POLITIQUE

La légalisation du cannabis, casse-tête des économistes

Ce qui est certain, c'est que la légalisation va ajouter de la croissance et de la richesse à l'économie canadienne.

21/11/2017 14:17 EST | Actualisé 21/11/2017 14:28 EST
Getty Images/iStockphoto

La légalisation de la consommation de cannabis l'été prochain au Canada va ajouter de la croissance et de la richesse à l'économie, mais les méthodes de mesures sont difficiles, a souligné mardi Statistique Canada.

Pour l'instant, la valeur créée par la production, l'importation et la consommation de cannabis au Canada - des activités encore illégales jusqu'au 30 juin 2018 - n'est pas prise en compte dans le produit intérieur brut (PIB), l'un des indicateurs de richesse d'un pays.

"Personne ne doute qu'il existe bel et bien une production de cannabis non thérapeutique au Canada" et "si cette activité est illégale", elle devrait néanmoins être comptabilisée dans la production comme le prévoient depuis dix ans les normes internationales de comptabilité, indique Statistique Canada dans une étude.

Ces activités illégales sont d'ailleurs comptabilisées par plusieurs pays européens, note l'organisme dans la note définissant le cadre comptable de l'usage récréatif du cannabis.

"Il est maintenant temps que le PIB du Canada tienne compte de cette activité" de production et de consommation de cannabis à l'approche de la légalisation, estime-t-on de même source.

Pour cela, l'administration a adapté sa nomenclature statistique et son mode de calcul d'une activité, assimilée finalement à une culture légumière, prévoyant au passage de comptabiliser une part de la production auto-consommée par le particulier jardinant jusqu'à quatre plans de cannabis.

Statistique Canada a fixé "la méthode qui servira à établir la mesure de la valeur de la consommation des ménages dans le compte économique sur le cannabis". Il faut pour cela savoir la fréquence de consommation d'un Canadien, la quantité moyenne consommée et bien sûr le prix d'achat.

Les économistes ont pour cela pris les enquêtes menées par les parlementaires dans le cadre de la préparation de la légalisation de cette drogue douce et prévoyant un million de personnes consommant en moyenne chaque jour un gramme de cannabis au prix moyen de 8 dollars, hors taxes. C'est donc une dépense de près de 3 milliards de dollars canadiens (2 mds d'euros) qui doit venir s'ajouter au poste consommation des ménages dans le PIB canadien, et donc à la croissance de la richesse.

A cela viendra s'ajouter, les données de la production, des importations et des exportations.

En attendant des chiffres plus précis avec la légalisation, Statistique Canada prévient que les données sont à ce stade "expérimentales" mais permettent néanmoins d'intégrer "la sous-économie du cannabis (...) dans le contexte de l'économie du Canada dans son ensemble".​​​

Les libéraux coupent court au débat, l'opposition s'insurge

L'opposition s'indigne de la décision du gouvernement libéral de limiter le débat en Chambre sur la légalisation du cannabis au pays.

La ministre fédérale de la Justice, Jody Wilson-Raybould, a été envoyée au front, mardi, pour défendre le dépôt de la motion d'attribution de temps.

Elle a réitéré que le statu quo était intenable et que l'adoption de la mesure législative C-45 devait se faire de façon imminente pour assurer "la santé et la sécurité des Canadiens".

Le député néo-démocrate Alexandre Boulerice a accusé les libéraux de faire preuve de "mépris" à l'endroit des Autochtones et des provinces, dont le Québec, qui avaient réclamé un délai.

Ceux qui ont demandé un peu plus de temps au fédéral se sont heurtés à "un gouvernement qui se dit à l'écoute, mais en fait, qui est sourd comme un pot", a-t-il martelé en Chambre.

"Alors que le gouvernement du Québec demande plus de temps, ils osent imposer un bâillon pour accélérer l'adoption de C-45. Ça n'a pas de bon sens", a pesté M. Boulerice.

Sa collègue conservatrice Marilyn Gladu a abondé dans le même sens et rappelé que le Canada pourrait se retrouver en violation de traités internationaux dès lors qu'il aura légalisé la substance.

"C'est absolument scandaleux de limiter ce débat, a-t-elle tonné. Ce gouvernement précipite les choses depuis le début pour atteindre cette date butoir arbitraire."

L'élue a noté que des divergences de taille subsistent entre les velléités du fédéral et des provinces, mentionnant que le Québec ne permettra pas de faire pousser du pot à la maison.

"Le Québec a reconnu que la culture à domicile ne garde pas le cannabis hors de la portée des enfants", a signalé Mme Gladu, une farouche opposante à la légalisation de la substance.

Le député bloquiste Rhéal Fortin estime que le gouvernement a fait la démonstration qu'il "veut forcer le Parlement à tourner les coins ronds sur cette question importante".

Faire adopter C-45 à toute vapeur alors que de "nombreuses questions" restent en suspens "n'a juste pas de sens", a-t-il regretté dans une déclaration écrite transmise par son parti.

La motion d'attribution de temps sur le projet de loi a été adoptée par 170 voix contre 130. Le vote final aux Communes aura ainsi lieu au début de la semaine prochaine.

Le gouvernement de Justin Trudeau espère envoyer C-45 très bientôt au Sénat, dans l'objectif que le cannabis soit légal au Canada au plus tard le 1er juillet 2018.

La ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, doit présenter mardi après-midi le cadre réglementaire entourant la légalisation du cannabis.