POLITIQUE

Élections municipales: les courses à suivre dimanche soir

05/11/2017 09:10 EST | Actualisé 05/11/2017 09:10 EST
Niyazz via Getty Images

Les électeurs de 858 municipalités au Québec seront appelés à choisir entre le changement ou la continuité pour les élections municipales qui se dérouleront dimanche soir.

Au terme de cette campagne de deux mois, le portrait de plusieurs villes du Québec pourrait être modifié quant aux conseils municipaux de celles-ci ou aux maires qui les dirigeront au cours des quatre prochaines années.

Selon la spécialiste en gestion municipale Danielle Pilette, l'issue des élections est très difficile à prédire, notamment parce que la personnalité des candidats prend plus de place que les enjeux, et ce, même dans les grandes villes.

«Le problème au municipal, c'est que les véritables partis municipaux sont rares, donc il y a très peu d'enjeux qui ressortent. Il n'y a pas vraiment de programmes de partis, il y a des programmes de personnes», a-t-elle expliqué en entrevue téléphonique.

Voici un aperçu des luttes à surveiller pendant la soirée:

Longue soirée à Montréal

La course entre le maire sortant, Denis Coderre, et sa principale adversaire, Valérie Plante, était déjà serrée lorsque le promoteur de la Formule E a dévoilé quelques jours avant le scrutin qu'environ la moitié des billets de l'événement avaient été donnés. M. Coderre, qui a reconnu son erreur de ne pas avoir révélé ces chiffres plus tôt, sera-t-il affecté par cette nouvelle de dernière minute? Difficile à dire, selon la spécialiste en gestion municipale Danielle Pilette. «Il est possible qu'il y ait un genre de vague qui fasse en sorte que Mme Plante cristallise certaines oppositions de M. Coderre. Il y a comme une accentuation depuis quelques jours des défections contre M. Coderre. Mais c'est très, très serré», a-t-elle analysé

Il faudra ensuite savoir si le parti du maire ou de la mairesse aura la majorité au conseil municipal. Plus d'un million de Montréalais sont conviés aux urnes pour combler 103 postes — en plus du poste de maire de Montréal, 18 maires d'arrondissement, 46 conseillers de la ville et 38 conseillers d'arrondissement doivent être élus.

Un quatrième mandat pour Labeaume?

Pour cette campagne, le maire sortant Régis Labeaume faisait face à deux principaux candidats, dont le nouveau venu Jean-François Gosselin, qui se bat bec et ongles pour bâtir un troisième lien entre la Rive-Sud et la Rive-Nord à Québec. M. Labeaume se montre plutôt réfractaire à cette idée et espère mettre en place un grand projet de transport en commun, tout comme son autre rivale, Anne Guérette. Selon les sondages, Régis Labeaume voguerait vers une victoire assez confortable: un sondage Léger mené pour le compte du «Journal de Québec» a révélé que le maire sortant obtiendrait 51 pour cent des intentions de vote, contre 22 pour cent pour M. Gosselin et 14 pour cent pour Mme Guérette.

«Malgré une certaine popularité de M. Gosselin, je ne crois pas que les effets soient énormes, a soutenu Mme Pilette. Le maire Labeaume est quand même un maire qui a un bon bilan, malgré tout.»

Trois femmes en lice à Longueuil

Dans cette ville au sud de Montréal, trois femmes briguent le poste de mairesse pour succéder à Caroline St-Hilaire, qui a décidé de céder sa place après deux mandats malgré sa grande popularité à Longueuil. Difficile de prédire le résultat, puisque l'ancien parti de la mairesse s'est divisé en deux. La dauphine de Mme St-Hilaire est officiellement Sylvie Parent, mais son élection serrée à la tête d'Action Longueuil a provoqué une scission au sein du parti. L'ex-conseillère Josée Latendresse, qui s'était présentée contre Mme Parent dans la course à la direction, a fondé son propre parti avec plusieurs anciens conseillers d'Action Longueuil et se présente elle-même comme mairesse. La troisième candidate est Sadia Groguhé, une ancienne députée du Nouveau Parti démocratique (NPD) qui dirige Option Longueuil, un parti autrefois représenté par le conseiller Robert Myles, un défenseur des droits des anglophones à Longueuil.

Paul Leduc brigue un sixième mandat dans la controverse

Celui qui a été maire pendant 19 ans en tout et partout tente, à l'âge de 80 ans, de se faire réélire à Brossard, une autre banlieue au sud de Montréal. Il fait face toutefois à un barrage de critiques sur la gestion de sa ville, qui fait d'ailleurs l'objet d'une enquête du ministère des Affaires municipales. Une ancienne membre de l'administration a aussi déposé une plainte de harcèlement psychologique contre le maire sortant. Plusieurs autres candidats tentent de défaire M. Leduc, dont une de ses anciennes conseillères, Doreen Assaad, et l'ancien maire Jean-Marc Pelletier. L'ex-député du NPD Hoang Mai tente aussi de se faire élire en tant que candidat indépendant.

