DIVERTISSEMENT

Et alors, ce spectacle de Guy Nantel…?

Qu’en est-il du fameux gag ô combien décrié, qui a fait bondir Alice Paquet?

08/11/2017 05:40 EST | Actualisé 08/11/2017 15:43 EST

Nous vous racontons, ailleurs dans nos pages, le tapis rouge précédant la première de Nos droits et libertés, de Guy Nantel, qui avait lieu mardi, au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, sous très haute surveillance.

Maintenant, qu'en est-il du fameux gag ô combien décrié, qui a fait bondir Alice Paquet? Dès les premières secondes de sa prestation, Guy Nantel se présente comme un gourou et entame une très longue tirade sur la religion et ses dérapes, parle de Jésus (qui «n'a jamais baissé les bras, particulièrement à la fin»), de Dieu qui n'a pas le temps de s'occuper de chacun de nous, écorche les Juifs, les Islamistes. Il fait crier «Alleluia» à la foule.

Nantel est-il réellement un gourou à la tête d'une secte? Évidemment, on sait que non. Sa dégaine gueularde fait partie de sa mise en scène, et il tire sur tout ce qui bouge. À plusieurs occasions pendant Nos droits et libertés, on se dira d'ailleurs que Nantel frappe trop fort partout pour que ses réflexions soient réellement sincères. Pareil individu aurait probablement bien du mal à vivre en société sans se dégoter une claque sur la gueule quelque part. Oui, l'artiste est suffisant, voire arrogant parfois, mais irait-il aussi loin dans ses analyses dans la «vraie vie», lui qui s'exprime sur des tribunes publiques pratiquement tous les jours? On ne peut jurer de rien, mais on en doute.

Nos droits et libertés, de Guy Nantel

Il le mentionne à plusieurs reprises dans son long monologue-fleuve, sans entracte, par des paroles claires ou sous-jacentes : son discours est celui d'un personnage. À prendre avec un grain de sel. Il confirme presque d'entrée de jeu que «ça va être «malaisant» pendant 90 minutes».

Et un spectacle d'humour doit être pris pour ce qu'il est. C'est-à-dire... un spectacle d'humour. De fait, sans comparer Guy Nantel à ces géants, on aurait probablement plaint Yvon Deschamps, Rock et Belles Oreilles, les Cyniques ou même les Bleu Poudre de faire carrière à l'époque enflammée des réseaux sociaux.

L'homme aux vox-pop pense-t-il véritablement ce qu'il affirme quand il remet en question la culture du viol et le consentement sexuel («Lâchez-moi avec la culture du viol!»)? Se moque-t-il de ses semblables masculins qui la tournent en dérision, ou fait-il sciemment de même?

Il est objectivement très difficile d'en juger. Il faudra se fier à la bonne foi du principal intéressé pour tirer une conclusion.

Les commentaires l'accusant de banaliser ce fléau sont-ils justifiés, ou sont-ils l'œuvre de personnes qui, à prime abord, n'aiment pas l'humoriste? Il appartiendra aux sensibilités de chacun et chacune de déterminer du bon goût de la boutade, aux gens concernés d'intenter des poursuites si bon leur chante.

Dans cet amas de coups assénés à gauche, à droite et au centre, l'auteure de ces lignes a perçu une volonté de choquer, de brasser la cage, mais pas une incitation à une quelconque violence. Nantel prend visiblement plaisir à jouer sur la mince ligne qui sépare l'acceptable du non-acceptable dans Nos droits et libertés. Si des esprits obtus souhaitent s'approprier l'indélicatesse de Nantel pour continuer de perpétrer la culture du viol, ils l'auraient probablement fait de toute façon. Son texte recèle d'ailleurs une longue portion dédiée aux opinions acariâtres du peuple, désormais exprimées n'importe comment dans les cieux souvent peu reluisants des réseaux sociaux.

Oui, le numéro sur Alice Paquet apporte des nuances dans la version de la jeune femme dans l'affaire l'opposant au député Gerry Sklavounos. Les noms ne sont pas dits explicitement, mais sous-entendus en caractère suffisamment gras («Souvlaki» au lieu de «Sklavounos») pour qu'on comprenne rapidement. Nantel ne «victimise» pas la victime et ne diabolise pas l'agresseur, et vice-versa. Cet éclairage différent ne plaira pas à tous et toutes. C'est peut-être là le bât qui blesse. Nantel n'est pas concerné par cette histoire et son œil, qu'il soit celui d'un personnage ou pas, en est un extérieur, qui n'a pas souffert du récit impliquant les deux personnes en cause. Qui est-il pour juger, se demandent déjà plusieurs. D'autres trouveront là matière à réflexion et à débat (sain, espérons-le). Chose certaine, les diverses nuances de gris sont très, très fréquentes dans les diatribes de Guy Nantel, et il faudra s'en souvenir en se rendant voir Nos droits et libertés.

Support indéfectible

Mardi, l'assumé polémiste savait que la fameuse moquerie était attendue de pied ferme. Celle-ci a finalement été entendue, environ, au quart de sa présentation. «On arrive au bout que vous attendez, là!», a-t-il balancé pour faire patienter son auditoire, peu avant. En entamant la dite réplique, il a été secoué d'un fou rire.

Et c'est lorsqu'il a lancé l'une de ses phrases les plus pince-sans-rire de son heure quarante de stand up («Quel gars ici n'a jamais déposé son pénis sur le bureau d'un collègue pour faire avancer un dossier?», en référence à Éric Salvail) qu'on a compris à quel point Nantel pouvait jouer avec les «degrés» dans son humour. Et que dire de sa pointe au docteur Mailloux? «Ça fait 40 ans qu'il est psychopathe, il doit connaître ça, ces affaires-là...»

Or, Guy Nantel a été accueilli en héros lors de son entrée en piste et il a pu compter tout au long de la soirée sur le support indéfectible de son parterre, qui riait et l'encourageait de bon cœur. Il a d'ailleurs chaleureusement remercié l'assistance à la fin... et fait plusieurs fois allusion à la semaine très difficile qu'il vient de passer.

«On a mis un gros budget de promo, cette année, on a mis le paquet. Pas de jeu de mots avec paquet...», s'est-il même permis en ouverture, se sachant épaulé.

Pour le reste, comme on le mentionnait plus haut, Nos droits et libertés est une mitraille qui fait feu à tous égards Qui n'échappe pas à quelques gags éculés («Comme disent les Chinois, c'est une situation wing-wing»), et d'autres bien envoyés («J'en ai eu des milliers dans ma carrière (de courriels haineux), dont une centaine de ma femme»). De La poule aux œufs d'or aux gens de la Beauce, du ministre Laurent Lessard et sa bourde sur l'autoroute 13 l'hiver dernier, jusqu'à son énumération des 37 mots québécois possibles pour décrire un être non-intelligent (incluant «couillon», «Couillard» et «député»), Nantel n'en rate pas une. Le tout s'avère bien ficelé, livré avec justesse – pour peu qu'on joue le jeu du «deuxième degré» - et, oui, souvent drôle. Et on passe à un autre appel...?

Guy Nantel présentera Nos droits et libertés en tournée partout au Québec dans la prochaine année. Consultez son site web pour toutes les dates.