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La Mission Old Brewery lance une initiative pour sortir les anciens combattants de la rue

À Montréal, les ex-militaires composent 6% de la population itinérante.

10/11/2017 14:46 EST | Actualisé 10/11/2017 14:46 EST
Image By Marc Gutierrez

La Mission Old Brewery a lancé vendredi 10 novembre un projet pilote visant à offrir «des solutions de logement abordable et permanent» aux anciens combattants vivant dans la rue. Les Sentinelles de rue est la première initiative du genre au Québec.

Le projet prévoit offrir 16 appartements à loyer subventionné aux vétérans sans-abri à Montréal, qui constituent 6% de la population itinérante de la métropole. Au Canada, ce sont 2500 anciens combattants qui vivent dans la rue. Des professionnels de la santé et des travailleurs sociaux effectueront également des visites à domicile et assureront un accompagnement psychosocial. Un accès à des services adaptés en santé physique et mentale fait également partie du programme.

Le programme vise à sortir 25 ex-militaires de la rue en 2018, puis en aider 15 autres par année par la suite.

Les Sentinelles de rue compte sur un financement «important» du Fonds d'innovation de la Stratégie des partenariats de lutte contre l'itinérance, une initiative du gouvernement fédéral. L'organisme Veterans Emergency Transition Services (VETS), Anciens Combattants Canada, la filiale québécoise de la Légion royale canadienne et la Fondation québécoise des Vétérans soutiennent également le projet.

Le lieutenant général à la retraite Yvan Blondin, qui cumule 35 ans de services au sein des Forces Armées canadiennes et qui participait au lancement, considère qu'il est du devoir collectif de la société de soutenir les anciens combattants dans le besoin.

J'ai connu beaucoup de militaires confiants et expérimentés dans ma carrière, mais nous ne sommes pas des superhéros.Yvan Blondin

La même rue, une problématique différente

Les anciens combattants ont un rapport à l'itinérance qui peut différer de celui des autres sans-abri. «Dans l'armée, ils ont acquis des compétences de survie, ce qui leur a assuré un sentiment de confiance et d'autonomie. Lorsqu'ils se retrouvent dans la rue, ils ressentent de l'abandon et de la honte. En raison de leur fierté d'anciens combattants, ils sont moins enclins à avoir recours aux ressources disponibles et risquent plus de vouloir vivre en marge de la société.», illustre le président et chef de la direction de la Mission Old Brewery, Matthew Pearce. Il considère que les ressources supposées faciliter une transition entre la vie militaire et le retour à une vie publique sont inadéquates. Le ministère des Anciens Combattants du Canada ne s'est d'ailleurs pas impliqué dans le projet.

S'il reconnaît que son organisme est encore en apprentissage, M. Pearce considère que son équipe est sur la bonne voie dans ses interactions avec les vétérans itinérants montréalais. «Nous ne sommes pas encore des experts, mais nous sommes de plus en plus conscients des problématiques qui se rattachent à ce type d'itinérance», souligne-t-il. Il avance que ce sont environ 45 anciens militaires dans la rue qui font appel à la mission chaque année.

Selon des chiffres avancés par la Mission Old Brewery, 60% des militaires libérés de l'armée pour des raisons médicales ont ou risquent de développer des troubles de santé mentale tandis que 30% développent une forme sévère du trouble de syndrome post-traumatique. Le taux de suicide chez les ex-militaires est 45% plus élevé que chez le reste de la population.

L'accès à un logis constitue la pierre angulaire de la réinsertion sociale, selon le président de la Mission Old Brewery. «C'est la base, le premier pas qui mène les itinérants à avoir une meilleure estime de soi et à considérer qu'ils ont une place dans la société», affirme-t-il.