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Le hockey a connu des débuts modestes il y a 100 ans

Le jeu était différent à plus d'un titre cette saison-là. Il n'y avait pas de passes avant ou de lignes sur la patinoire.

17/11/2017 13:22 EST | Actualisé 17/11/2017 13:24 EST
Jeff Vinnick via Getty Images
Le 16 novembre, les Canucks de Vancouver affrontaient les Golden Knights de Las Vegas, la dernière équipe à avoir rejoint la Ligue Nationale de Hockey.

Les cinq hommes qui se sont réunis, le 26 novembre 1917, pour former la Ligue nationale de hockey n'auraient pas pu imaginer l'entreprise formée de 31 équipes et générant des revenus de plusieurs milliards de dollars qu'elle est devenue un siècle plus tard.

Ce jour-là, les propriétaires du Canadien de Montréal, des Wanderers de Montréal, des Sénateurs d'Ottawa et des Bulldogs de Québec, ainsi que le futur président de la ligue, Frank Calder, ont rédigé un document à l'Hôtel Windsor de Montréal pour créer la LNH dans la foulée de la suspension des activités de National Hockey Association (NHA), fondée en 1909.

La Première Guerre mondiale faisait rage et la plupart des meilleurs jeunes joueurs étaient au front en Europe. Le hockey professionnel n'avait pas encore éclipsé le sport amateur en popularité. Les meilleurs joueurs touchaient environ 900 $ par saison.

Les propriétaires s'étaient rencontrés deux fois plus tôt dans le mois et avaient annoncé qu'ils suspendaient les activités en raison de la pénurie de joueurs de haut niveau, même si la véritable raison était de former une nouvelle ligue sans la présence d'Eddie Livingstone, le querelleur propriétaire des Blueshirts de Toronto. Le club torontois s'est retrouvé à plusieurs reprises au coeur de conflits, même de procès, avec d'autres clubs sur les droits des joueurs ou des baux d'amphithéâtre.

Elmer Ferguson, rédacteur sportif au défunt Montreal Herald, était le seul journaliste présent ce jour-là. Quand la réunion s'est terminée, il a demandé à Calder ce qui s'était passé et il lui a répondu «pas grand-chose».

Mais le propriétaire du Canadien, George Kennedy, a expliqué à Ferguson que la nouvelle ligue était «comme notre ancienne ligue, sauf que nous n'avons pas invité Eddie Livingstone à en faire partie».

Livingstone a demandé une injonction et a tenté sans succès de lancer une autre ligue, mais tout ne s'est pas déroulé sans heurt pour la LNH à ses débuts.

Débuts modestes

Avant le début de la première saison, l'équipe de Québec annonce qu'elle n'a pas les moyens de commencer à jouer avant la saison suivante, de sorte que ses joueurs sont répartis entre les autres clubs. Toronto prend la place des Bulldogs avec un propriétaire plus coopératif, Charles Querrie.

Lors de la soirée inaugurale de la nouvelle ligue, le 19 décembre 1917, seulement 700 partisans sont présents lorsque les Wanderers disposent de Toronto 10-9.

Il s'agit de la seule victoire pour l'équipe fondée en 1903 sur les bases de clubs qui remontaient à 1884. Après seulement quatre matchs, l'aréna Westmount qui accueille les Wanderers et le Canadien est détruit par un incendie.

Le Canadien parvient à remplacer l'équipement perdu et s'installe à la Patinoire Jubilee dans l'est de Montréal, installation dotée de 3200 places. Mais les Wanderers cessent leurs activités, ne laissant que trois équipes.

Le Canadien a remporté son match d'ouverture, officiellement le premier de la LNH parce qu'il avait commencé 15 minutes plus tôt, grâce à cinq buts de Joe Malone, un joueur choisi des Bulldogs.

Il a fallu moins d'un mois pour assister au premier changement de règlement: la permission accordée aux gardiens de se laisser tomber sur la patinoire pour effectuer des arrêts alors qu'ils devaient auparavant rester debout. Le nouveau règlement est inspiré de Clint Benedict d'Ottawa, un maître dans l'art de perdre «accidentellement» pied quand les tirs étaient dirigés vers lui.

