DIVERTISSEMENT

Ce qu’a dit Guy Nantel à «Tout le monde en parle»

Pour ceux qui ont manqué le passage tant attendu de l'humoriste...

20/11/2017 05:53 EST | Actualisé 20/11/2017 10:07 EST

Dire que le passage de Guy Nantel à Tout le monde en parle était espéré, attendu, anticipé, relève de l'euphémisme. Voici l'essentiel des propos tenus par l'humoriste à la table de Guy A. Lepage, à Radio-Canada, dimanche, à la suite de la controverse qui l'a emporté dans les dernières semaines. Vous pouvez d'ailleurs relire notre critique de son spectacle Nos droits et libertés ici.

À propos du tollé à son endroit, qui aurait selon lui débuté bien avant la première de Nos droits et libertés à Québec et la médiatisation de son gag sur Alice Paquet.

«Gilbert Rozon et Éric Salvail, l'histoire sort. Il y a un humoriste que je ne nommerai pas – j'ai trouvé ça tellement malhabile de sa part -, qui écrit sur Facebook : «Mon ex-femme s'est fait agresser sexuellement il y a plusieurs années, il y a deux humoristes très connus que je vais dénoncer dimanche, je vais faire un Facebook live pour dénoncer ces deux humoristes connus-là». Et là, deux jours plus tard, moi je ne le vois pas live, cette histoire-là, mais il fait son Facebook live, et il décide de ne pas nommer les gens parce que probablement qu'il a parlé à des conseillers qui lui ont dit : mauvaise idée. Il fait donc son Facebook live avec une fille qui, elle, dirige un organisme de protection des filles qui auraient subi des agressions sexuelles. Et il décide, à la place, de ne pas le dire, pour ne pas perdre sa crédibilité, qu'il ne stoolera pas les deux humoristes connus, mais il décide que le sujet bifurque vers les humoristes qui entretiennent la culture du viol. Donc, cette fille-là commence à parler de ça (...) 4000 personnes sont sur la page, c'est un dimanche soir, moi je ne le vois pas, j'écoute Tout le monde en parle, bien sûr (rires). Et ils commencent à parler de moi et d'un autre humoriste, que je ne nommerai pas non plus, pour ne pas le mettre dans le trouble. Je vais l'appeler Jos Blos. (NDLR : Les gens qui assistaient au Facebook live ont ensuite rapidement déduit que les deux humoristes dont il était question, Guy Nantel et «Jos Blos», étaient les auteurs de l'agression sexuelle alléguée mentionnée plus haut). Pendant une semaine, moi, j'ai répondu à des gens qui me disaient : «C'a l'air que tu es impliqué dans une histoire d'agression sexuelle». Donc, ça, déjà, ça met la table...»

À propos de son gag sur Alice Paquet et la controverse qu'il a généré.

«C'est un numéro, évidemment, qui parle des agressions sexuelles, parce que Nos droits et libertés, il y a un bout sur le consentement sexuel. Je parle de cette histoire-là. Et moi, dans mon genre d'humour, j'aime ça ratisser large. Donc, je dénonce évidemment des violeurs plusieurs fois là-dedans. Mais, d'un autre côté, il y a les féministes aussi, des fois, qui exagèrent, des radicales, et là je commence à parler de l'histoire d'Alice sans la nommer. Ensuite de ça, je blâme les féministes qui ont fait : «Tous les gars sont complices là-dedans, culture du viol, culture du viol». Donc, le lendemain, je reçois qu'Alice a fait sur son Facebook.»

