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Un sondage démontre que le reste du Canada appuie très majoritairement la loi 62

Depuis l'adoption de la loi 62, le Québec est l'objet d'attaques multiples du reste du Canada, mais le sondage semble indiquer que ces attaques ne s'appuient pas sur un consensus populaire.

27/10/2017 18:58 EDT | Actualisé 27/10/2017 18:58 EDT
daoleduc via Getty Images

Les médias et les politiciens du Canada anglais seraient en porte-à-faux avec les citoyens qu'ils desservent lorsqu'ils pourfendent la loi 62 du Québec sur la prestation et l'obtention de services publics à visage découvert.

C'est du moins ce que laisse croire un sondage Ipsos réalisé pour la chaîne de télévision Global, qui démontre qu'à l'échelle nationale, 68 pour cent des Canadiens — incluant les Québécois — appuient une politique de services publics à visage découvert.

Depuis l'adoption de la loi 62, le Québec est l'objet d'attaques multiples du reste du Canada, mais le sondage semble indiquer que ces attaques ne s'appuient pas sur un consensus populaire, bien au contraire, selon le vice-président aux affaires publiques chez Ipsos, Sébastien Dallaire.

«Le ton du discours depuis quelques jours au Canada anglais ne cadre pas très bien avec l'opinion publique dans le reste du Canada en ce moment», a-t-il expliqué en entrevue avec La Presse canadienne.

«Il y a un appui quand même assez fort dans le reste du Canada pour l'idée d'une loi similaire dans les provinces ailleurs qu'au Québec.»

De passage vendredi à Saint-Bruno-de-Montarville, sur la Rive-Sud de Montréal, le premier ministre Justin Trudeau ne s'est pas montré impressionné par ces chiffres.

M. Trudeau, qui n'a pas caché son irritation face à cette législation depuis le début, a répété que la Charte canadienne des droits et libertés vise à protéger les minorités et que cette protection ne s'apparente pas à un concours de popularité.

«Défendre les droits des autres, ce n'est pas seulement faire ça quand c'est populaire ou facile de le faire. C'est beaucoup plus important, même, en tant que pays qui se veut libre et juste, de défendre les droits aussi quand c'est impopulaire, quand ce n'est pas facile de le faire», a déclaré le premier ministre qui était de passage en Montérégie pour mousser les programmes d'aide aux familles de son gouvernement.

Le premier ministre a répété une nouvelle fois que l'État ne devrait pas «dire aux femmes ce qu'elles doivent ou ce qu'elles ne doivent pas porter» et, comme il le fait depuis quelques jours, n'a pas écarté la possibilité de contester la loi 62 devant les tribunaux.

«Nous allons évaluer comment le gouvernement fédéral peut continuer d'assurer que les droits de tout le monde soient toujours respectés ici au Canada», a-t-il laissé tomber.

Visage découvert: appui à tous les niveaux

Le découpage provincial du sondage place toujours le Québec en tête, avec 76 pour cent des répondants favorables au principe du visage découvert. Par contre, la Colombie-Britannique, le Manitoba et la Saskatchewan suivent de près avec un appui de 69 pour cent pour une telle politique.

«Le sentiment est un peu plus intense au Québec», note Sébastien Dallaire qui rappelle qu'en 2015, quand le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait émis la directive pour empêcher le port du voile lors des cérémonies de citoyenneté, «on avait trouvé que les Canadiens étaient très favorables face à la directive, tout comme les Québécois, mais que les Québécois l'étaient un peu plus, avec sensiblement le même un écart, soit de huit à dix points environ».

L'Ontario, à 66 pour cent, et l'Alberta, à 64 pour cent, suivent et les provinces atlantiques ferment la marche avec un appui de 57 pour cent des répondants en faveur de cette approche.

M. Dallaire explique la «différence atlantique» par un certain éloignement de cette population du phénomène, bien qu'il demeure très prudent faute de données précises sur cette question. Les données passées au Québec ont pourtant démontré que les régions éloignées de la province ont une plus grande réticence face au port du voile, mais le sondeur souligne que l'éloignement n'a pas la même valeur partout.

«La recherche universitaire montre que la relation n'est pas claire», avance-t-il.

«Parfois, les gens qui sont très loin d'une réalité ont tendance à moins s'en inquiéter et les gens qui s'en inquiètent plus sont ceux qui sont juste assez proches pour la percevoir, mais pas assez proches pour la comprendre.»

Il fait valoir à cet effet qu'au Québec, les gens qui vivent à l'extérieur de la région de Montréal «entendent beaucoup parler de ce qui se passe à Montréal, mais n'ont pas vraiment beaucoup de contacts avec les différentes communautés ou les différentes religions».

En fait, la majorité des Canadiens sont en faveur d'une politique de visage découvert quelle que soit la manière dont le découpage est effectué, mais des nuances s'imposent.

Par exemple, les hommes appuient cette approche à 73 pour cent, mais les femmes à 64 pour cent; l'appui le plus faible est constaté lorsque le découpage est fait selon l'âge; le plus faible taux d'appui, soit 53 pour cent, provient en effet des jeunes de 18 à 34 ans, alors que les 35 ans et plus sont en faveur dans des proportions variant de 72 à 74 pour cent.

La scolarisation comprend une surprise, alors que les détenteurs d'un diplôme secondaire ou collégial accordent un soutien de 70 pour cent, comparativement à 60 pour cent chez les diplômés universitaires. Mais ce sont ceux qui ont la scolarité la plus faible, c'est-à-dire les répondants qui n'ont pas complété leur secondaire, qui présentent le plus faible taux d'appui, à 58 pour cent.

Enfin, par tranche de revenu, l'appui le plus important vient de la tranche qui gagne entre 60 000 $ et 100 000 $, qui sont en faveur du principe à 72 pour cent. Ceux qui gagnent plus de 100 000 $ ou moins de 60 000 $ présentent des pourcentages d'appui variant de 64 à 68 pour cent.

Le sondage a été réalisé en ligne du 23 au 25 octobre 2017 auprès de 1001 répondants. La firme Ipsos précise qu'elle n'applique pas de marge d'erreur à un sondage en ligne, mais plutôt ce qu'elle appelle «un intervalle de crédibilité» qui, dans ce cas-ci, est évalué à plus ou moins 3,5 pour cent dans 19 cas sur 20.

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