POLITIQUE

Le commissaire de l'UPAC Robert Lafrenière «convaincu» qu'il y aura des accusations

Ce sera au DPCP de décider si Guy Ouellette sera accusé une fois l'enquête terminée.

31/10/2017 16:25 EDT | Actualisé 31/10/2017 19:04 EDT

QUÉBEC – Le commissaire de l'Unité permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafrenière, est « foncièrement convaincu » que l'arrestation du député Guy Ouellette va mener à des accusations par le Directeur des poursuites criminelles et pénales.

Il n'est donc pas question pour l'UPAC d'accuser M. Ouellette ni de s'excuser, tel que l'a ordonné le président de l'Assemblée nationale, Jacques Chagnon, dans une missive qui a ému l'ensemble des députés mardi.

« D'une part, ce n'est pas nous qui accusons. Nous transmettons le dossier complet au DPCP en temps et lieu, quand l'enquête sera complète. À ce moment-là, ce sont eux qui prennent la décision », s'est défendu M. Lafrenière lorsqu'il a été questionné à ce sujet.

Le député Ouellette, arrêté mercredi dernier, a déclaré lors d'un discours avoir été victime d'un « coup monté » de l'UPAC au moment où des « irrégularités » avaient été portées à son attention comme président de la Commission des institutions qui étudie entre autres le projet de loi 107 sur l'indépendance de l'UPAC.

LA PRESSE CANADIENNE
Guy Ouellette.

L'UPAC soutient que M. Ouellette n'a pas été arrêté à cause de son rapport sur les normes ISO anti-corruption ou parce qu'il s'apprêtait à dévoiler un « présumé stratagème » impliquant l'UPAC. M. Lafrenière a plutôt longuement insisté sur le « vol et la diffusion illégales » de documents qui concernent l'enquête Mâchurer – qui constituent une « entrave à la justice ».

« Je le rappelle : les fuites de documents et de contenus d'enquêtes sont extrêmement graves. Non seulement les fuites peuvent littéralement saboter une enquête active, mais ces fuites comportent les risques que soient informés les suspects qui sont sous enquête. »

M. Ouellette, un ex-enquêteur de la Sûreté du Québec, maintient que les faits qui lui sont reprochés n'ont «aucun fondement». La Presse avait rapporté, le soir de son arrestation, qu'il était la présumée taupe qui avait coulé des documents concernant l'enquête Mâchurer aux médias de Québecor.

Pas un «piège», mais un «appât»

Les hauts responsables de l'UPAC se sont quant à eux défendus d'avoir « piégé » M. Ouellette, mercredi dernier. Ils disent plutôt avoir tendu un « appât » autorisé par un juge de la Cour du Québec avant de procéder à son arrestation.

Le commissaire Lafrenière soutient que tout a été fait dans les règles. « Je suis absolument certain qu'il n'y a pas eu de manquements qui ont été faits par l'UPAC (...) et s'il y a des manquements, les gens paieront pour », a-t-il dit.

Même son de cloche de la part de l'inspecteur André Boulanger, directeur des opérations de l'UPAC, qui a dit aux journalistes qu'il n'y avait eu aucune forme d'intimidation à l'endroit de M. Ouellette ni de l'analyste en matière de corruption Annie Trudel, qui dit elle aussi avoir été arrêtée la semaine dernière. Il a aussi nié que les deux avaient été pris en filature.

LA PRESSE CANADIENNE
Robert Lafrenière.

« Aucune forme d'intimidation n'a été faite dans le cadre de ce projet ni dans aucun autre projet d'enquête, a renchéri M. Boulanger. Cela aurait été inacceptable et jamais je n'aurais toléré cette situation. Je réfute avec véhémence cette allégation. »

Devant tant de contradictions, les partis d'opposition ainsi que quelques députés libéraux ont dit souhaiter, mardi, que le commissaire Lafrenière fasse la lumière sur ce qui s'est réellement passé lors de l'arrestation de M. Ouellette.

M. Lafrenière dit qu'il va se plier à la demande des parlementaires si c'est leur souhait. « Si je suis assigné, je vais y aller, comme je l'ai fait 11 fois depuis les six dernières années. »

Depuis son arrestation, M. Ouellette s'est retiré du caucus libéral et siège désormais comme député indépendant. Il a aussi quitté la présidence de la Commission des institutions.