POLITIQUE

Faire campagne dans une micromunicipalité de moins de 200 habitants

Une incursion dans des campagnes électorales bien différentes de celles menées à Montréal ou à Québec.

04/11/2017 16:01 EDT | Actualisé 04/11/2017 16:01 EDT
mariusFM77 via Getty Images

Les rassemblements de campagne devant des centaines de militants, les communications sur les réseaux sociaux — voilà des moyens peu utilisés par les candidats à la mairie qui tentent de se faire élire dans les municipalités de moins de 200 habitants au Québec. Incursion dans des campagnes électorales bien différentes de celles menées à Montréal ou à Québec.

Sur l'île de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, tout le monde se connaît. Cette municipalité de paroisse située à environ 25 kilomètres de Rivière-du-Loup, dans le Bas-Saint-Laurent, ne regroupe que 28 habitants permanents, selon le maire sortant Léopold Fraser. Au cours de l'année, le nombre de résidants peut grimper à 250, mais pour les élections municipales, seulement 161 électeurs sont inscrits.

Là-bas, les candidats à la mairie utilisent des moyens plus modestes pour rejoindre leurs commettants: le porte-à-porte, le téléphone, la poste et les courriels.

Même si tous ses électeurs le connaissent déjà, Léopold Fraser a tenu à aller les voir chez eux pour entendre leurs idées.

«C'est apprécié, surtout qu'on se connaît bien. Moi, je trouve que c'est apprécié des personnes quand on les rencontre et je trouve ça valorisant de rencontrer ces personnes-là», a-t-il confié en entrevue téléphonique.

Son adversaire à la mairie, l'ex-conseillère Louise Newbury, explique qu'il s'agit d'une campagne de type «un par un».

«Ça ne sert à rien de faire des assemblées et d'utiliser des réseaux sociaux pour essayer de se faire connaître, on se connaît déjà. Alors c'est du un par un. On les rencontre, on leur téléphone, et on fait des échanges par courriel», a-t-elle raconté au bout du fil.

Transportons-nous maintenant à Saint-Antoine-de-l'Isle-aux-Grues, un archipel situé près de Montmagny. Cette municipalité de paroisse de la région de Chaudière-Appalaches compte 144 habitants.

Là aussi, deux candidats aspirent à diriger la ville. La mairesse sortante, Lisette Vézina-Painchaud, se présente contre un nouveau venu en politique, Pierre Gariépy.

Pour joindre ses électeurs, Mme Vézina-Painchaud leur a envoyé un document par la poste dans lequel elle a rappelé son bilan comme mairesse et ses priorités pour l'avenir.

Elle ne voit toutefois pas la nécessité de faire du porte-à-porte, puisqu'elle croise ses commettants presque à tous les jours dans ses activités quotidiennes.

«Je trouverais ça ridicule d'aller cogner aux portes. Tout le monde est au courant!», a-t-elle soutenu en entrevue au téléphone.

«Et même si tu te présentes à la porte, ça ne veut pas dire que les gens vont absolument voter pour toi.»

L'opposant de Mme Vézina-Painchaud, Pierre Gariépy, n'a pas donné suite aux messages de La Presse canadienne.

Le transport, une priorité

Bien que leur réalité semble bien lointaine des grands centres, ces petites municipalités sont elles aussi confrontées à des défis sur le plan des transports.

Le problème, ce ne sont pas les ponts comme à Montréal ou à Québec; là-bas, il n'y en a tout simplement pas. Pour quitter et arriver sur ces îles, il faut utiliser le bateau ou l'avion, ce qui peut être parfois problématique.

À Saint-Antoine-de-l'Isle-aux-Grues, par exemple, la mairesse sortante souligne que la Ville doit bien s'organiser pour permettre aux gens d'entrer et de sortir, ainsi que pour faciliter le transport de marchandises — l'archipel produit plusieurs fromages fins. En avion, le trajet de l'archipel vers Montmagny peut prendre seulement 15 minutes.

Dans l'éventualité d'urgences médicales, tout est relativement correct, selon Mme Vézina-Painchaud, sauf dans la saison de la chasse à l'oie. «La nuit, si on a une urgence, l'avion ne vient pas, parce que ça peut devenir dangereux par rapport aux oies blanches. Ce sont de gros, gros troupeaux», a-t-elle précisé.

«Admettons qu'on se croise les doigts tout le temps.»

À Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, lorsque le traversier n'est plus disponible en hiver, les résidants ne disposent que d'un hélicoptère à temps partiel, une solution plus ou moins avantageuse et coûteuse, a indiqué le maire sortant, Léopold Fraser.

Ralentir l'exode vers les centres

M. Fraser veut améliorer les infrastructures de transports pour au moins maintenir le nombre d'habitants sur l'île.

«Il y a 28 personnes qui résident à l'année. Si jamais ça baisse en bas de ça, elle est où la ligne qu'on ne peut pas franchir?», s'est-il interrogé, mentionnant les nombreux services à offrir aux citoyens.

L'adversaire de M. Fraser, Louise Newbury, reconnaît que l'amélioration du transport est un enjeu important pour sa ville, surtout pour attirer de jeunes résidants.

«On a eu une petite famille qui aurait bien voulu s'installer ici, mais avec les enfants, c'est devenu impossible», a-t-elle indiqué.

«Même si on réussit à leur trouver une école, ces enfants-là ne sont pas assez nombreux pour avoir une vie sociale avec d'autres enfants. C'est assez difficile pour ça.»

Mme Vézina-Painchaud souligne par ailleurs que chaque milieu a ses avantages.

«On vit toujours avec un petit stress, mais en ville, ce n'est pas mieux. En ville, vous pouvez rester peut-être à dix minutes de l'hôpital et ça va prendre une demi-heure avant d'être rendus», a-t-elle suggéré.

«On choisit de vivre à l'île, eh bien il faut assurer avec où on choisit de vivre», a-t-elle ajouté.

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