«Non seulement le gag n'est pas raté, mais ça hurle et ça applaudit dans la salle sur ce gag-là. Je continue à le faire, ça c'est sûr. Le gag n'est pas du tout raté. Le gag est raté pour ceux qui ne l'ont pas vu et qui ont lu la version d'Alice ou de d'autres personnes. Le bout sur l'histoire d'Alice, je peux comprendre que ça ne fasse pas son affaire, mais le numéro dure 12 à 15 minutes et le bout sur Alice Paquet, ça dure à peu près 30 secondes. Ce n'est pas un numéro où j'essaie de dire : «Hey, c'est drôle les filles qui se font violer». Même si je pensais ça dans la vie, je ne serais pas assez cave pour faire un suicide professionnel, je ne vendrais pas mes tickets. Sauf que, on vit dans une époque où, avec les médias sociaux maintenant, même si tu te justifies, tu expliques clairement les affaires, quand l'idée est faite, c'est fini.»

«C'est ce qu'on vit en ce moment avec l'ère des médias sociaux, c'est que tout le monde veut faire la morale à tout le monde. Quand je dis que ça ne me fait rien, ce n'est pas que ça ne me dérange pas. Je sais que c'est une conséquence. Mais comment tu peux gérer ce qui se passe dans la tête de chaque spectateur quand, chaque soir, tu as 1000, 1500 personnes dans une salle? C'est absolument impossible.»

«Il n'y a pas de problème de liberté d'expression, tant et aussi longtemps que tu ne reçois pas des menaces de recevoir une balle dans la tête, ce qui m'est arrivé avec un homme qui a été arrêté il y a presque trois semaines, maintenant. Il est en prison depuis ce temps-là, et il est encore pour au moins un mois à être détenu. (...) On est pris dans une histoire de fous. Les médias sociaux, je veux bien qu'il y a des bons côtés à ça (...) La réalité, c'est qu'il y a des sites, des pages qui existent pour haïr le monde. (...) Il y a des gens qui sont des centaines, ou quelques milliers sur une page, qui se font des saisies d'écrans, des captures d'images et qui disent : regardez ce que je viens de lui écrire (NDLR : Ils partagent les insultes envoyées à l'artiste en question). Ce qui fait que le soir de la première, on a eu 70 policiers anti-émeutes autour de la Place des Arts, qu'on a eu une vingtaine de policiers dans la salle de spectacle, qui longeaient les rangées, qui étaient vraiment avec nous autres, que j'avais deux bodyguards de chaque côté, que le public ne voyait pas (...).»

À propos de Jean Darveau, l'homme qui a proféré des menaces de mort à son endroit.

«La menace de mort, c'est la plus spectaculaire, c'est celle que tout le monde voit. La police a enquêté, et ils sont en train de vider l'ordinateur du gars. C'est une histoire tout à fait sérieuse, c'est-à-dire qu'il avait des armes chez eux. Depuis trois ans, il collectionne toutes sortes d'affaires sur Kimveer Gill et Marc Lépine, il avait déjà annoncé depuis trois ans aux policiers qu'il allait se faire tuer par eux autres en tuant quelqu'un avant ça. Et ce gars-là est en liberté depuis ce temps-là. Moi je veux bien qu'un moment donné, tout le monde ait le droit (...), mais quand je vois des gens qui disent : «Ouais, mais il n'y a pas d'atteinte à la liberté d'expression», disons que ça complique un petit peu les affaires. D'autant plus que, quand il y a des gens du milieu artistique qui, par leur silence, cautionnent un peu ça, et qui disent : «Moi, dans le fond, je ne réagirai pas à ça», c'est quelque chose d'assez important, parce que quand je dis qu'il faut défendre le principe, c'est qu'un jour, c'est à un autre que ça va arriver, pour d'autres raisons, qu'il y aura un crinqué qui va dire : «Ah oui, tu as ri de telle affaire, telle affaire». Et ça peut aussi bien être une joke sur le curling ou n'importe quoi.»

«De l'extérieur, ça peut avoir l'air un peu, pas stagé, mais, comme, de victimiser et de profiter de ça, mais c'a vraiment été une période très difficile, où je ne dormais à peu près plus. (...) Quand tu reçois des mots où on dit : «Comment tu réagirais, mon sale, si ta fille se faisait agresser sexuellement...» et qu'ils nomment son nom dans les affaires... Officiellement, ce n'est pas une menace qu'il va le faire, mais tu comprends qu'à mots couverts... À un moment donné, la somme de tout ça, c'était moins rigolo.»

