POLITIQUE

Lisée fait son mea culpa et renonce à un projet de loi «musclé» sur la laïcité

Son caucus n'était pas d'accord.

07/11/2017 17:29 EST | Actualisé 07/11/2017 17:29 EST
PC/Jacques Boissinot

Le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, a reconnu mardi ne pas avoir consulté son caucus avant d'annoncer publiquement qu'il déposerait un projet de loi musclé sur la laïcité d'ici Noël.

Interrogé à ce sujet, M. Lisée a reconnu avoir procédé sans l'assentiment de ses députés. «Je ferais les choses autrement, j'ai surestimé le consensus. Je suis un gars à l'écoute, j'accepte ça, j'admets ça, et je dis: très bien, on corrige», a-t-il déclaré, avant de renoncer au dépôt d'une telle pièce législative à l'Assemblée nationale.

Le 25 octobre dernier, le chef de l'opposition officielle annonçait en conférence de presse qu'après l'échec du projet de charte des valeurs en 2014, il reviendrait à la charge dans les prochaines semaines avec un projet de loi ambitieux destiné à promouvoir la laïcité de l'État québécois.

Ce projet de loi devait aller beaucoup plus loin en matière de laïcité que la controversée loi 62 du gouvernement Couillard, qui stipule que tous les services publics au Québec devront être donnés et reçus à visage découvert — notamment dans les transports publics et dans les hôpitaux. La loi permet toutefois des accommodements raisonnables, accordés à la pièce.

M. Lisée cherchait à interdire le port de signes religieux aux agents de l'État, soit les juges et procureurs de la Couronne, les policiers, les gardiens de prison, les enseignants au primaire et secondaire, ainsi que dans les services de garde subventionnés.

Il proposait aussi de soustraire son projet de loi aux contestations judiciaires, en invoquant d'emblée la disposition de dérogation prévue dans la Constitution.

De plus, le chef du PQ voulait examiner, après les élections générales de 2018, la possibilité d'interdire aux Québécois et Québécoises de se présenter le visage couvert dans l'espace public, soit par exemple dans la rue ou les parcs.

Il a affirmé, mardi, avoir discuté d'un tel projet de loi avec ses «officiers» et sa porte-parole en matière de laïcité, Agnès Maltais, mais pas son caucus.

«Comme il s'agissait d'emballage, comment on emballe une position qui existait déjà, j'ai pensé que ça ferait consensus. De toute évidence, ce n'était pas le cas», a-t-il signifié en mêlée de presse.

Il s'est par ailleurs défendu en disant qu'il y avait la forme et le fond, et que sur le fond, tous ses députés étaient d'accord.

Or, plus tôt en journée, le député péquiste Alexandre Cloutier a fait savoir aux journalistes qu'il n'avait pas changé d'avis sur le sujet depuis la course au leadership l'an dernier. Favorable à l'adoption de la formule issue de la commission Bouchard-Taylor, qui prône l'interdiction de signes religieux pour les personnes en position d'autorité — juges, policiers, procureurs, gardiens de prison —, il s'oppose à un débat sur l'interdiction du voile intégral dans l'espace public.

«Nous avons eu effectivement une discussion sur le choix politique d'insérer ces éléments, oui ou non, dans un projet de loi que nous déposerions. Et j'ai constaté qu'il n'y avait pas un consensus assez large pour faire ce choix politique maintenant», a reconnu M. Lisée.

Pour sa part, le chef de la Coalition avenir de Québec (CAQ), François Legault, a accusé le chef péquiste de louvoyer sur la question de la laïcité.

«Nous, on a la même position depuis 2013, a-t-il dit. Nous, on veut interdire les signes religieux pour les personnes en autorité incluant les enseignants, on n'a pas changé de position. Jean-François Lisée change de position à tous les six mois. Il est vraiment dur à suivre.»

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