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Xi Jinping reconduit pour cinq ans en Chine, sans dauphin potentiel

Il a reçu une distinction que seul Mao avait obtenu avant lui.

25/10/2017 09:18 EDT | Actualisé 25/10/2017 09:18 EDT

C'était une simple formalité pour celui qui pourrait désormais se maintenir indéfiniment au pouvoir : Xi Jinping a obtenu mercredi un nouveau mandat à la tête du Parti communiste chinois (PCC), entouré d'une équipe dirigeante sans dauphin présumé pour lui faire de l'ombre.

Conformément à la tradition, Xi Jinping, costume sombre et cravate rouge, est apparu souriant devant la presse, entouré de ses six collègues du nouveau conclave qui va diriger la Chine pendant cinq ans, au lendemain de la clôture du congrès quinquennal du PCC.

"Je prends (ma réélection) non seulement comme une approbation envers mon travail, mais aussi comme un encouragement qui me poussera à aller de l'avant", a-t-il promis, lors d'une allocution retransmise en direct à la télévision.

Le comité central, sorte de parlement du PCC, l'a élu à huis-clos secrétaire général, aux côtés des six autres membres permanents du bureau politique, l'instance qui détient la réalité du pouvoir en Chine.

Agé de 64 ans, Xi Jinping a consolidé son pouvoir à la faveur du XIXe congrès du PCC qui s'est achevé mardi, obtenant l'honneur suprême de figurer dans la charte du Parti, une distinction que seul le fondateur du régime, Mao Tsé-toung, avait eue avant lui de son vivant.

Chef du Parti, chef de l'Etat, chef des armées : depuis son arrivée au pouvoir fin 2012, Xi Jinping a accumulé les pouvoirs au sommet de la deuxième puissance économique mondiale et présidé à un renforcement de l'autorité du régime.

Xi dans l'histoire?

L'inclusion de son nom et de sa "Pensée" dans les statuts du PCC suggère qu'il peut désormais rester indéfiniment à la tête du pays, s'affranchissant de la limite d'âge théorique de 68 ans et du souci d'avoir à se choisir un successeur.

"Cela lui servira à promouvoir son ambitieux programme politique. Et lui garantira une place dans les livres d'histoire", juge Matthias Stepan, chercheur à l'institut allemand Mercator pour les études chinoises.

Autre enseignement : le nouveau comité permanent dévoilé mercredi est exclusivement composé de sexagénaires et ne s'est pas ouvert à la génération des quinquagénaires, qui auraient pu faire figure de dauphins potentiels.

"Xi Jinping ne veut pas partager le pouvoir, il ne veut pas avoir quelqu'un qui lui souffle dans le cou en préparant la succession", observe le sinologue Jean-Pierre Cabestan, de l'Université baptiste de Hong Kong. Mettant en compétition ses dauphins potentiels, "il veut maintenir la pression sur tout le monde et jouir du pouvoir pendant encore cinq ou 10 ans sans se lier les pattes".

M. Xi voit loin : lors d'un discours fleuve à l'ouverture du congrès mercredi dernier il a promis à ses compatriotes une "nouvelle ère du socialisme à la chinoise", dont il a peint les contours à l'horizon 2050 : faire de la Chine une grande puissance prospère et respectée. Ecartant tout espoir de libéralisation du régime, il a au passage appelé à "défendre l'autorité du Parti et le système socialiste chinois".

'Sans fin'

Les cinq ans de pouvoir de Xi Jinping se sont accompagnés d'une guerre à la corruption, qui a sanctionné pas moins de 1,5 million de personnes. Il est soupçonné d'en avoir profité pour écarter des rivaux politiques.

La lutte contre la corruption "est une route sans fin", a-t-il répété mercredi, appelant les cadres du PCC à "se débarrasser de ce virus qui détruit le tissu du parti".

Outre le Premier ministre Li Keqiang, Xi Jinping est le seul membre du précédent comité permanent à se maintenir dans la nouvelle instance. Les cinq nouveaux venus sont Li Zhanshu, un proche conseiller de M. Xi, le vice-Premier ministre Wang Yang, le théoricien du Parti Wang Huning, le nouveau chef de la lutte anti-corruption Zhao Leji, et le patron du PCC à Shanghai, Han Zheng.

Mais ils devraient avoir moins d'influence que leurs prédécesseurs, face à un Xi Jinping au pouvoir renforcé.

Ce dernier devrait être formellement réélu à la tête de l'Etat en mars prochain lors de la session annuelle du parlement, de même que Li Keqiang, qui devrait rester chef du gouvernement.