NOUVELLES

La réconciliation avec les Peuples autochtones passe par les femmes, selon une experte

Ce sera un des thèmes abordés lors du «Gender Summit» à Montréal.

04/11/2017 15:24 EDT | Actualisé 04/11/2017 15:24 EDT
Chris Wattie / Reuters
Des gens marchent lors d'une vigile à la chandelle, à Attawapiskat, en Ontario, le 15 avril 2016.

Dans le cadre du «Gender Summit», qui se tient dans un hôtel du centre-ville de Montréal du 6 au 8 novembre, une conférence sera présentée ce lundi sur l'importance accordée au genre — et surtout aux femmes — dans le processus de réconciliation avec les Peuples autochtones.

Ce sujet est on ne peut plus actuel, alors que se déroulent deux commissions d'enquête au Canada sur les relations entre les autochtones et la société civile: l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées et la Commission d'enquête sur les liens entre les Autochtones et certains services publics. Le thème de la conférence est d'ailleurs inspiré d'un des appels à l'action du rapport de la vaste Commission de vérité et réconciliation du Canada.

Suzy Basile, professeure à l'École d'études autochtones de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) va prendre part au panel de discussion.

Selon elle, l'un des éléments fondamentaux à considérer est le fait que les femmes autochtones au Canada ont été, depuis plusieurs centaines d'années, la cible de différentes politiques de l'État visant à effacer leur présence, leur puissance et leur rôle dans la société.

Quatre chercheuses vont aborder le traitement accordé aux genres dans la recherche sur les autochtones, mais aussi l'impact de la colonisation sur le rôle des femmes dans les Premières nations.

Suzy Basile rappelle que dès les premiers contacts avec les colonisateurs, les tentatives d'assimilation ont visé spécifiquement les femmes.

«On pensait pouvoir accélérer le processus d'assimilation en s'assurant que les femmes ne soient pas un obstacle», explique celle qui détient une maîtrise en anthropologie et un doctorat en sciences de l'environnement.

Des conséquences qui se font toujours sentir aujourd'hui, alors que les femmes autochtones commencent à peine à être écoutées sur leurs propres enjeux.

Les problèmes sociaux graves qui affectent les communautés autochtones peuvent entre autres s'expliquer par cette tentative d'aliénation de la femme.

«Quand on regarde les chiffres en matière de violence, les premières victimes sont les femmes et leurs enfants», note la chercheuse qui enseigne à l'UQAT.

Interdiction de voter jusqu'en 1951, discrimination face au statut juridique autochtone, discrimination dans la Loi sur les Indiens, les femmes autochtones ont subi et subissent toujours les impacts de politiques publiques infériorisantes. Des enjeux essentiels à prendre en considération dans un processus de réconciliation avec les Peuples autochtones.

«Il faut remettre l'histoire à sa place. Faire en sorte que le traitement que les femmes ont subi pendant des siècles puisse être l'un des éléments pris en compte dans tout établissement de politiques ou de projets de recherches», soutient Suzy Basile.

Pour Mme Basile, l'une des mesures les plus simples à adopter est de s'assurer de rétablir un équilibre entre les savoirs des hommes et des femmes dans les projets de recherche.

«On a trop vu dans le passé des recherches faites uniquement auprès des hommes et ensuite généralisées à toute une communauté autochtone», souligne la chercheuse. Elle dit même avoir consulté des recherches qui interrogeaient des femmes «par défaut». «Dans certains cas, on n'a interrogé que des veuves parce que Monsieur était décédé», dénonce l'universitaire.

Plus de 600 chercheurs sont attendus cette semaine au 11e «Gender Summit», le premier présenté au Canada.

Depuis 2011, ces conférences internationales rassemblent des centaines de chercheurs qui tentent de faire progresser l'égalité des sexes dans la recherche et l'innovation.

Voir aussi: