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Les Québécois craignent d'être soignés par des infirmières surchargées

Et quatre Québécois sur cinq estiment que les infirmières sont surchargées.

29/10/2017 19:23 EDT | Actualisé 29/10/2017 19:23 EDT
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Deux Québécois sur trois indiquent être mal à l'aise à l'idée de recevoir des soins d'une infirmière qui travaille depuis plus de huit heures consécutives, révèle un sondage Léger commandé par la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ).

En entrevue à La Presse canadienne pour réagir au sondage, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, s'est dit pour sa part à l'aise à ce que les infirmières travaillent même jusqu'à 16 heures, parlant d'une situation rare dans le réseau.

«Parfois, le temps supplémentaire obligatoire est nécessaire, explique le ministre Barrette. Il y a de la littérature scientifique qui dit que jusqu'à 16 heures, il n'y a pas de risques. Ce qui peut poser problème, c'est plus de 16 heures.»

Le ministre faisait ainsi référence à un autre élément du sondage. Dans le coup de sonde, 94 pour cent des gens se disent mal à l'aise avec le fait de recevoir des soins d'une infirmière qui travaille plus de 16 heures consécutives.

Le sondage permet également d'apprendre que quatre Québécois sur cinq estiment que les infirmières sont surchargées.

La population est d'accord avec les solutions proposées par la FIQ depuis des années, conclut sa présidente, Régine Laurent en entrevue.

Réforme Barrette

Selon elle, la réforme Barrette est tout simplement un échec. Mme Laurent déplore particulièrement que d'immenses structures administratives aient été créées, que des services aient été centralisés et que des soins à domicile ne soient plus offerts.

Mme Laurent relève aussi que des évaluations de performance réalisées dans les établissements entraînent des compressions chez les moins performants.

Le ministre martèle que 94 pour cent des répondants au sondage se disent satisfaits des soins qu'eux ou un proche ont reçus. «Ce n'est pas un système qui se détériore ça», a lancé le ministre.

Selon le sondage, 12 pour cent des répondants estiment que la situation dans le réseau de la santé est meilleure qu'il y a trois ans, 49 pour cent qu'elle est identique et 40 pour cent qu'elle est pire.

M. Barrette se réjouit de cette statistique y lisant que 61 pour cent des sondés constatent un système semblable ou qui s'améliore, contrairement au syndicat qui analyse que selon 89 pour cent des répondants, la situation est pareille ou pire.

La FIQ fait preuve d'un «biais intellectuel», estime M. Barrette qui répète qu'un sondage se lit «du milieu vers le haut, pas le milieu vers le bas».

«Les syndicats mènent une campagne de dénigrement du système de santé et entretiennent un portrait très négatif de la réalité, soutient M. Barrette. Vous avez un sondage qui dit le contraire. Les chiffres, ça dit ce que ça dit et ce sondage-là il est de mon bord.»

Solutions proposées

Le syndicat d'infirmières et d'inhalothérapeutes souhaite que le gouvernement établisse un nombre maximal de patients par infirmières. Une idée avec laquelle 83 pour cent des personnes sondées sont en accord.

La FIQ indique que des «améliorations significatives» ont été observées dans plusieurs pays où ce type de ratios a été implanté.

Mme Laurent cite l'exemple de la Californie, où dit-elle, les ratios ont permis de diminuer le taux de mortalité, des chutes, des infections et le «syndrome de la porte tournante», soit le fait d'entrer dans le système de santé et d'en ressortir rapidement sans avoir reçu les soins adéquats.

Les infirmières demandent également au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, de forcer la main aux gestionnaires du réseau de la santé pour qu'ils augmentent le nombre de postes à temps plein dans leurs établissements.

«La FIQ, pendant les trois dernières années, a véhiculé que j'avais trop de pouvoir, répond le ministre. Et là, on me demande d'utiliser mon pouvoir pour forcer les gens localement à prendre certaines décisions. N'y a-t-il pas contradiction?»

Cinquante pour cent des infirmières détiennent un poste à temps partiel, selon le syndicat qui explique que cette situation accentue le risque de forcer des employés à faire du temps supplémentaire par manque de personnel.

Le sondage a été réalisé du 26 juillet au 5 août auprès de 1960 Québécois. Comme il s'agit d'un sondage web, la marge d'erreur ne peut pas être calculée, parce que les personnes n'ont pas été sélectionnées de façon aléatoire.