POLITIQUE

«Lab-École»: des bonnes intentions, mais de la naïveté

Le projet essuie déjà les critiques.

08/11/2017 09:09 EST | Actualisé 08/11/2017 09:12 EST

QUÉBEC – Le «Lab-École» tel qu'imaginé par les hommes d'affaires Ricardo Larrivée, Pierre Thibault et Pierre Lavoie n'est pas mis sur pied, qu'il essuie déjà des critiques des partis d'opposition, des experts et des syndicats.

Les trois hommes parcourent le Québec à l'heure actuelle pour s'inspirer des meilleures pratiques dans leurs champs d'expertise – l'alimentation, l'architecture et les saines habitudes de vie, respectivement – et ensuite proposer leur vision de l'«école-modèle».

Le fruit de leur labeur ne verra le jour qu'en 2021. Ils estiment pouvoir rénover et améliorer cinq ou six établissements à ce moment-là qui correspondront à leur vision pour aider à l'apprentissage et la réussite des élèves dans leur «milieu de vie» qu'est l'école.

LA PRESSE CANADIENNE
Pierre Lavoie, à droite, promoteur des saines habitudes de vie et co-fondateur du projet Lab-École présente le projet aux étudiants et aux médias, lors d"une conference de presse, mardi, 7 novembre 2017.

Égide Royer, professeur à la Faculté de sciences de l'éducation à l'Université Laval, étudie la réussite scolaire depuis des décennies. Il maintient que les meilleures pratiques d'apprentissage sont connues, mais qu'elles ne peuvent pas être implantées en raison d'un manque criant de ressources.

«Je peux vous apporter une brouette de recherches qui dit que l'activité physique est bonne pour les enfants et bien se nourrir, c'est très bon pour les enfants aussi. Il n'y a pas de trouble là-dessus. Tant mieux si ça met le projecteur sur ces dimensions-là, mais ce ne sont pas les leviers les plus importants pour la réussite scolaire.»

M. Royer a tout de même salué les «bonnes intentions» des instigateurs du «Lab-École», mais lance qu'il est «naïf» de croire qu'ils pourront réinventer la roue. «Il y a un noyau de connaissances important qui existe déjà et il y a déjà de très belles écoles qui ont été bâties par les communautés scolaires.»

Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec, critique le fait que le «Lab-École» ait été mis sur pied par trois personnes à l'extérieur du monde de l'éducation, sans consulter «ceux qui font l'école au quotidien» au préalable.

«Le ministre [de l'Éducation, Sébastien Proulx,] a fait le choix de mettre des sommes d'argent confiées à trois hommes d'affaires pour parcourir le Québec et de nous expliquer en quoi [l'école] serait mieux», tranche-t-elle.

Environ 1,5 million de dollars par année seront dédiés à MM. Larrivée, Thibault et Lavoie pour réaliser leur projet.

«Inclusion», mot tabou?

À l'Assemblée nationale, Alexandre Cloutier du Parti québécois et Gabriel Nadeau-Dubois de Québec solidaire ont uni leurs voix pour dénoncer la «ségrégation scolaire» - qui écrème le réseau d'éducation public des meilleurs élèves et des élèves plus fortunés en les envoyant dans le système privé ou dans des programmes spécialisés.

«On est ici pour rappeler au ministre Proulx que c'est bien beau, parler d'architecture et du menu de la cafétéria, mais que la question fondamentale pour l'école québécoise du 21e siècle, c'est celle de l'égalité des chances», a lancé M. Nadeau-Dubois, en marge du lancement du «Lab-École» qu'il a qualifié de «bling-bling».

M. Royer explique que le Québec a en effet les écoles «parmi les moins équitables» au Canada, puisque les meilleurs élèves quittent les classes «ordinaires». Il regrette que le mot «inclusion» n'ait pas été mentionné lors du lancement du projet «Lab-École».

«La journée où on cesse de concentrer nos élèves en difficulté uniquement dans des écoles ordinaires publiques, après que les écoles publiques à projets particuliers et les écoles privées ont fait la sélection, ça aussi c'est un levier important.»

Le ministre Proulx a défendu l'offre éducative multiple, comme les programmes de sports-études, qui offrent «des occasions multiples de réussir». Il convient toutefois qu'il faut rester vigilants pour ne pas discriminer des élèves.

«On ne veut pas d'une école unique pour tout le monde, a-t-il dit. Je voudrais avoir plusieurs projets, des centaines de projets pour accrocher et pour intéresser les jeunes. Ce que je veux, c'est qu'il y ait de l'accessibilité et de l'égalité à l'intérieur de ces projets.»

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