Deuxième élection post-Vaillancourt à Laval

Le maire sortant, Marc Demers, a pris les rênes de la Ville de Laval après les années de règne du maire Gilles Vaillancourt, qui l'an dernier a plaidé coupable à des accusations de complot, fraude et abus de confiance. M. Demers estime que sa ville a tourné la page de cette époque, et croit avoir assaini les moeurs politiques. Selon Danielle Pilette, le maire sortant a accompli sa mission. «Il a fait faire toute une réforme administrative sous l'égide de l'ÉNAP (École nationale d'administration publique). Le problème était au niveau politique, mais beaucoup au niveau administratif aussi, parce que les fonctionnaires étaient habitués de recevoir toutes sortes d'ordres du politique», a-t-elle indiqué.

M. Demers fait face cette fois-ci à six candidats, dont Jean-Claude Gobé, qui avait terminé deuxième en 2013. Les adversaires de Marc Demers lui reprochent notamment d'avoir effectué des nominations partisanes et d'accumuler les surplus budgétaires sans soulager le compte de taxes des Lavallois — le parti de M. Gobé parle même d'une «taxe Demers».

Élections sous tension à Oka

Pascal Quevillon, le maire sortant de cette ville des Laurentides, s'est attiré les foudres de la communauté de Kanesatake pour avoir donné son appui à un projet de quartier résidentiel qui serait construit sur des territoires revendiqués par les Mohawks — situés tout près de la pinède qui avait mis le feu aux poudres de la crise d'Oka en 1990. Tandis que le maire défend le projet, le grand chef de Kanesatake, Serge Otsi-Simon, a annoncé qu'il soutenait l'une des adversaires de M. Quevillon, Marie-Claude Provencher. Dans un communiqué diffusé au début du mois d'octobre, il a déclaré que «le processus de réconciliation entrepris en 2015 ne peut être assuré sans un changement de gouvernement à la mairie d'Oka». Pascal Quevillon, qui avait remporté l'élection partielle de 2014 avec plus de 67 pour cent des voix, fait face à deux autres adversaires, Sylvain Rhéaume et Julie Tremblay-C.

Yves Lévesque brigue un «dernier» mandat à Trois-Rivières

Le maire fort populaire de cette capitale régionale de la Mauricie souhaite se faire réélire pour un cinquième et «dernier» mandat, selon ses dires. Il fait face cette fois-ci à une opposition beaucoup moins morcelée qu'en 2013. Un ancien conseiller municipal, Jean-François Aubin, et un homme d'affaires à la retraite, André Bertrand, tentent de convaincre les Trifluviens de voter pour le changement — pendant la campagne, un ancien greffier de la Ville a invité les citoyens à «congédier» le maire Lévesque, le qualifiant de «champion de la mesquinerie». Or, selon un sondage publié par le «Nouvelliste» et de Cogeco Média 106,9 FM, près de 80 pour cent des citoyens sont très satisfaits ou assez satisfaits du bilan du maire.

Un nouveau visage à Lac-Mégantic

Le maire Jean-Yves Cloutier a tiré sa révérence après avoir dirigé pendant deux ans cette ville de l'Estrie qui peine à se relever de la tragédie ferroviaire survenue en 2013. Plus de quatre ans plus tard, la voie de contournement de train réclamée par la municipalité n'est toujours pas construite — un dossier que devra porter le ou la nouvelle mairesse de la ville. Trois candidats sont en lice: le journaliste Ronald Martel, le chasseur de tête Jean St-Pierre ainsi que l'ancienne conseillère Julie Morin.

Course à quatre à Saguenay

​​Quatre candidats tentent de succéder à Jean Tremblay, qui régnait dans sa ville depuis 20 ans. Si les principaux candidats veulent conserver une partie de l'héritage de M. Tremblay, ils sont plusieurs à vouloir changer le style de gouvernance à Saguenay. C'est Josée Néron, une ancienne conseillère de l'opposition, qui semble se démarquer si l'on croit un dernier sondage Segma recherche diffusé par «Le Quotidien» et Kyk Radio X. L'ancien député fédéral Jean-Pierre Blackburn, qui est deuxième avec quelques points de différence seulement, a d'ailleurs organisé une conférence de presse jeudi pour que Arthur Gobeil se joigne à lui afin de défaire Mme Néron. Selon le même sondage, M. Gobeil recueillerait près de 18 pour cent des intentions de vote, tandis que le dauphin de Jean Tremblay, Dominic Gagnon, fermerait la marche avec un peu plus de 9 pour cent des intentions de vote.

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