POLITIQUE

Ces députés qui ont fait leurs premières armes en politique municipale

Un d'entre eux trouve que la «bulle» à Ottawa est parfois déconnectée des besoins de certaines régions.

24/10/2017 11:01 EDT | Actualisé 24/10/2017 11:01 EDT
La Presse canadienne/Sean Kilpatrick

Plusieurs députés ont fait leurs premières armes en politique municipale avant d'entrer en politique provinciale ou fédérale, une expérience qui leur permet selon eux d'être mieux enracinés dans leur milieu et de toujours se souvenir de l'importance des élus municipaux.

«C'est le rôle des élus municipaux qui sont venus à d'autres paliers d'être un peu les chiens de garde. On doit s'assurer que chaque fois qu'il y a une politique, de ne pas être paternaliste, mais plutôt de faire confiance à ceux qui sont le plus près du citoyen», a confié Alain Rayes, député du Parti conservateur à Ottawa depuis deux ans et ancien maire de Victoriaville.

M. Rayes trouve que la «bulle» à Ottawa est parfois déconnectée des besoins de certaines régions.

Récemment, les élus fédéraux se penchaient sur le concept de villes intelligentes, et des experts rappelaient l'importance de lancer des projets en ce sens. Le problème, c'est que certaines municipalités du Québec ont encore peu ou pas de réseau internet à l'heure actuelle.

«Ce n'est pas juste le discours de Montréal, Toronto, Vancouver qu'il faut entendre. Il y a aussi le discours de Saint-Valère, de Rimouski et de Victoriaville qu'il faut écouter», a souligné M. Rayes en entrevue téléphonique.

Le député péquiste de Berthier, André Villeneuve, abonde dans le même sens. Son expérience de maire de Lanoraie, en Lanaudière, et de préfet l'aide à mieux défendre les enjeux dans sa circonscription.

«Les maires, la réalité qui est la leur, ils n'ont pas besoin de me l'expliquer très longtemps. Je connais les budgets de l'ensemble des municipalités sur mon territoire, je connais pas mal tous les enjeux», a-t-il soutenu.

«Il ne faut jamais oublier pour qui on est là. Moi je dis toujours que j'amène Chapleau à Québec et non Québec à Chapleau», a ajouté Marc Carrière, député libéral de la région de l'Outaouais qui a été maire de Val-des-Monts de 1996 à 2008.

M. Carrière a par ailleurs souligné que son passage à la mairie l'a amené à maîtriser une multitude de dossiers. «Quand t'es maire, tu t'impliques dans tous les domaines, tu touches à tout; les transports, l'environnement, les loisirs, les sports. C'est un peu comme ça aussi comme député», a-t-il raconté au bout du fil.

Mario Laframboise, de la Coalition avenir Québec, a été maire de Notre-Dame-de-la-Paix pendant près de 20 ans, en plus d'avoir dirigé l'Union des municipalités de 1997 à 2000. Et s'il a appris quelque chose de son expérience, c'est l'art du compromis.

«Si tu veux que ton idée porte, il faut qu'elle rassemble. Tu agis un peu comme médiateur», a relaté M. Laframboise, qui a aussi été député du Bloc québécois à Ottawa.

«Ceux qui ont fait de la politique municipale sont beaucoup plus portés à comprendre les compromis qu'ils doivent faire pour faire avancer leurs idées.»

Moyens limités?

Alors pourquoi tous ces gens ont quitté un poste qu'ils semblent tous avoir apprécié? La plupart parlent d'un concours de circonstances: une circonscription s'est libérée et ils ont choisi de tenter leur chance.

Mais M. Villeneuve dit que pour sa part, il voulait pousser son engagement plus loin, car la marge de manoeuvre des maires est relativement limitée.

«La réalité que vivent les élus municipaux au Québec, on peut la voir de belle façon, mais on peut aussi voir ses limites», a-t-il mentionné.

«Certaines municipalités vont chercher 80 pour cent leurs revenus avec l'impôt foncier. Ça, c'est un problème, parce que les municipalités qui se développent très peu se retrouvent avec des budgets qui diminuent année après année.»

En tant que député, M. Villeneuve souhaitait notamment modifier certains règlements qui régissent les municipalités, mais qui sont adoptés à Québec.

Les autres députés interrogés ne se sentaient pas limités dans leur action, mais M. Laframboise a dit comprendre cet argument.

«Oui, les villes ont plus d'autonomie (qu'avant), mais avec la limite de la taxation municipale, leur seule source de revenu. Et ça, ce n'est pas élastique, tes citoyens ne te permettront pas d'augmenter ta taxe», a-t-il soutenu.

«Pour les petites communautés, c'est encore plus vrai.»