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Corruption à Laval: l'ex-entrepreneur Tony Accurso nie tout en bloc

Les deux fois, il soutient avoir répondu qu'il n'était pas au courant.

09/11/2017 19:11 EST | Actualisé 09/11/2017 19:12 EST
The Canadian Press

L'ex-entrepreneur Tony Accurso a nié catégoriquement les allégations voulant qu'il ait versé des centaines de milliers de dollars en ristournes à des proches de l'ex-maire de Laval en ouverture de témoignage, jeudi, au palais de justice de Laval.

D'entrée de jeu, son avocat Me Marc Labelle, lui a demandé s'il avait donné 300 000 $ à Frank Miniccuci, le président de Simard-Beaudry, pour remettre à l'ex-directeur de l'ingénierie de Laval, Claude Deguise et s'il avait remis 200 000 $ au collecteur de fonds de Gilles Vaillancourt, Marc Gendron. L'accusé a répondu non aux deux questions.

Il a également affirmé ne pas avoir participé à un système de ristournes, mais a admis en avoir entendu parler à deux reprises, en 1997 et en 2002, de la part de Claude Asselin, l'ex-directeur général de la ville qui était aussi un ami de longue date.

Les deux fois, il soutient avoir répondu qu'il n'était pas au courant et avoir interrogé Frank Miniccuci et son vis-à-vis chez Louisbourg Construction, Joe Molluso, à ce sujet. Les deux hommes lui auraient dit ignorer de quoi il s'agissait, a affirmé Accurso.

Après avoir répondu à ces questions, Tony Accurso a raconté l'histoire de sa vie, à partir de l'arrivée de son père au Canada en 1922, les débuts modestes de ce dernier comme bûcheron à Rouyn-Noranda et la mise sur pied de son entreprise de construction, dont Tony Accurso prendra éventuellement les commandes.

Très détendu et souriant, l'homme d'affaires a même fait sourire le jury à quelques reprises, notamment lorsqu'il a été question de son séjour comme étudiant à la même école que le président américain Donald Trump — «ça ne veut pas dire que je pense pareil! » — la New York Military Academy.

«Le ciel, c'était pas assez»

Me Labelle l'a ensuite longuement interrogé sur l'évolution de son entreprise qui grandissait tellement vite que le représentant d'une firme assurant le cautionnement de grands projets lui a fait remarquer qu'il montait «en flèche»; «Tu t'en vas où? Où tu vas t'arrêter?» lui aurait demandé ce financier torontois.

Et quand Me Labelle lui a demandé à son tour jusqu'où il pensait aller à l'époque, Tony Accurso en répondu en riant: «Le ciel, c'était pas assez!»

Interrogé sur les opérations courantes de ses multiples compagnies, l'homme d'affaires a dit qu'il ne s'occupait jamais des soumissions pour les contrats, indiquant que «c'était beaucoup trop compliqué pour moi». «Ça ne m'intéressait pas non plus. J'avais des gens qui étaient payés pour ça», a-t-il affirmé aux membres du jury.

Il a mentionné que Joe Molluso, de Louisbourg, «faisait tout, tout seul; il ne "trustait" pas personne». Molluso est le cousin de Tony Accurso et avait été le bras droit du père de Tony Accurso lorsque celui-ci dirigeait l'entreprise.

Quant à Frank Miniccuci, celui-ci était appuyé de «cinq ou six» estimateurs pour préparer les soumissions.

Vacances à Nassau

La fin de la journée a été consacrée à l'exposition de photos montrant certains des grands projets réalisés par ses entreprises, mais la première photo montrée par Me Labelle en était une datant de 1999, prise à Nassau aux Bahamas où l'on peut voir Tony Accurso et son épouse ainsi que Claude Asselin et sa conjointe.

Cette photo venait appuyer les dires de l'ex-entrepreneur voulant que l'ex-directeur général de la Ville de Laval et lui étaient de bons amis «depuis 1981», a affirmé le témoin.

Tony Accurso, qui a célébré son 66e anniversaire de naissance mercredi, fait face à cinq chefs d'accusation, soit fraude de plus de 5000 $, abus de confiance, corruption, complot afin de commettre des actes de corruption et complot afin de commettre des fraudes.

Son témoignage se poursuit vendredi.

Il est le seul des 37 accusés arrêtés dans cette affaire en 2013 qui a choisi de se défendre devant les tribunaux. Parmi les autres, 27 ont plaidé coupables, dont Gilles Vaillancourt qui a été condamné à six ans de pénitencier. Trois sont décédés, alors que sept accusés ont bénéficié d'un arrêt de procédures en raison de délais déraisonnables.

Toute l'affaire porte sur un système d'octroi de contrats préarrangés et distribués entre un petit groupe d'entrepreneurs en échange de ristournes remises à des membres de l'administration Vaillancourt.