade à nombreuses victimes par jour.

2) Les victimes sont frappées au hasard.

L'énorme couverture médiatique des tueries donne la fausse impression que les victimes de tirs n'ont souvent aucune connexion avec leur meurtrier.

Ce sentiment est renforcé par la répétition des tragédies dans des lieux publics: concert en plein air à Las Vegas, boîte de nuit en Floride, campus universitaire en Virginie, école primaire dans le Connecticut...

En fait, les études montrent que la plupart des fusillades sont dirigées contre une personne ou une institution envers laquelle l'auteur a un grief spécial.

Plus de deux tiers des faits surviennent dans des domiciles privés. Et les victimes sont fréquemment des proches du meurtrier. Selon l'organisation Everytown for Gun Safety, 50 femmes sont tuées chaque mois aux États-Unis par leur partenaire intime.

3) Les grosses fusillades représentent un tribut écrasant.

C'est vrai dans l'absolu, mais faux dans la réalité de la routine des violences par arme à feu. Celle-ci se décompose en une multitude d'événements non rapportés par les grands médias.

En voici un pris au hasard: à Fresno, en Californie, un homme nommé Manuel Garcia a tué sa femme dont il avait divorcé et le compagnon de celle-ci, à la sortie de la messe. Puis M. Garcia s'est suicidé.

Un tel fait divers ferait la une de la presse en France, au Royaume-Uni, au Japon ou en Australie. Mais pas aux États-Unis où le taux d'homicides par arme à feu est 25 fois plus élevé que dans les autres pays développés.

La majorité des 12 000 homicides par arme à feu annuels aux États-Unis n'entrent pas dans la catégorie des grosses fusillades.

4) Les meurtriers sont en majorité des malades mentaux.

L'opinion publique américaine a été durablement horrifiée par des tireurs glaçants, au comportement dément, comme Adam Lanza qui a tué sa mère puis 20 enfants à l'école primaire de Sandy Hook, ou James Holmes qui a ouvert le feu sur les spectateurs d'un cinéma dans le Colorado.

Les épidémiologistes pensent toutefois que la vaste majorité des personnes atteintes de troubles psychiques ne sont pas violentes.

Une étude menée à Baltimore, St. Louis et Los Angeles a conclu que les violences à autrui seulement attribuables à des troubles mentaux graves ne concernaient que 4% des cas constatés. En d'autres mots, l'immense majorité des fusillades s'expliquent par d'autres facteurs, comme la colère, la jalousie ou la haine.

Plus de la moitié des auteurs des fusillades à nombreuses victimes ont des antécédents de violences conjugales.

5) L'Amérique se déchire sur l'interdiction des armes.

Cette idée répandue à l'étranger est très largement fausse. Même les plus virulents des militants anti-armes ont renoncé à modifier le sacro-saint deuxième amendement de la Constitution sur leur détention et aucun ténor politique américain n'appelle à confisquer les armes.

Le seul débat qui anime le pays concerne des questions marginales, comme la mise hors-la-loi des dispositifs permettant de tirer en rafales ou la généralisation des contrôles d'antécédents judiciaires et psychiatriques avant toute vente d'arme.

"Les lois nationales sur les armes ne changeront pas sauf si les démocrates remportent les deux chambres du Congrès, plus la présidence, et il n'y a aucune chance que cela arrive avant 2020. les républicains ne vont pas durcir les lois, malgré le désir contraire d'une majorité d'Américains", souligne le professeur Carter.