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L'Agence mondiale antidopage restera à Montréal jusqu'en 2031

Ottawa et Québec se sont engagés à bonifier son financement annuel.

16/11/2017 06:36 EST | Actualisé 16/11/2017 06:37 EST
Getty Images/iStockphoto

Le siège social de l'Agence mondiale antidopage (AMA) demeurera à Montréal, au moins jusqu'en 2031. Son conseil de fondation a rendu sa décision définitive lors d'une réunion jeudi à Séoul, en Corée du Sud.

Les hauts dirigeants de l'AMA ont accepté à l'unanimité l'offre qui leur a été présentée par le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, la ministre québécoise des Relations internationales, Christine St-Pierre et le président de Montréal International, Hubert Bolduc.

«On est très heureux, s'est réjoui le ministre Garneau au téléphone quelques minutes après la réunion. C'est important pour le prestige de Montréal.»

Ottawa et Québec se sont engagés à bonifier le financement annuel de l'AMA qui passerait de 1,9 million $ à 3 millions $. Il s'échelonnerait sur dix ans, ce qui équivaudrait à un montant total d'environ 35 millions $ en tenant compte de l'indexation.

Le gouvernement fédéral assumera les deux tiers de la facture et le Québec, un tiers.

Le gouvernement québécois a ajouté 1 million $ pour contribuer au financement de la recherche sur les biomarqueurs et l'intelligence artificielle déjà effectuée par l'AMA.

Il s'est également engagé à faire adopter un projet de loi qui offrirait l'immunité aux employés de l'Agence pour leur éviter des poursuites judiciaires liées à la lutte antidopage.

Ce projet de loi serait déposé dès la rentrée parlementaire en janvier. Il empêcherait l'application de jugements en territoire québécois contre le travail de l'AMA et de ses employés, et ce, peu importe l'endroit où ces jugements seraient rendus.

«Ça donnerait à l'Agence une indépendance et une protection contre des poursuites qui pourraient être abusives», a expliqué Mme St-Pierre depuis Séoul.

Cette disposition fait suite aux procédures judiciaires entamées en septembre en Ontario par trois cyclistes russes contre l'AMA et l'avocat Richard MacLaren, auteur d'un rapport accablant sur le dopage des athlètes russes durant les Jeux olympiques de Sotchi.

Ottawa aidera aussi l'AMA à protéger ses lanceurs d'alerte. Les employés de l'Agence découvrent parfois dans le cadre de leur travail des situations qu'ils souhaitent dénoncer, mais peuvent hésiter par crainte de représailles.

Huit minutes pour convaincre

La présentation de la délégation canadienne à Séoul a été de courte durée, environ huit minutes, selon Marc Garneau.

Après un tour de table où les représentants des États-Unis, de la Belgique et de la Nouvelle-Zélande ont donné leur appui à l'offre canadienne, le reste des membres du comité de fondation en sont arrivés à un consensus.

Le comité de fondation compte 38 membres, dont les représentants de 19 pays et 19 représentants du Comité olympique international et de fédérations sportives.

Vingt minutes après leur entrée dans la salle, Marc Garneau, Christine St-Pierre et Hubert Bolduc avaient gagné leur pari.

Cette décision met fin à l'incertitude qui planait depuis quelques mois sur le siège social de l'AMA.

En septembre, à Paris, le comité exécutif de l'AMA avait écarté l'option de lancer un appel d'offres pour transférer son secrétariat dans un autre pays à compter de 2021.

Des membres du comité songeaient à le déménager plus près des instances du Mouvement olympique en Europe.

Le Canada avait alors multiplié les efforts pour les convaincre de négocier une nouvelle entente. La même délégation composée des ministres Garneau, St-Pierre et de Montréal international s'était rendue à Paris pour présenter une première offre.

«À Paris, on a eu chaud», a reconnu la ministre Christine St-Pierre.

S'en sont suivies des semaines de négociations durant lesquelles M. Garneau avec l'aide de ses collègues Kent Hehr, le ministre des Sports, et Carla Qualtrough, une ex-athlète paralympique, ont fait des appels auprès des membres influents du comité de fondation de l'AMA.

L'argent les a certainement convaincus, mais d'autres éléments ont également fait pencher la balance en faveur de Montréal, selon le président-directeur général de Montréal international, Hubert Bolduc.

«Il y avait un enjeu de perte d'expertise avec le déménagement potentiel de l'agence», a-t-il affirmé au téléphone après la réunion.

«D'autre part, il y a des privilèges octroyés à l'Agence qui sont importants», a-t-il ajouté.

L'AMA bénéficie déjà d'un congé de taxes foncières et ses salariés issus de l'international ont accès à divers avantages dont un congé fiscal.

Le siège social de l'AMA est installé à Montréal depuis 2001 et compte aujourd'hui 85 employés. Ce nombre devrait augmenter à 125 dans le cadre d'un projet d'expansion. La mission de cet organisme indépendant est de coordonner la lutte contre le dopage dans le sport à l'échelle internationale.