«Tout le monde en parle», les invités du 19 novembre 2017

À propos des sujets qui, présentement, «sont tabous mais ne devraient pas l'être», dixit Guy A.Lepage.

«Moi, je suis un petit peu tanné d'une espèce de gauche radicale, haineuse, qui fait en sorte que le Québec se tétanise devant quelques centaines de personnes qui, aussitôt qu'il y a quelqu'un qui se situe à droite de leur position, mais qui n'est pas du tout la droite ; si tu n'es pas dans leur position d'extrême gauche, tu deviens une espèce de fou d'extrême droite à leurs yeux à eux autres (...) En ce moment, je trouve que la gauche est mauditement plus organisée. Tu l'as vue, la banderole qu'ils avaient mise sur moi dimanche passé : si ça, ce n'est pas une incitation à la haine, je ne sais pas ce que c'est. (NDLR : Il était inscrit sur la banderole «More Omar Khadr, moins de Guy Nantel, lors d'une manifestation à Montréal contre la haine, le racisme et l'extrême droite) Moi il faut que j'explique à ma fille pourquoi un gars qui est associé à Al Qaida est plus aimé que moi dans la société en ce moment. C'est un peu rock'n'roll. Manon Massé va s'exprimer sur cette question-là (NDLR : à LCN), et elle ne voit aucun problème à ça. Là, on parle des élus, on parle de journalistes, d'intellectuels. Bien sûr qu'elle pense que c'est la liberté d'expression, mais à un moment donné, il faut faire attention, parce que la liberté d'expression existe, mais il y a des balises à la liberté d'expression pour tout le monde. Mais si tu trouves qu'un gag, c'est une incitation à la haine, je n'ai même pas de problèmes avec ça ; mais intente-moi une poursuite, un procès, on va le débattre en cour officiellement, et on verra si, vraiment, une blague, en 2017, c'est une incitation à la haine.»

À propos du nouveau Festival du rire de Montréal.

«Je l'appuyais au début, mais je ne suis jamais allé à aucune réunion à date, à cause de la tourmente dans laquelle j'ai été plongé. J'ai fait comme une espèce d'appui symbolique, de dire : je pense que c'est une bonne idée de faire autre chose, avec tout ce qui se passe en ce moment avec Juste pour rire (...) Moi, j'ai été produit longtemps par Juste pour rire, j'ai animé des Galas Juste pour rire. Je peux te dire que... Moi, j'étais même de l'époque du Manoir Rouville-Campbell, impliqué dans cette histoire-là. Ce fameux soir-là, c'est moi qui avais présenté la fille à Gilbert. Je jouais à une table de jeux, j'étais avec Michel Barrette, on jouait à une table de jeux, on l'a invitée à jouer, à un moment donné, nous autres, on est tannés, on est allés s'asseoir, on a pris une bière. Puis l'histoire a éclaté au milieu de la soirée. Quand une chose comme ça arrive, des fois les gens nous écrivent des affaires comme : «Vous le saviez tous...» Un instant : il y a eu beaucoup, beaucoup de tractations dans cette histoire-là. Gilbert me racontait des affaires (...) Dans bien des cas, on entend souvent : «Ah, c'est quelqu'un qui a les mains longues», et on le prend comme un gars qui aime les femmes. Sérieusement, je n'aurais jamais pensé une seconde, ni d'Éric Salvail d'ailleurs, ni de Gilbert, des choses comme celles qu'on a entendues. Mais moi j'avais quitté Juste pour rire depuis déjà quelques années pour m'en aller avec une autre boîte de production, et aujourd'hui je trouve que c'a été une décision très salutaire.»

La carte de Dany Turcotte.

«Je suis un peu gêné, mais si tu pouvais m'avoir des billets pour ton show, j'aimerais ben ça!»

«Avec une veste anti-balles, t'es le bienvenue, mon Dany», a répliqué Guy Nantel, sourire aux lèvres.