Le jeu était différent à plus d'un titre cette saison-là. Il n'y avait pas de passes avant ou de lignes sur la patinoire. Les pénalités mineures duraient trois minutes au lieu de deux. Les gardiens purgeaient leurs propres pénalités, laissant ainsi le soin aux autres joueurs de protéger le filet.

Et la coupe Stanley n'était pas la propriété de la LNH. Toronto a gagné la coupe O'Brien pour enlever le premier championnat de la ligue, puis a remporté une série de cinq matchs contre les champions de la ligue rivale du Pacifique, les Millionnaires de Vancouver, pour mériter la coupe Stanley. Le trophée est devenu l'exclusivité de la LNH en 1926-27.

À partir de là, une croissance rapide de la LNH a réduit le rôle des ligues de la côte du Pacifique et de l'Ouest. Pendant que Québec effectue un retour dans la ligue, déménage à Hamilton, puis cesse ses activités, la LNH prospère aux États-Unis.

Boston se joint au circuit en 1924, la même année où le Forum est construit pour accueillir le Canadien et les nouveaux Maroons de Montréal. Les Americans de New York s'ajoutent en 1925-26 avec les Pirates de Pittsburgh.

Des équipes à Chicago et à Detroit suivent rapidement. À Toronto, Conn Smythe achète une équipe appelée les St. Pats et il les rebaptise les Maple Leafs.

À New York, le promoteur Tex Rickard est en quête d'une concession et c'est ainsi qu'on assiste à l'arrivée des Rangers de New York. Son entraîneur et directeur général Lester Patrick attire les vedettes Bill et Bun Cook de la ligue de la côte du Pacifique.

D'autres amphithéâtres emblématiques voient le jour. L'Olympia de Detroit en 1927, le Garden de Boston en 1928, le Chicago Stadium en 1929 et le Maple Leaf Gardens en 1931.

Prospérité

Mais la Grande Dépression cause la perte de certains clubs et après la saison 1941-42, à la suite de la disparition des Américans, la ligue est réduite à ce qu'on appelle désormais «les six équipes originales». Les années 1930 ont apporté des changements majeurs aux règlements pour accélérer le jeu et générer plus d'offensive — y compris la passe avant au-delà des lignes, le dégagement, les tirs de pénalité et le resurfaçage de la patinoire entre les périodes.

On assiste alors à une longue période de stabilité marquée par l'arrivée de dynasties à Detroit, Montréal, Toronto et encore Montréal. De grandes vedettes émergent à cette époque, les Maurice «Rocket» Richard, Jean Béliveau et Gordie Howe.

Un an après les débuts de Bobby Orr avec les Bruins en 1966-1967, la ligue procède finalement à une expansion de six équipes — Pittsburgh, Philadelphie, les North Stars du Minnesota (maintenant à Dallas), St. Louis, Los Angeles et Oakland. Puis ce fut au tour de Buffalo et Vancouver en 1970; des Islanders de New York et Atlanta (maintenant Calgary) en 1972; Washington et Kansas City (maintenant New Jersey) en 1974; et quatre clubs de la défunte Association mondiale de hockey — Edmonton, Québec (maintenant Colorado), Winnipeg (maintenant Arizona) et Hartford (maintenant la Caroline) en 1979.

San Jose se joint au circuit en 1991; Ottawa et Tampa Bay en 1992; la Floride et Anaheim en 1993; Nashville en 1998; Atlanta (maintenant Winnipeg) en 1999; Columbus et Minnesota en 2000; et Las Vegas en 2017.

Depuis 1917, lorsque la valeur des équipes se situait dans les cinq chiffres, la LNH est devenue une entreprise avec des revenus estimés à 4,5 milliards $ US en 2016-2017 et trois équipes — les Rangers, les Leafs et les Canadiens — valent plus d'un milliard $.

Dans un sport où les joueurs étaient autrefois presque exclusivement Canadiens, il y a maintenant presque autant d'Américains et beaucoup d'autres issus d'Europe.

Et on aura probablement droit à au moins une autre équipe dans un proche avenir.

Comme l'a dit le patron d'Ottawa, Tommy Gorman, ce jour de 1917: «Maintenant, nous pouvons nous atteler à gagner de l'argent.»