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Naomi Klein: «Non M. Trudeau, flirter avec Ivanka Trump n’est pas de la diplomatie étrangère!»

Naomi Klein signe un ouvrage incendiaire contre la présidence de Donald Trump.

15/11/2017 16:42 EST | Actualisé 15/11/2017 17:30 EST
Courtoisie

Figure incontournable de la gauche altermondialiste, Naomi Klein signe un ouvrage incendiaire contre la présidence de Donald Trump et son administration au capitalisme ravageur. Avec Dire non ne suffit plus, l'essayiste canadienne propose une contre-attaque face à l'arrivée du controversé milliardaire tout en rappelant l'urgence d'en finir une fois pour toutes avec une «ploutocratie qui détruit l'environnement».

Il n'y a presque pas une journée sans que Donald Trump fasse les Unes des médias de la planète. Depuis l'élection de ce «prédateur en chef», dixit Naomi Klein, les journalistes rapportent quotidiennement les frasques d'un président américain modelé par la téléréalité et donc bien conscient de son image. Mais loin de ce chaotique spectacle télévisuel quasi permanent, se dissimulent des objectifs savamment réfléchis.

«Trump n'est pas arrivé de nulle part, a lancé Naomi Klein lors d'un entretien accordé au HuffPost Québec. Il est le résultat et l'aboutissement logique d'une politique centrée sur sa propre personne. Il possède une fortune immense construite sur le dos des plus pauvres, il a du succès, son nom est une marque de commerce et comme dans son ancienne émission de téléréalité, The Apprentice, il engage et vire qui il veut et quand il veut. C'est ce "rêve" qu'il a proposé aux électeurs américains.»

Écrit dans l'urgence, après une virulente campagne qui a finalement porté le candidat républicain à la Maison-Blanche, le livre est en quelque sorte le résultat de toutes ses observations incluant celles déjà énoncées dans ses deux précédents ouvrages Tout peut changer et La stratégie du choc. La politique américaine est maintenant sous l'emprise directe des multinationales, déclare l'auteure.

«Trump a fait campagne contre les multinationales en promettant le retour au plein emploi pour les travailleurs. Il s'est nourri de la colère du peuple contre les banques qui ont fait fortune malgré l'endettement de la classe moyenne. Pourtant, il n'a pas hésité à renier ses promesses en engageant dans son équipe gouvernementale quatre anciens de Goldman Sachs. Dorénavant, lui et son équipe s'affairent à briser toutes les mesures de régulation mises en place après la crise financière de 2008.»

Courtoisie

Isoler Washington

Naomi Klein, qui possède également la nationalité américaine, ne s'en est jamais caché: pendant la campagne présidentielle, son choix s'est vite porté sur Bernie Sanders, candidat de 76 ans situé à gauche de l'échiquier démocrate. «La défaite de Hillary Clinton a été le fruit d'une combinaison de facteurs, mais elle est arrivée en représentant cet establishment que la plupart des gens ont rejeté. Elle ne pouvait pas gagner. Elle a encore du mal à réaliser cela, car elle est tellement une créature du système qu'elle pense aujourd'hui qu'elle aurait dû changer son message. Mais ce n'était pas son message le problème, mais le messager. Les gens ne la croyaient tout simplement pas.»

À un moment où les défis écologiques deviennent de plus en plus urgents, l'auteure a accueilli l'élection de Donald Trump comme une véritable catastrophe. «On ne peut plus attendre. La grande majorité des scientifiques affirment que nous sommes arrivées à un point de non-retour. Les changements climatiques annoncent des heures sombres. Il faut trouver une stratégie qui puisse isoler Washington autant à l'international qu'à l'intérieur du pays. Des États comme la Californie et Hawaï ont déjà annoncé qu'ils appliqueraient les objectifs de l'accord de Paris, et ce même si Washington s'en est retiré.»

Le Canada aussi doit contribuer davantage, croit Naomi Klein. «Les Canadiens ne peuvent pas rester silencieux tout en se réconfortant de n'avoir pas élu un dirigeant aussi mauvais que Trump. Les citoyens doivent faire pression sur le premier ministre Justin Trudeau afin qu'il s'allie avec d'autres nations pour isoler Trump et son administration, au lieu de flirter avec sa fille Ivanka et nous faire croire que c'est de la diplomatie étrangère. Non, M. Trudeau, flirter avec Ivanka Trump n'est pas de la diplomatie étrangère!»

Dire non ne suffit plus - Contre la stratégie du choc de Trump – Naomi Klein– Lux Éditeur – 312 pages.

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