DIVERTISSEMENT

On parle de Gilbert Sicotte à «Tout le monde en parle»

«J’ai trouvé ça radical et disproportionné de l’accuser comme ça.» - Marie-Ève Beaulieu

20/11/2017 06:11 EST | Actualisé 20/11/2017 06:12 EST
Jeff Vespa via Getty Images
Gilbert Sicotte, 2011

Guy A.Lepage a profité de la présence sur son plateau de Tout le monde en parle, dimanche, des comédiennes Isabelle Blais, Mylène Mackay et Marie-Ève Beaulieu - qui tiennent toutes des rôles de premier plan dans la singulière série Faits divers -, pour les questionner sur les allégations de harcèlement psychologique qui pèsent sur le comédien Gilbert Sicotte. Ce dernier a été suspendu de son poste de professeur au Conservatoire d'art dramatique de Montréal après que ses méthodes d'enseignement eurent été dénoncées par des étudiants.

Voici l'essentiel des propos des trois actrices au sujet de Gilbert Sicotte et de sa façon de communiquer avec ses étudiants.

«L'humiliation, ce n'est pas une note de jeu. Ce n'est pas toi qui dois être humilié si ton personnage vit de l'humiliation. Il faut toujours faire la différence entre les deux. J'ai l'impression que si on passe plus de temps à mettre notre énergie à se faire une carapace, et à baisser notre propre volume intérieur pour ne pas entendre quelque chose qui peut nous agresser ou nous faire de la peine, qui n'est pas nécessairement dirigé par nous (...) L'idée de jouer, c'est de s'ouvrir et d'être dans l'abandon, mais si tu es en train de te construire un personnage, et de te faire une carapace pour ne pas recevoir une flèche, on n'est pas dans le travail, donc ce n'est pas constructif.» - Mylène Mackay.

«On l'a eu comme professeur (NDLR : Isabelle Blais et Marie-Ève Beaulieu). Quand on reçoit des commentaires négatifs ou même, voire : «Ce que tu fais, ce n'est pas bon...», c'est sûr qu'on le prend personnel. Moi, c'est sûr que j'ai été une épargnée. C'est-à-dire que je n'ai pas eu à subir... J'ai été laissée, un peu, tranquille. J'ai appris, moi, de Gilbert, mais je crois que ce n'est pas un bon pédagogue, parce qu'il n'a pas su enrichir les autres étudiants qui aimaient moins le jeu. Donc, je me souviens, dans notre classe, qu'à un moment donné, on s'était un peu concertés, pour dire qu'on trouvait que c'était un peu dur, on en avait parlé. Je pense qu'on en avait discuté. Est-ce que c'avait changé... On fait juste une année, et moi, franchement, ça ne m'a pas marquée tant que ça. Mais ça fait tellement longtemps que je n'ai pas d'exemple précis (...) L'affaire de «casser», moi, quand on arrivait au Conservatoire, on nous disait : «La première année, c'est pour se faire casser». Et c'était déjà su (...), c'est dans le programme. Casser, en voulant dire, on comprenait par là, casser tes habitudes, tes tics, tes manies, on va te briser ta zone de confort. C'était ça, aussi, que ça voulait dire. Après, je ne pense pas qu'il fallait littéralement se ramasser en petits morceaux.» - Isabelle Blais.

Karine Dufour via Radio-Canada

«Oui, j'ai eu une première année difficile, parce que je suis une éponge, et oui, il m'impressionnait beaucoup, et j'ai été témoin aussi de certains comportements plus blessants, voire brutaux, même, oui. C'est différent pour chaque personne, notre niveau de réceptivité à ça. Moi, je suis la première à défendre les autres et à m'opposer, aussi, j'ai perdu quelques plumes par le fait même. Mais en même temps, j'ai trouvé ça radical et disproportionné de l'accuser comme ça. On est l'instrument, comme acteurs.» - Marie-Ève Beaulieu.

«Gilbert était venu me voir au cours de ma deuxième année, où, là, je m'épanouissais et ça allait donc bien, il me disait : «Wow, je ne te connaissais pas comme ça, tu n'étais pas comme ça dans mes cours». Je me sentais plus à l'aise, plus accueillie, mais c'est différent pour chaque personne. Et je l'aime profondément. On veut aussi recevoir l'enseignement d'acteurs, de pédagogues, mais aussi de gens qui le vivent de l'intérieur...» - Marie-Ève Beaulieu.

«Quand tu te fais rentrer dedans, tu te protèges, tu te défends (...) Je ne pense pas que c'est nécessaire de se faire crier après pour avancer, c'est juste ça.» - Isabelle Blais.

«Moi, les profs qui m'ont le plus inspirée, à l'école, et qui ont changé ma vision du jeu pour toujours, n'ont jamais crié après personne, mais ça ne veut pas dire qu'ils sont meilleurs que les autres. Mais, si tu me cries dessus, moi, ça ne me tente pas trop. Ce n'est pas la bonne chose qui va sortir. Ça va être moi qui est triste, ça ne sera pas le personnage.» - Mylène Mackay.

Isabelle Blais a aussi glissé un mot à propos de sa sœur, Stéphanie Crête-Blais, qui a publiquement dénoncé des agissements disgracieux du réalisateur Sylvain Archambault à son endroit.

«Je n'étais pas au courant qu'elle allait écrire ça. Elle l'a fait un peu spontanément, je pense. Après, elle ne pensait pas se retrouver dans une espèce de tsunami comme ça. Elle m'en avait déjà glissé... Probablement qu'elle m'en avait déjà parlé, mais elle avait un peu banalisé la chose elle-même, en disant : c'était pas agréable, et c'est tout. Maintenant qu'elle a écrit ça, je trouve que c'a peut-être aidé, c'a donné une certaine forme de crédibilité aux autres personnes qui ne se montraient pas, qui ont témoigné dans l'anonymat. C'a juste consolidé. C'est ce que je lui ai dit, que je l'ai trouvée courageuse. Et elle n'est pas en train d'accuser, elle a juste relaté son histoire.»