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Japon: large victoire du premier ministre Shinzo Abe aux législatives

L'homme politique dirigera le Japon encore quatre ans.

22/10/2017 08:55 EDT | Actualisé 22/10/2017 10:37 EDT

Le premier ministre conservateur japonais, Shinzo Abe, a remporté dimanche une large victoire aux législatives anticipées selon les premiers sondages, gagnant ainsi son pari d'obtenir un nouveau mandat à la tête de la troisième économie mondiale, sur fond de menace nord-coréenne.

La coalition formée par le Parti libéral-démocrate (PLD, droite) de M. Abe et le parti Komeito (centre-droit) était en passe de remporter 311 sièges sur les 465 de la chambre basse, soit une majorité des deux tiers, selon des estimations de la chaîne privée TBS fondées sur les sondages de sortie des bureaux de vote diffusés après 20H00 (11H00 GMT).

Au pouvoir depuis fin 2012, après un premier exercice raté en 2006-2007, M. Abe, 63 ans, pourrait ainsi rester aux commandes jusqu'en 2021, le record de longévité d'un premier ministre japonais.

Avant ces élections, sa coalition gouvernementale disposait de 318 sièges à la chambre basse du Parlement, mais des scandales à répétition avaient terni son image et faisaient courir le risque d'une défaite lors de législatives initialement prévues dans un an.

M. Abe a décidé le mois dernier de déclencher des élections anticipées, profitant d'une opposition morcelée.

Avec sa confortable majorité, il se trouvera encore davantage légitimé dans sa fermeté vis-à-vis de la Corée du Nord, qui a déjà tiré deux missiles au-dessus de l'archipel nippon. M. Abe est favorable à la position de l'allié américain consistant à maintenir "toutes les options", y compris l'option militaire, sur la table.

"Ma tâche imminente est d'agir avec fermeté envers la Corée du Nord. Pour cela, une diplomatie forte est nécessaire. Je veux renforcer notre puissance diplomatique après la confiance que nous avons obtenue", a-t-il déclaré à la télévision dimanche soir.

Échec du Parti de l'espoir

À l'issue d'une brève campagne de 12 jours centrée sur l'économie et la question nord-coréenne, des millions de Japonais ont bravé dimanche des pluies diluviennes à l'approche d'un puissant typhon.

Si les intempéries n'ont globalement pas perturbé la logistique du scrutin, elles pourraient avoir favorisé l'abstention, bien s'il soit possible au Japon de voter plusieurs jours à l'avance.

À 19H30 (10H30 GMT), le taux de participation atteignait seulement 31,82%, contre 37,72% aux précédentes législatives de 2014. Mais ce chiffre ne prenait en compte que les votes de dimanche, alors que quelque 21,4 millions d'électeurs, sur environ 100 millions de Japonais en âge de voter, avaient déposé leurs bulletins dans l'urne avant dimanche, un record.

Le Parti de l'espoir, récemment créé et dirigé par la charismatique gouverneure de Tokyo, Yuriko Koike, devrait remporter 50 sièges, selon TBS. Soit moins que l'autre principale formation d'opposition, le Parti démocrate constitutionnel, qui gagnerait 58 sièges.

"Je crois que le résultat sera très sévère", a déclaré Mme Koike dimanche après les premiers sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote, alors qu'elle se trouvait à Paris pour assister à une conférence internationale de maires engagés contre la pollution atmosphérique.

"Les raisons (de la défaite) devront être examinées ultérieurement, mais je dois m'excuser auprès des électeurs si mes mots et ma conduite les ont dérangés", a ajouté Mme Koike.

Elle est restée vague sur son avenir à la tête de la formation: "En tant que fondatrice du parti, je prendrai mes responsabilités" a-t-elle déclaré.

Cette femme de droite de 65 ans, une ex-vedette de la télévision au sens aigu de la communication, ancienne ministre de M. Abe et elle aussi nationaliste, a vu fondre sa cote de popularité en ne se présentant pas au Parlement, dans un pays où la Constitution impose que le premier ministre soit choisi parmi les députés ou les sénateurs.

Débat sur la réforme constitutionnelle

La coalition de M. Abe serait donc en passe de maintenir sa majorité des deux tiers à la chambre basse, comme c'est déjà le cas au Sénat.

Il s'agit là d'une condition nécessaire pour convoquer un référendum proposant de réviser la Constitution pacifiste, dictée en 1947 par les États-Unis après la reddition du Japon à la fin de la Seconde Guerre mondiale et dont l'article 9 consacre la renonciation "à jamais" à la guerre.

Un vœu cher aux nationalistes japonais qui soutiennent M. Abe. Toutefois celui-ci ne s'est pas montré pressé dimanche soir d'amender la Constitution, désireux visiblement de dégager un consensus le plus large possible: "Je ne prévois pas de proposer (l'amendement) avec la seule coalition au pouvoir. Nous essayerons d'avoir le soutien du plus grand nombre possible", a-t-il dit, espérant "discuter" de ce sujet avec le Parti de l'espoir et d'autres formations.