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La Banque Laurentienne est accusée de manoeuvres antisyndicales

Les relations s'enveniment entre la Banque Laurentienne et le syndicat des employés.

17/11/2017 19:28 EST | Actualisé 17/11/2017 19:28 EST
Christinne Muschi / Reuters

Les relations s'enveniment entre la Banque Laurentienne et le syndicat des employés, qui accuse l'employeur d'avoir forcé la main à des travailleurs afin qu'ils se désyndicalisent.

Le Syndicat des employées et employés professionnels-les et de bureau (SEPB-Québec), affilié à la Fédération des travailleurs du Québec, s'est dit peu surpris qu'une requête ait été déposée jeudi auprès du Conseil canadien des relations industrielles (CCRI) afin de révoquer l'accréditation syndicale.

«Ce n'est que l'aboutissement des gestes illégaux mis de l'avant par l'employeur depuis le mois de juillet», a dénoncé sa directrice générale, Kateri Lefebvre, vendredi, au cours d'un entretien téléphonique avec La Presse canadienne.

Le SEPB reproche au président et chef de la direction de la Banque Laurentienne, François Desjardins, de négocier de mauvaise foi dans le cadre de son plan visant à transformer l'institution montréalaise. Le contrat de travail de la seule banque syndiquée au pays vient à échéance le 31 décembre.

En septembre 2016, la Laurentienne avait annoncé son intention d'éliminer 300 postes — un processus qui n'est pas encore terminé — et de faire passer de 150 à 100 son réseau de succursales. Puis, au mois d'août, l'institution a indiqué que l'élimination de certains services au comptoir devrait entraîner la suppression de l'équivalent de 150 emplois additionnels à temps plein.

Avec la ferme intention de contester la requête, le SEPB, qui représente quelque 1500 employés, dit détenir des «preuves irréfutables» démontrant que l'employeur a utilisé des menaces pour forcer des syndiqués à signer des cartes de révocation.

«Des employés vont témoigner des menaces qui ont été faites, a assuré Mme Lefebvre. Des travailleurs embauchés par l'employeur pour donner des soi-disant formations profitaient de l'occasion pour faire signer des révocations en menaçant les employés.»

La directrice générale du SEPB estime que ces démarches, qui, à son avis, constituent de «l'antisyndicalisme primaire», feront en sorte que le CCRI en viendra à la conclusion que la requête est tout simplement irrecevable.

De son côté, une porte-parole de la Banque Laurentienne, Hélène Soulard, n'a pas voulu commenter la démarche entamée auprès de l'organisme fédéral.

«Nous n'allons pas commenter des allégations qu'on ne connaît pas ou que nous n'avons pas vues», a-t-elle répondu, lorsqu'interrogée sur la liste des reproches de la partie syndicale.

Selon Mme Lefebvre, des syndiqués se sont résignés à signer des cartes de révocation sous peine de représailles — pouvant même aller jusqu'à des menaces de congédiement. De nombreux membres ont par la suite décidé de signaler cette situation au SEPB, a-t-elle ajouté, qui a entrepris des démarches visant à annuler ces demandes de révocation.

D'aucune façon, estime la directrice générale du SEPB, la requête déposée auprès du CCRI démontre une insatisfaction des syndiqués à l'égard de leurs représentants.

«Au contraire, les gens veulent garder leur syndicat, a répliqué Mme Lefebvre. Ils ont tellement peur de leur employeur. Il y a une véritable campagne de peur qui a été mise de l'avant.»

Celle-ci a fait référence à la séance d'information du 24 octobre dernier qui s'est déroulée au Palais des congrès de Montréal pendant laquelle M. Desjardins a tenté de motiver ses troupes en procédant à une mise à jour de son plan de transformation.

Si le CCRI juge que la requête déposée cette semaine est recevable, cela paverait la voie à la tenue d'un vote auprès des quelque 1500 membres du SEPB afin de déterminer le sort de l'accréditation syndicale.

Mme Lefebvre estime toutefois que de nombreuses demandes de révocation seront annulées puisque plusieurs travailleurs ont signifié à leur syndicat qu'ils souhaitaient revenir sur leur décision.

Une manifestation visant à «dénoncer la campagne de désyndicalisation» à la Laurentienne est par ailleurs prévue lundi au centre-ville de Montréal. Des travailleurs du SEPB ainsi que des militants de la FTQ prendront part au rassemblement.