POLITIQUE

Washington ignore les impacts économiques d'un retrait de l'ALÉNA

Aucune demande d'étude d'impact n'a été réclamée.

20/10/2017 19:54 EDT | Actualisé 20/10/2017 19:54 EDT
Chris Wattie / Reuters

Ni les élus américains ni l'exécutif à la Maison-Blanche n'ont réclamé d'étude d'impact sur un éventuel retrait de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), même si le président Donald Trump brandit périodiquement cette menace.

Le service de recherche du «Government Accountability Office» au Congrès — l'équivalent aux États-Unis du Directeur parlementaire du budget au Canada — a confirmé à La Presse canadienne qu'il n'avait reçu aucune demande en ce sens de la part des élus à la Chambre des représentants ou au Sénat.

Ce bureau d'experts, indépendant des pouvoirs exécutifs et législatifs, a par exemple produit récemment une estimation des coûts de l'abrogation de l'«Obamacare» aux États-Unis. Ce bureau admet qu'il a déjà mené par le passé des études d'impact sur des enjeux internationaux, comme la surveillance du programme nucléaire iranien, mais personne ne lui a demandé jusqu'ici une étude d'impact sur un éventuel retrait américain de l'ALÉNA.

À la Maison-Blanche, le représentant américain au Commerce et responsable des négociations pour un renouvellement de l'ALÉNA, Robert Lighthizer, a admis cette semaine qu'il n'avait pas commandé une telle étude d'impact. M. Lighthizer a plaidé qu'il misait plutôt sur le succès des négociations en cours. «S'il n'y a pas d'entente, je suppose que les trois pays s'en tireront bien», a-t-il répondu à des journalistes américains.

Pour sa part, le gouvernement canadien dit avoir entamé des recherches sur les impacts potentiels de divers scénarios en matière de commerce.

Certains observateurs à Washington sont renversés par cette apparente désinvolture de la part de l'administration Trump. Duncan Wood, un expert du commerce avec le Mexique au centre Wilson, n'est pas convaincu par l'argument d'optimisme de M. Lighthizer. Il s'inquiète plutôt de voir la Maison-Blanche brandir la menace d'un retrait unilatéral de l'ALÉNA alors que l'administration américaine n'aurait même pas en mains toutes les données sur les impacts économiques d'une telle décision.

«S'ils décidaient (de se retirer de l'ALÉNA) avec en mains des années et des années d'études (...), je comprendrais le point de vue américain — même si je ne le partagerais pas. Mais (cette absence de données) me préoccupe.»

Protectionnisme galopant ?

M. Wood craint par ailleurs que les demandes américaines à la table de l'ALÉNA ne constituent que le prélude à de prochaines exigences de Washington devant l'Organisation mondiale du commerce, afin de modifier les règles du système international. «Je ne veux pas exagérer — je n'aime pas l'inflation verbale —, mais je suis terrorisé par ce qui se trame actuellement.»

Le plus récent prédécesseur républicain de Donald Trump est plutôt de cet avis. Dans un discours sombre, cette semaine, George W. Bush a mis en garde ses compatriotes contre la déliquescence de la démocratie américaine, la mesquinerie, le racisme, les menaces de complot et... le protectionnisme. Sans jamais prononcer, bien sûr, le nom de Donald Trump.

Si M. Bush a souhaité que l'on se préoccupe du sort de certains secteurs économiques malmenés par la mondialisation, il a néanmoins estimé qu'il ne fallait pas jeter le bébé avec l'eau du bain. «On ne peut pas faire disparaître la mondialisation, pas plus qu'on aurait pu nier la révolution agricole ou la révolution industrielle.»

Le gouvernement canadien a indiqué qu'il étudiait les différentes éventualités depuis le mois d'août, quoique ces études soient davantage consacrées aux aspects juridiques et politiques d'une abrogation de l'ALÉNA.

Un ancien responsable de la modélisation mathématique au ministère des Affaires étrangères planche actuellement sur différents scénarios pour le compte de l'Institut C.D. Howe. Selon les estimations préliminaires de Dan Ciuriak, le scénario le plus extrême — la fin du libre-échange en Amérique du Nord — entraînerait une contraction de l'économie canadienne de 2,5 pour cent à long terme, et davantage encore à court terme.