POLITIQUE

Jean Chrétien ne voit pas d'un bon oeil la loi 62 sur la neutralité religieuse

Jean Chrétien rappelle que les soeurs portaient des cornettes à l'époque

15/11/2017 15:48 EST | Actualisé 15/11/2017 15:50 EST
THE CANADIAN PRESS

L'un des pères de la Charte canadienne des droits et libertés, l'ex-premier ministre Jean Chrétien, ne voit pas d'un bon oeil la loi 62 sur la neutralité religieuse, mais se garde bien de donner conseil à qui que ce soit dans le dossier.

De passage à Montréal, mercredi, M. Chrétien a affirmé que la Charte des droits «doit s'appliquer en toute circonstance» et a rappelé qu'elle «offre le maximum de droits aux citoyens» et que ceux-ci «peuvent s'en servir pour justifier leur situation».

Dans le langage coloré qui a toujours été sa marque de commerce, Jean Chrétien a d'abord fait valoir qu'il était «pour les libertés» et que «l'habillement, ce n'est pas ma plus grosse préoccupation», avant d'enchaîner avec un exemple tiré du passé: «On avait des soeurs qui avaient des cornettes à trois étages et puis on aimait bien ça et on n'aurait pas aimé que les gens fassent des remarques à ce sujet-là. Alors...»

Cependant, en fin renard, l'ancien ministre de la Justice sous Pierre Elliott Trudeau a habilement évité tous les pièges qui auraient pu l'amener au-delà d'une opinion personnelle.

«J'ai été 40 ans en politique, a-t-il rappelé. J'en ai vu des vertes et des pas mûres et je ne suis pas mort. Alors ceux qui sont là font de leur mieux et le peuple juge de ce qu'ils font.»

Interrogé sur le bien-fondé d'une éventuelle intervention du gouvernement fédéral pour contrer la loi québécoise sur la neutralité religieuse, Jean Chrétien a répondu: «Aucune idée (...). La neutralité, ça veut dire que je suis neutre.»

«J'ai jamais fumé»

M. Chrétien, qui était dans la métropole pour prononcer une allocution à l'occasion de la Journée nationale de la philanthropie, n'a consacré que peu de temps aux médias, mais s'est quand prêté au jeu deux fois plutôt qu'une sur une variété de sujets, sans jamais se compromettre.

Ainsi, il n'a pas voulu se prononcer sur le bien-fondé de légaliser le cannabis — «J'ai jamais fumé, alors je ne sais pas quel effet ça fait. Je ne peux pas être un bon juge en la matière.» — pas plus que sur le rythme imposé par Ottawa dans ce dossier, au grand dam des provinces: «Ce sont des problèmes de politiciens à régler entre eux. Vous (les journalistes) êtes là pour créer des problèmes et eux sont là pour les résoudre».

Et puis, lorsqu'une journaliste lui a fait remarquer qu'il n'était jamais très loin du premier ministre Justin Trudeau et n'hésitait pas à le conseiller, Jean Chrétien s'est défendu de jouer un rôle d'importance: «Moi, je ne veux pas être la belle-mère du gouvernement ni le coach du lundi matin!»

«Il m'étonne à tous les matins»

Invité à faire part de ses observations sur les négociations en vue du renouvellement de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), l'ex-premier ministre a tenu à rappeler que le Canada et les États-Unis avaient une entente de libre-échange touchant le secteur de l'automobile depuis 1965 (le Pacte de l'auto) et que les deux pays en avaient profité.

Puis, il a fait valoir que les échanges entre les deux pays atteignaient les 2 milliards $ par jour et qu'il était normal qu'il y ait constamment des problèmes en cours de route.

Il a également mis en doute la capacité du président américain, Donald Trump, de remplir ses promesses: «Est-ce qu'en bout de ligne, le président des États-Unis va dire: il n'y en a plus? Pas sûr qu'il va être capable de le faire.»

Dans la même foulée, il a évoqué le récent voyage en Asie du président américain pour illustrer le caractère imprévisible de ce dernier.

«Il arrive de Chine et c'est rendu que le président chinois c'est son meilleur ami. Ce n'est pas ce qu'il disait il y a six mois, alors on verra.»

Lorsqu'on lui a demandé si le président Trump l'étonnait, il a candidement répondu: «Oui, il m'étonne à tous les matins!»

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