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Harcèlement psychologique et intimidation: la situation ne serait pas rose à Juste pour rire pour des employés

Trois personnes se confient au HuffPost Québec.

21/10/2017 08:12 EDT | Actualisé 21/10/2017 08:17 EDT
PC/Mario Beauregard

Insultes, engueulades, menaces et pression constante: la situation ne serait pas rose pour des employés de Juste pour rire, qui souffriraient d'harcèlement psychologique et de bullying constants de la part de leur employeur. Trois anciens employés ont accepté de se confier au HuffPost Québec, sous le couvert de l'anonymat, pour dénoncer le comportement «inacceptable» qu'aurait eu Gilbert Rozon ou son bras droit Guylaine Lalonde à leur égard.

«Crier après les gens, les traiter de tous les noms, leur dire qu'ils sont incompétents, Leur dire "tant qu'à ça on devrait les virer", leur dire qu'ils sont cons, idiots, menteurs», énumère une ancienne employée, qui était amenée à côtoyer Gilbert Rozon au quotidien.

«J'ai vu des femmes en larmes, j'ai vu des hommes en larmes à la sortie de rencontres.»Une ex-employée de Juste pour rire

Cette dernière — qui a vu comme une «délivrance» son changement d'emploi — raconte s'être fait traiter de toutes sortes de noms par son ancien patron, recevait des appels en soirée «pour se faire engueuler» et des courriels violents disant «pourquoi on te paie, c'est n'importe quoi, t'es une criss de folle».

Le calvaire qu'elle vivait l'a même rendu malade et l'empêchait de dormir, tout comme les deux autres ex-employés qui n'en pouvaient plus de vivre du stress et du harcèlement continuels.

«Au quotidien, il y avait une peur omniprésente d'avoir une rencontre avec Gilbert ou Guylaine parce que c'est malsain, c'est beaucoup dans le dénigrement pour garder le dessus sur les employés», signale un ancien employé. Il évoque aussi une scène — sur le site du Festival de Juste pour rire où circulent des milliers de personnes — où Gilbert Rozon «hurle à cinq pouces de ma face».

«Courriels de trois-quatre mots assassins, qui commençaient d'ailleurs à rentrer à 6 h du matin, tous les jours, week-ends inclus», rapporte une ancienne cadre, qui dénonce de son côté la gestion malsaine de Guylaine Lalonde, qui l'a épuisée psychologiquement.

Par exemple «Game of Thrones» ou «Hunger Games», c'était ça au quotidien. Qui était pour mourir le prochain ? On rentrait au travail en se disant, c'est moi le prochain sur la liste que sa tête va rouler.

Guylaine Lalonde, qui occupait jusqu'alors le poste de vice-présidente aux opérations, a remplacé Gilbert Rozon à la présidence et à la direction générale de Juste pour rire. À la suite du dévoilement par Le Devoir et le 98,5 FM d'allégations d'agressions et de harcèlement sexuels de la part de neuf femmes, l'homme d'affaires a annoncé mercredi soir quitter ses fonctions de président de Juste pour rire, de commissaire aux célébrations du 375e anniversaire de Montréal et de vice-président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Gilbert Rozon, qui demeure pour l'instant propriétaire et unique actionnaire de l'entreprise, a l'intention de vendre toutes ses actions du groupe Juste pour rire, selon Radio-Canada.

Groupe CNW/Juste pour rire
La nouvelle équipe de direction de Juste pour rire, de gauche à droite : Bruce Hills (chef des opérations), Guylaine Lalonde (présidente-directrice-générale) et Lucie Rozon (productrice exécutive)

«Des commentaires déplacés»

En milieu de travail, Gilbert Rozon avait aussi tendance à lancer des «blagues de mononcle» qui pourraient être mal interprétées. Une ancienne employée a été témoin de nombreux «commentaires déplacés et de remarques sexistes». « On était dans une rencontre avec des gens de l'industrie de l'événementiel. À un moment, il est allé masser les épaules d'une femme qui représentait un autre événement. On a tous eu un malaise. Personne n'a rien dit», raconte-t-elle.

Un autre ancien employé confie que le producteur et fondateur de Juste pour rire, qui fait présentement l'objet d'une enquête du SPVM, lui a déjà pincé les seins.

Appelés à commenter ces affirmations, le groupe Juste pour rire et Guylaine Lalonde ont répondu, par l'entremise du porte-parole de Juste pour rire Jean-David Pelletier, qu'ils n'accorderaient pas d'entrevue à ce sujet.

La Presse rapportait qu'en 2012, une ancienne cadre avait poursuivi Gilbert Rozon pour «harcèlement psychologique, atteinte à sa réputation et résiliation unilatérale de son contrat».

Juste pour rire compte 110 employés permanents et jusqu'à 4500 employés contractuels.